Ces deux présidents de la République chassés par le Parlement

Les « 3 M » des présidents de la République chassés par le Parlement : hier, Mac Mahon et Millerand. Demain, E. Macron ?
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En 1879 et en 1924, les députés chassèrent de l’Élysée deux chefs de l’État qu’ils désapprouvaient sur le plan politique et surtout sur leur conception des équilibres institutionnels de la République. La méthode est très simple : le Parlement n’a qu’à renverser tous les gouvernements nommés par le Président. À un moment donné, ce dernier n’a plus qu’une alternative, ainsi énoncée par Gambetta : « Se soumettre ou se démettre. »

Condamné à inaugurer les chrysanthèmes

Patrice de Mac Mahon fut élu président de la République le 24 mai 1873 par une Assemblée qui venait de chasser Thiers. Les députés, qui étaient en majorité monarchistes, souhaitaient préparer l’accession au trône du comte de Chambord. Mac Mahon accepta en quelque sorte d’assurer l’intérim, en attendant que le futur souverain admette de maintenir le drapeau tricolore alors qu’il exigeait le retour au drapeau blanc. Mais le comte refusa tout net, et la troisième Restauration resta dans les limbes.

Avec un résultat paradoxal : le maréchal de Mac Mahon se retrouva élu pour sept ans à la tête d’une République… sans Constitution jusqu’au vote des lois fondamentales en 1875 ! Le maréchal hérita comme président du Conseil (le Premier ministre de l’époque) du très monarchiste duc de Broglie.

La situation se corsa après les élections législatives de 1876 qui virent arriver une majorité de députés républicains. Mac Mahon nomma alors des gouvernements républicains (Dufaure puis Jules Simon) ; mais la querelle s’envenima à un degré tel que Mac Mahon demanda à Jules Simon de démissionner et fit revenir le duc de Broglie.

Le chef de l’État décida alors de dissoudre la Chambre des députés le 16 mai 1877 après avoir obtenu l’accord du Sénat, qui était nécessaire sous la IIIe République. Mais les élections législatives du 14 octobre 1877 virent à nouveau l’élection d’une majorité de députés républicains et le ministère de Broglie, désavoué, démissionna le 19 novembre. Mac Mahon tenta alors de constituer un gouvernement de techniciens dirigé par le général Gaëtan de Rochebouët, avec lequel les députés refusèrent tout contact et qui démissionna le lendemain au profit du républicain Dufaure. Mais Mac Mahon gardait encore une arme : celle de la dissolution de la Chambre des députés…. jusqu’aux élections sénatoriales du 5 janvier 1879 qui virent arriver une majorité de gauche. Le brave maréchal, privé alors de toute issue institutionnelle et condamné à inaugurer les chrysanthèmes, préféra démissionner le 30 janvier 1879 au profit du républicain Jules Grévy.

Boycott institutionnel

Alexandre Millerand présente un profil très différent : cet avocat prestigieux, fort de trente-cinq années d’expérience parlementaire et ministérielle, est président du Conseil (Premier ministre à l’époque) en 1920 quand le chef de l’État Paul Deschanel, mentalement affaibli, doit démissionner.

Les parlementaires souhaitent vivement envoyer Millerand, républicain modéré de centre droit, à l’Élysée. Ce dernier hésite car, depuis l’épisode Mac Mahon, le rôle du président de la République est surtout honorifique. Millerand finit par accepter afin de moderniser les institutions : il est élu le 23 septembre 1920.

Il nomme immédiatement un gouvernement présidé Georges Leygues, mais sans avoir préalablement procédé aux palabres et consultations d’usage. Ce dernier s’effacera le 16 janvier 1921 pour laisser la place à Aristide Briand, lequel n’apprécie cependant pas que Millerand interfère avec son action lors des grandes conférences internationales : il démissionne à son tour en janvier 1922.

Alexandre Millerand appelle alors Raymond Poincaré à la tête du gouvernement : un homme directif et plus à droite. Les rapports entre les deux têtes de l’exécutif se tendent alors progressivement : le président de la République ose (sic) prendre la parole en Conseil des ministres, et même (horresco referens) pour donner son avis voire, plus grave encore, parler directement à la presse !

Pire : le 14 octobre 1923, à Évreux, Millerand propose dans un discours des réformes « mesurées » de la Constitution de 1875 : pouvoir accru de l’exécutif, limitation des crises ministérielles, recours au référendum, possibilité pour le chef de l’État de dissoudre la Chambre des députés sans contreseing, élection du président de la République par un large collège. Bref, ce visionnaire, en anticipant le discours du 4 septembre 1958, avait déjà dessiné l’architecture institutionnelle d’un État moderne. Il va le payer cher : le 11 mai 1924, le cartel des gauches gagne les élections législatives ; il demande la démission de Millerand et annonce qu’il renversera tous ses gouvernements. Après plusieurs désistements, le Président nomme un gouvernement autour de François Marsal, aussitôt renversé à la fois par les députés et les sénateurs : face à ce boycott institutionnel, le chef de l’État démissionne le 11 juin 1924.

Et de trois ?

Le passé éclaire l’avenir et nombreuses sont les similitudes entre Emmanuel Macron et ses deux prédécesseurs déchus. Tout d’abord, Mac Mahon et Millerand ont été élus à la fois par surprise et par nécessité pour remplacer au pied levé qui un futur monarque trop rigide, qui un locataire de l’Élysée gâteux. De même, Macron a gagné une première présidentielle à la suite d’une tourmente judiciaire et la seconde « pour faire barrage ».

Verticalité… de la chute. De même, les trois hommes, ivres de verticalité, n’ont pas réalisé qu’ils perdaient progressivement le soutien du Parlement et surtout du peuple : les députés entrent rarement en conflit avec un exécutif respecté et populaire. Sauf en cas de dissolution ratée ou de législatives calamiteuses.

Mais surtout, ces malheureux chefs d’État n’ont pas intégré le caractère hybride des Constitutions des Troisième et Cinquième Républiques. Les lois fondamentales de 1875 créaient en effet un caméléon institutionnel utilisable à la fois par un roi et une gauche républicaine. De même, la Constitution de 1958 ne créait un exécutif fort que dans le cadre d’un parlementarisme rationalisé. Comme l’a dit le général de Gaulle, le 4 septembre 1958 : « Le reste, c’est l’affaire des hommes. »

Enfin, puisse cette remarque rassurer le locataire de l’Élysée : nos deux Présidents démissionnés étaient des citoyens parfaitement honorables qui menèrent paisiblement la suite de leur existence. Ils ne furent ni agressés ni poursuivis : le système politique décida simplement, un beau jour, que toutes leurs décisions seraient nulles et non avenues. Mac Mahon créa d’importantes sociétés philanthropiques et Millerand entra au Sénat.

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Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Un grand MERCI pour cette page d’histoire que j’avais oublié au sujet de Millerand et que j’espère vivement vivre dans les jours qui viennent pour voir la chute de ce président actuel !!! MERCI

    • Sauf que Macron est un vil usurpateur qui a bénéficié d’un trucage éhonté des résultats du premier tour de sa seconde élection : il n’était meme pas dans le tiercé gagnant ! Le plus affligeant fut de constater que meme les victimes de cette arnaque dramatique , a savoir M.Le pen , Melencjon et jean Lassalle ne drnoncereent cette manœuvre digne des pires régimes dictatoriaux. ! Honte a eux !

  2. Destitution et FREXIT , l’urgence pour sauver ce qu’il reste de notre FRANCE !
    Sortir de ce gouvernement dirigé par les gauches violentes qui détruisent le pays

  3. Démission ou destitution et Frexit. Vite!!! Les anglais ne s’en sortent pas si mal que ça et commencent à s’occuper de l’immigration.

  4. Le boxon du 19ème puis même du 20ème siècle se reproduit maintenant ! Mettre vite dehors cette clique de sinistres incompétents…

  5. Je cite « Deschanel, mentalement affaibli ». Il y a bien des antécédents dans la fonction, comme quoi, l’histoire se répète.

  6. Quand à mener une vie tranquille après sa chute, je pense que notre Foutriquet ne doit pas trop y compter, ayant fait tellement de mal à un si grand nombre de Français.

  7. Ah ben ça alors !
    « Jamais deux sans trois ! »
    Si seulement cette expression (locution) qui tirerait ses origines dans le français du XIIIème siècle, pouvait se concrétiser au XXIème…
    Un peu d’espoir !

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