Cérémonie des vœux à Marseille : le buffet halal de la discorde

Deux buffets, une polémique, des divisions.
Image d'illustration (@Unsplash)
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Comme le veut la tradition, le mois de janvier est consacré aux vœux. Du premier au trente et un, çà et là, on se souhaite le meilleur pour les douze mois à venir. Pour les institutions et les responsables politiques, c’est aussi l’occasion, surtout en cette année électorale, de motiver ses troupes et de séduire les électeurs. Après les longs discours d’usage, les invités sont généralement conviés à un buffet. Cela a été le cas, comme chaque année, à la mairie des XIIIe et XIVe arrondissements de Marseille. Le 22 janvier dernier, les employés du secteur ont été réunis dans les locaux municipaux à l’heure du déjeuner.

Une « initiative personnelle »

Pour l’occasion, comme l'a relevé Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône, deux buffets avaient été dressés. L’un avait une particularité. Une personne présente ce jour-là raconte à BV : « Une élue est passée entre les personnes pour annoncer que le buffet de gauche était halal. » Pas de pancarte sur la table qui accueillait les mets, mais le bouche-à-oreille a fait son effet et, rapidement, toute la salle (une centaine de personnes) était au courant. Ce 22 janvier, dans le plus grand irrespect du principe de laïcité, un menu spécial dédié aux membres d’une communauté religieuse a donc été proposé.

Une nuance s’impose, cependant. Comme indiqué dans un communiqué publié par l’institution, « la prestation traiteur de cette cérémonie a fait l'objet d'un marché public en bonne et due forme, conformément aux règles de la commande publique qui s'imposent à toutes les collectivités territoriales. Dans ce cadre, aucune demande à caractère religieux ou confessionnel n'a été formulée par la mairie de secteur, ni dans le cahier des charges, ni à aucun moment dans l'organisation de l'événement. » Que s’est-il donc passé ? « Le prestataire traiteur a pris de sa propre initiative, et sans en informer préalablement la mairie de secteur, la décision de proposer une partie des denrées halal. Les services municipaux et les élus ont découvert cette situation au moment du buffet. »

Dans un courrier adressé à Marion Bareille, maire de secteur LR, que BV a pu se procurer, le traiteur confirme : « Je tiens à indiquer expressément que la mise en place de deux buffets distincts, dont l'un présenté comme "halal", relève exclusivement de mon initiative personnelle, sans qu'aucune demande, instruction ou validation n'ait été formulée par la collectivité ou ses services. Cette initiative a été prise de ma propre appréciation, dans un souci de bien faire, en m'inspirant de pratiques observées dans le cadre de prestations similaires réalisées pour d'autres collectivités. » Tiens donc, « d’autres collectivités » ? Selon nos informations, la pratique est courante dans une autre mairie de secteur, où il y a beaucoup d’agents de confession musulmane. BV a tenté en vain de contacter le traiteur pour en savoir plus.

Une pratique courante et clivante

Dans cette affaire, la mairie des XIIIe et XIVe serait donc plus victime que coupable et, faute de confirmation, nous pouvons supposer que si une élue a prévenu les convives qu’il y avait deux types de buffets, c’est bien pour que ceux qui ne souhaitent pas manger halal puissent le faire.

L’histoire ne s’arrête pas là pour autant. Notre informateur nous indique que ces deux buffets ont été source de tensions. « Des deux côtés, l’autre était renvoyé à son buffet », raconte-t-elle. Des phrases comme « Toi, c’est à droite » ont fusé dans la salle. Elle ajoute que « l’ambiance n’était vraiment pas bonne, c’était très clanique ». Les années précédentes, avec un seul et unique buffet, tout se passait très bien... Comme quoi, contenter tout le monde en faisant cohabiter deux cultures n'a rien de simple.

Vos commentaires

64 commentaires

  1. On aura tout vu, un prestataire qui prend des initiatives et ne respecte pas un cahier des charges strict. Qui va croire ça ? Au début il y a eu la demande « sans porc », puis « plutôt poisson » pour éviter tout problème et maintenant il faut du halal. On voit l’évolution entre une adaptation et une exigence.

  2. Ben voyons ! Le traiteur prend de telles initiatives ! Ils ont l’outrecuidance de nous prendre pour des blaireaux à la mairie de Marseille ! La majorité des Français savent très bien que c’est du racolage électorale de gauche . C’est tout « simplement » SCANDALEUX et INADMISSIBLE !

  3. Alors comme ça la Mairie ne sait même pas ce qu’elle achète ? Encore de la bonne gestion de fonds publics, tiens !

  4. Je ne crois pas un instant que le traiteur- à moins qu’il ne soit musulman- l’a fait de son propre chef. Je crois plutôt que la mairie lui a suggéré l’idée en lui disant « mais bien sûr, je n’y suis pour rien « . On connaît tous la franchise irréprochable de nos politiciens…

  5. Ce n’est pas « faire cohabiter deux cultures » mais imposer l’une des deux aux dépens de l’autre. Ce qui est légèrement différent.

  6. La Certification Halal garantit que les produits commercialisés par une entreprise respectent des règles spécifiques de la Sharia. Rien à dire de plus!

    • Sans oublier que ceux qui consomme ces produits payent un impôt pour cette certification, n’est ce pas ? Pour ma part, je les évitent.

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