[TRIBUNE] Après 2027, la consolidation budgétaire déclenchera un déluge… d’impôts !

Chacun sait qu’aucun tour de vis sérieux ne se produira avant la présidentielle. Mais des think tanks y pensent !
@Dinkum-Wikimedia Commons
@Dinkum-Wikimedia Commons

L’accumulation des déficits publics a surendetté la France et nous obligera à réduire la facture budgétaire. Tôt ou tard, un rétablissement de nos comptes publics s'imposera, soit par des augmentations d’impôts, soit par des compressions de dépenses. À cet égard, les débats parlementaires sont d’une rare pusillanimité : chacun sait qu’aucun tour de vis sérieux ne se produira avant la prochaine présidentielle. Mais pendant que la classe politique débite des billevesées, ses think tanks font chauffer leurs calculettes ; il en ressort, de 2027 à 2030, la nécessité d'une purge sévère, tant sur le plan fiscal que social.

Des cercles de réflexion crédibles

Le rétablissement des comptes publics vient de faire l’objet de trois publications en un mois. L’institut Avant-Garde de Pierre Rosanvallon, avec sa Simulation macro-budgétaire, le Conseil d’analyse économique rattaché à Matignon et son Focus 124 et, enfin, le très libéral Institut Montaigne avec un Budget base zéro. Ces trois cercles de réflexion sont dotés d’instances dirigeantes et scientifiques crédibles, avec des équipes et des correspondants de qualité (chercheurs, universitaires, hauts fonctionnaires principalement de Bercy). Tous les chiffres sont justifiés par des données sourcées, y compris les conséquences de chaque mesure envisagée en augmentation de prélèvements ou en diminution de dépenses : il est clair que certaines évaluations qu'on retrouve d’une étude à l’autre proviennent de Bercy.

Quelle sera l’ampleur de la purge ?

Pudiquement rebaptisée « consolidation budgétaire », la purge à venir totalisera les restrictions de dépenses publiques et l’augmentation des prélèvements obligatoires.

Il est clair que, pour les trois instituts, le redressement budgétaire passe par la disparition de tout déficit primaire structurel (déficit hors intérêts de la dette et hors phénomènes conjoncturels). Et pour eux trois, de sensibilités pourtant différentes, il est absolument évident que la cure d’austérité et de stabilisation de la dette se prolongera bien au-delà de 2030.

Pour ce qui est de son ampleur, les chiffres sont très variables, y compris dans une même étude ; car l’inflation et la croissance pourraient éventuellement faciliter le retour à l’équilibre des comptes publics. Dans son Focus 124, les conseillers de Matignon aboutissent à une tendance centrale de 125 milliards d’euros ; ce qui correspond aux préconisations du Cercle national des économistes. Pour l’Institut Montaigne, il serait préférable d’atteindre une saignée de 180 milliards en 2029 : une perspective « économiquement soutenable, mais politiquement difficile à mettre en œuvre »… doux euphémisme !

L’Institut Avant-Garde dresse un tableau beaucoup plus rose-vert, avec un effort budgétaire de 40 milliards d’euros seulement… dont 10 % d’économies et 90 % d’impôts supplémentaires. Il va de soi que les nouveaux prélèvements envisagés sont centrés sur l'écologie punitive : la gauche ne se refait pas.

En tout cas, de tous ces travaux, on peut tirer une conclusion : la France va subir une correction budgétaire supérieure à 100 milliards d’euros par an, et ce, pendant le reste de la décennie. Et nos gouvernants nous mentent quand ils nous laissent croire qu’il ne s’agit là que de prélèvements ponctuels effectués pour solde de tout compte. Quant aux débats parlementaires, qui ne concernent que 2 % du stock de dette publique, ils sont devenus hors-sol.

Les crocodiles empaillés rôdent à Bercy

Nous avons sous les yeux trois études récentes qui ne relèvent pas de la même vision politique mais qui testent l’empilement de mesures très similaires en dépenses ou en recettes, avec des chiffrages assez identiques quant à leur impact. Et pour cause : les fonctionnaires de Bercy sont très présents dans ces groupes d’experts et ils tentent de redonner vie à leurs « crocodiles empaillés » : il s’agit de projets très anciens que les fonctionnaires ressortent périodiquement des tiroirs pour les proposer aux nouveaux ministres.

Un exemple de crocodile empaillé : le loyer fictif du propriétaire occupant. Vous êtes propriétaire d’un logement que vous louez : vous payez l’impôt sur ce revenu. Donc, si vous occupez vous-même ce logement, la logique fiscale voudrait que vous vous payiez à vous-même un loyer fictif… qui serait alors imposable sur le revenu ! Cette loufoquerie fiscale repasse plus souvent dans le ciel de Bercy que la comète de Halley.

Maintenant, relevons au fil des pages les horreurs empilées dans les tiroirs de Bercy et qui nous attendent après la présidentielle. En vrac, les auteurs citent, sans nécessairement les approuver : un point supplémentaire d’impôt sur le revenu et de CSG, le gel du barème de l’impôt sur le revenu ; pour les retraités : l'alignement de la CSG sur celle des actifs, la suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions. Pour la TVA, un point de plus sur le taux normal et 2,5 points de plus pour le taux intermédiaire. Pour parachever la crise du bâtiment, sont chiffrés : le rétablissement de la taxe d’habitation sur la résidence principale et la suppression de tout abattement sur les plus-values immobilières en fonction de la durée de détention. Afin d’accélérer le retour à l’équilibre budgétaire, sont également envisagées des baisses sur les transferts sociaux : -8,3 % pour les pensions, -60 % pour les APL, -18,5 % pour les indemnités chômage. Enfin, pour rapprocher les recettes du coût de certains services publics, le prix du ticket dans les transports en commun serait multiplié par trois et les frais d’inscription en licence universitaire par 16 (et 11 au niveau master) !

Au chapitre des économies sur les dépenses, notons le gel de l’indexation des retraites et des minima sociaux, le délai de carence dans la fonction publique porté à trois jours et la suppression de 200.000 postes dans la fonction publique territoriale. N’oublions pas une mesure souvent évoquée : la baisse de 33 % des subventions à l’enseignement privé.

Pour conclure, citons André Duval : « Une dette n’est rien si elle ne vous prive de rien. »

Picture of Pr Jean-Richard Sulzer
Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

45 commentaires

  1. tous les mois le record d’entreprises qui ferment sous le poids de la fiscalité est battu. Allez dans n’importe quel centre-ville et vous verrez un alignement de vitrines vides. Et tous ces guignols soi-disant économistes qui n’ont jamais les pieds dans une vraie entreprise (je ne parle pas des mammouths du CAC40) imaginent qu’en augmentant les impôts dans un pays qui étouffe sous les taxes vont augmenter les recettes. Les 5 à 10 Milliards, nous ne sommes pas à 5 Milliards près, de recette de TVA manquantes ne les amènent pas à réfléchir. Le pays va s’effondrer bien avant 2030.

  2. Et s’il n’y avait pas de fatalité ?
    Et si nous avions la main sur notre avenir ?
    Si nous pouvions inverser le cours des choses ?
    Et s’il y avait un parti qui nous disait qu’on pouvait faire 80 milliards d’économies tout de suite et ce, sans prendre un seul centime dans la poche des Français ni des entreprises ?
    Et qu’il y aurait beaucoup d’autres économies à faire sur les années à venir ?
    Et que tout ça soit chiffré ?

    Ça vaudrait la peine de s’y intéresser.
    Ça vaudrait la peine d’ enlever ses œillères.
    Ça vaudrait la peine de faire ce cadeau à ceux qu’on aime et leur éviter cette charge si lourde qui va s’ abattre.

    « Le mal ne gagne que là où l’esprit se laisse vaincre. »

  3. Au risque de devoir subir une volée de bois vert, une seule piste de réflexion m’a tiré l’oeil : je la souhaite… Je cite : la multiplication des « frais d’inscription en licence universitaire par 16 (et 11 au niveau master) ! »
    Pour enseigner (en histoire de l’art et en droit pour le marché de l’art) depuis 27 ans à l’Université je suis lassé par les « hordes » annuelles d’ignorants politisés qui se prélassent entre 2 manifestations. Alors augmenter les droits, pourquoi pas si ça permet de libérer les amphis du gauchisme chevelu.

  4. Les gouvernants espèrent toujours du fisc, mais abrutir les Français d’impôts sans avoir ré industrialisé ne marchera pas. Ni le consumérisme ni la société de service ne marchent dans un pays fauché. Cet avenir fiscal que propose l’article est probablement mort dans sa plus grande partie et il nous ruinerait sans appel, car d’ici 2029 il est douteux que nous ayons (suffisamment) relancé la politique de l’offre. Il suffit d’observer : seuls les pays qui travaillent sont riches.

  5. Par définition, tout ce qui vient de Bercy n’est pas fiable : Nous sommes payés pour savoir parfaitement que ce mastodonte, comme la plupart des administrations de l’état, fait absolument tout pour justifier son existence, voire pour justifier d’en augmenter encore le nombre. Donc, si nous avons enfin un dirigeant intelligent, honnête et courageux, il est objectivement tout à fait faisable de rétablir les comptes assez rapidement : Stop total aux énergies renouvelables (dont la sortie du marché européen de l’énergie) ; gros coup de massue sur tout ce qui concerne le trafic de drogues ; gros coup de massue sur tout ce qui relève de l’immigration (prestations sociales, facilités indues, etc.) ; suppression d’innombrables organismes d’état parfaitement inutiles ; obligation, pour tous les fonctionnaires, d’être soumis aux même règles que dans le privé (plus d’emploi à vie, temps de travail) ; inclure de la capitalisation dans toutes les retraites….Je suis certaine que la liste est beaucoup plus longue, et pourrait générer très vite de nombreux milliards.

  6. « un rétablissement de nos comptes publics s’imposera, soit par des augmentations d’impôts, soit par des compressions de dépenses. » Les augmentations d’impôts, PERSONNE N’EN VEUT. C’EST HORS DE QUESTION. Parce que la GABEGIE c’est 200 Milliards. S’il faut un ajustement budgétaire, Ce sont des BAISSES DE DE DEPENSES. 70 milliards TOUT DE SUITE. 100 milliards sur 2027 et 200/an sur le prochain quinquennat. Ces baisses de dépenses permettraient dès 207/2028 des réductions d’impôts et de charges sociales favorables à la compétitivité des entreprises, à la croissance et aux gains de pouvoir d’achat du TRAVAIL.

    • Sauf que la compression des dépenses,c’est le gel des retraites, la non indexation du barème des impots sur le revenu, la suppression de l’abattement de 10 % sur les retraites… j’en passe et des meilleures et donc c’est bonnet blanc et blanc bonnet, c’est comme pour les taxes et les impôts la baisse du pouvoir dachat..

      • pas expert en fiscalité, mais vous présentez là des solutions INDOLORES pour les fautifs de la dette. J’en propose une autre qui leur plaira moins : en gros les économies présentées par Knafo. J’y ajoute une ponction des sommes versés par l’Etat aux RESPONSABLES de la dette histoire de faire comprendre à leur successeurs qu’ils ne peuvent faire n’importe quoi sans subir les conséquences.

      • FAUX ! Vous parlez comme Macron. Je ne dis pas qu’il n’y a pas, à la marge, des corrections à apporter au systèmes des retraites, notamment celui des fonctionnaires et de quelques régimes spéciaux. Mais sur le FOND la suradministration de la France par rapport à l’Allemagne est criante, c’est dixit Alain Madelin 220 milliards/an. Ces chiffres sont facilement vérifiables sur le site de l’IFRAP D’Agnès Verdier Molinié. Il sont facilement compréhensibles quand on pense au mille feuille administratif et à l’empilement redondant des structures administratives, au 1200 fonctionnaires pour faire marcher l’AN, au nombre de fonctionnaires que voulait supprimer Fillon et au même nombre que Macron a créé quand il avait annoncé qu’il en supprimerait (120 000), au nombre d’administratifs à l’hôpital, etc. Pour le court terme je vous renvoie vers le chiffrage de Sarah Knafo. Pas un centime de réduction de pensions et retraites.

  7. Rappel: Attal a dit il y a 6 mois que les français ne supporteraient pas davantage d’impôts….sur télémacron, et maintenant?
    Personne ne lui a dit mais avant de faire de la politique, il faut espérer représenter quelqu’un, pas seulement sa famille…

  8. Dans la rubrique lois absurdes, vous avez peut-être entendu parler de l’affaire de la non-diffusion du match de football de ligue Europa Young Boys Berne-Lille. Canal plus n’aura pas le droit de diffuser la rencontre en raison du sponsor maillot (Plus500) de l’équipe helvétique, une société de trading interdite en France et que personne ne connaît. Mais admettons que ce club de Berne atteigne la finale de la compétition, qui plus est contre une équipe française, que se passera-t-il puisque la loi Lamour oblige la diffusion en clair à la télé de la finale. Nous avons tellement un karkan de lois qu’elles finissent par se contredire d’une à l’autre…

  9. Et au lieu de taxer si on parler des économies : stoppez l’immigration, renvoyer tous les étrangers illégaux ou sans travail. Plus d’aides sociales à ceux qui n’ont pas la nationalité. Plus d’argent versé à des pays étrangers pour l’aide au développement (l’Europe s’est développée toute seule) plus d’AME, réduction drastique des dépenses de l’état : baisse des salaires des élus, révision des conditions de retraite et des dépenses pour leurs frais. Fin des comités theodule. Et mettre les fonctionnaires au travail pour régler les problèmes. Ça serait déjà un bon début

    • Privatisation de l’audio visuel public, Arrêt des aides au développement, allocation sociale unique, carte vitale fusionnée avec CNI, suppression du CESE, fusion Régions/Départements. Suppression des « Agences » Suppression des subventions aux associations politisées qui attaquent l’Etat. etc…
      TOTAL 200 milliards à l’horizon du prochain quinquennat.

      • Fusion Régions/départements: non. Suppressions des régions et pour les sujets réellement « régionaux », structure légère à mettre en place pour coordonner.

      • @GolfRoméo. 1/Nous avons déjà 36 000 communes dont 17 000 de moins de 500 habitants. Il ne serait pas insensé de réfléchir sérieusement à des fusions … surtout si nombre de Maires pensent rendre leur tablier 2/Le département est une structure de 1 790 calibrée sur la vitesse du cheval. En revanche les fusions de Régions « hollandaises » seraient pour l’essentiel à reprendre.

  10. Si j’ai un loyer fictif, il s’agit donc d’une location à moi-même ; par conséquent toutes les charges doivent être déductibles.

    • Il ne m’est pas interdit de me loger moi-même gratuitement, mais ils sont capables de douter de ma bonne foi dès l’instant que ça peut leur rapporter.

  11. Il faudrait faire les bonnes économies la où c’est nécessaire mais nos hauts fonctionnaires ainsi que leurs think thank sont incapables de de gérer le pays ils sont incapables de couper à la hache dans la mauvaise dépense, la seule chose qu’ils savent faire c’est augmenter les impôts et mettre l’économie en faillite. Il faudra bien voter en 2027.

    • Nos hauts fonctionnaires doivent être REMIS A LEUR PLACE par des politiques voulant EXERCER LEUR POUVOIR dans l’intérêt général de la France et des Français.

  12. C’est plus facile que de sucrer le RSA et l’APL aux narcotrafiquants ou la retraite aux faux centenaires algériens!

    • Tu m’étonnes, les copains d’abord…pour les impôts, les citoyens normaux se tairont.

  13. Sauf à réduire les dépenses publiques à la tronçonneuse. A la Milei. Sinon, nous paierons encore plus d’impôts pour nous appauvrir encore plus. Je l’ai déjà écrit ici mais l’Argentine sera plus prospère que le France dans moins de 10 ans.

    • Très juste ! Plus d’impôts ne résoudra RIEN et ne fera, au contraire, qu’augmenter la pagaille et la gabegie. En faisant fuir tous ceux qui le pourront.

  14. Couper déjà des tous Théodule et pléthore de fonctionnaires, remettre les chômeurs au travail au lieu de faire rentrer des étrangers qui devraient les remplacer mais une fois qu’ils ont le nombre de mois suffisants pour l’obtenir se mettent au chômage et on recommence

  15. Mais c’est ce qu’ils veulent, ils refilent la patate chaude au suivant, ils font ça depuis 50 ans, puis se permettent de critiquer le budget des partis qui n’ont jamais gouvernés

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Raphaël Arnault est à la violence ce qu’Andy Kerbrat est à la drogue

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois