Allemagne : Goethe et Schiller illisibles pour les jeunes générations, de souche ou immigrées
Dans les lycées berlinois, on lit désormais Goethe et Schiller dans la collection Cornelsen, « Simplement classique ». Autrement dit, en version abrégée et réécrite de façon moderne. Cet illettrisme qui s’installe au cœur même du système éducatif est lié à l’immigration, et ce n’est pas l’extrême droite qui le dit mais le quotidien berlinois centriste Tagespiegel.
Incompréhension et multiculturalisme
Lire Les Souffrances du jeune Werther ou Les Brigands dans le texte original, cela prend trop de temps. Tant de mots sont à expliquer. Les élèves se perdent dans tant de phrases à la syntaxe élaborée. L’éditeur Cornelsen le dit lui-même : « Les textes originaux posent des difficultés de compréhension et engendrent de la frustration chez certains [élèves] ». L’année scolaire n’est pas extensible, raccourcissons et simplifions le classique !
Ainsi, au lycée Lessing (dans le quartier multiculturel de Wedding), on lit, dudit Gotthold Ephraim Lessing, Nathan le Sage en version abrégée. « Environ 60 % des élèves de ce lycée sont issus de l’immigration », écrit Apollo. 64 %, même, selon un site dédié aux lycées berlinois. Énorme ? À voir. Cela peut monter à 80 % (lycée Thomas-Mann, lycée Diesterweg), voire à 90 % (lycée Ernst-Abbe, lycée Albert-Schweitzer). On comprend que tout cela ne favorise pas la pratique de la langue. L’allemand d’il y a deux cents et quelques années ?
Ad usum barbarorum
On lit donc au lycée des versions initialement prévues pour le collège. Cela indique une chute de niveau de deux à quatre années scolaires. Apollo fait état d’enseignants qui s’interrogent « sur la compréhension de lecture des élèves qui ne lisent que ces versions [simplifiées], et sur la valeur que prend alors l'Abitur [le baccalauréat] ». Le bac et l’Abitur finiront par fusionner par le bas, dans une sorte d’harmonisation chère à l’Union européenne.
Un naufrage intellectuel des Allemands de souche et des immigrés de première ou deuxième génération que Christian Plein, de l'Association de la langue allemande, envisage avec sérénité : « À une époque où de nombreux jeunes – notamment ceux issus de l'immigration – ont des compétences en lecture limitées, voire inexistantes, il est essentiel de leur rendre les textes complexes accessibles grâce à un langage plus simple. » L'Allemand est fataliste. Que cette simplification du langage soit synonyme d’appauvrissement du style et des idées, qu’importe ? L’heure est venue des éditions ad usum barbarorum.
De l'Orient fantasmé à l'Orient réel
En fait, forme, fond, rien ne va plus. Orçun Ilter, ancien représentant des étudiants de l'État de Berlin, dont le nom à consonance turque indique qu’il sait de quoi il parle, déplore le manque de lien « entre les classiques de la littérature et le quotidien des étudiants issus de l’immigration ». L’école décalée par rapport à la vie, vieille rengaine qui remonte à l’Antiquité ! Mais il est sûr que les Lettres sur l'éducation esthétique de l’homme, par Schiller, sont très éloignées des revendications pro-palestiniennes.
De même, Nathan le Sage, cité supra, représenté en 1783, est un cas d’école. C’est un éloge de la tolérance religieuse dans l’air du temps — du temps des Lumières — avec un juif, un chrétien, un musulman. La dimension multiculturelle est forte mais, au fond, la donnée universaliste selon laquelle tous les hommes sont frères est des plus européocentrée… Et l’idée que toutes les religions se valent n’est certainement pas porteuse, auprès des jeunes musulmans berlinois. De fait, tout cela était bon pour une société lettrée et s’illusionnant sur un Orient fantasmé qui, maintenant qu’il est installé chez nous, introduit de toutes autres valeurs dans notre culture et signe, sinon sa fin, du moins son appauvrissement.
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34 commentaires
Avant de lire cet article j’ai été informée par France Inter, en milieu de semaine. Et le journaliste qui évoquait le problème a paru se satisfaire de ces « abréviations » littéraires car, a t’il dit : il y a chez Victor Hugo ou Balzac des pages de descriptions, longues (et pour tout dire inutiles) – c’était son idée. Donc, qu’un texte classique soit réduit à l’essentiel lui paraissait une bonne idée. Pour ma part, même s’il s’agit d’un « pavé » ainsi que ce journalisme nomme les oeuvres, j’ai toujours recherché les versions intégrales. Une oeuvre tronquée, expurgée, n’a plus du tout la même valeur.
Ad usum barbarorum… A l’usage des barbares…tout est dit!
Quant à dire que les générations précédentes lisaient moins comme certains le prétendent…je ne suis pas d’accord car dans les années 50 , le jeune que j’étais n’avait rien d’autre pour rêver, rien d’autre que son imagination et les livres de la fameuse collection verte…et « signe de piste « merveilleuse série qui inculquait les valeurs du scoutisme…
C’était le bon temps…
Parlez donc de Beaumarchais, Corneille, Hugo à nos chères têtes blondes, ou autres, vous aurez le même résultat. De cet angle de vue, Trump ne se trompe pas : l’Europe a abandonné sa civilisation au profit d’un gloubi boulga inculte.
Les générations précédentes ne lisaient pas plus, sans doute même moins. Aujourd’hui on lit beaucoup sur ordinateur car c’est bien plus pratique, mais c’est quand même de la lecture.
Dans un certain sens, vous n’avez pas tort. La lecture a toujours été le fait d’une minorité, d’une élite. Mais cette élite était beaucoup plus cultivée que nos « élites » actuelles macrono-communicantes. Un député ou sénateur du second empire ou de la IIIe République était souvent docteur de l’université. Après est venu le temps des agrégés, des super-bachoteurs. Avec la Mitterrandie est arrivé une cohorte de profs de lycée, niveau capes. Aujourd’hui, quand on a une licence comme Melenchon ou Corbière, on passe pour un intellectuel… Parlons vrai : un écolier de la IIIe République, pourvu de son Certificat d’études primaires, était un intellectuel, doté d’une culture exceptionnelle, comparé à Delogu…