La Pascaline va rester en France, grâce à la Justice

La machine à calcul inventée par Blaise Pascal temporairement sauvée de l'export grâce au tribunal administratif.
Par David.Monniaux, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=186079
Par David.Monniaux, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=186079

La Pascaline, cette machine à calcul inventée par Blaise Pascal au XVIIe siècle, objet de science et témoin de l’histoire intellectuelle française, est désormais au cœur d’une affaire juridique. Alors qu’elle pouvait potentiellement quitter la France lors d’une vente aux enchères, une décision de justice a brusquement stoppé son exportation, rappelant ainsi que la France peut, quand elle le veut, sauvegarder son patrimoine national.

Les racines de l’affaire

Car la Pascaline n’est pas un objet ordinaire : conçue en 1642 par Blaise Pascal, alors âgé de 19 ans, cette machine permettait d’automatiser les opérations arithmétiques grâce à un ingénieux système de roues crantées. Le prototype, mis en vente par la maison Christie’s, est une version unique destinée à l’arpentage : elle convertit directement des mesures de terrain, ce qui lui confère une valeur historique et scientifique inestimable.

En novembre 2025, cette Pascaline, estimée entre deux et trois millions d’euros, devait être mise aux enchères à Paris. Cependant, l’ampleur de l’émotion suscitée par cette vente a dépassé largement ses enjeux financiers : de nombreux chercheurs, intellectuels et historiens ont dénoncé, à travers une tribune, la perspective de voir ce témoin fondamental de la pensée scientifique française quitter le territoire national et rejoindre une collection étrangère, alors qu’il constitue un des fleurons de notre histoire scientifique.

La Justice s’en mêle

Face à ces inquiétudes, un collectif de scientifiques a saisi le tribunal administratif de Paris en référé pour demander la suspension de l’exportation. L'instance a alors rendu une décision provisoire en suspendant la délivrance du certificat d’exportation de la Pascaline, estimant qu’elle était « susceptible d’être qualifiée de trésor national » au regard de sa valeur historique et scientifique. Cette mesure interdit donc la sortie de la machine du territoire français, en attendant que le juge ne statue sur le fond. La maison Christie’s, dans la foulée, a annoncé, « dans l'attente du jugement définitif, compte tenu du caractère provisoire de cette décision et conformément aux instructions de son client », suspendre « la vente de la Pascaline, prévue le 19 novembre à 16h00 ». Laurence Plazenet, directrice du Centre international Blaise-Pascal, s’est réjouie de cette issue en soulignant que « la Justice a été extrêmement efficace pour soutenir la sauvegarde de ce bien » et que la Pascaline constitue « un objet qui a une valeur scientifique absolument primordiale ». Cependant, elle rappelle que la messe n’est pas encore dite. En effet, elle exhorte maintenant « le ministère de la Culture » à intervenir et à « classer la Pascaline comme trésor national ».

Ce que l’État peut mais ne fait pas toujours

Cette affaire qui se finit bien pose des questions fondamentales sur la manière dont notre pays protège, ou non, ses trésors culturels et scientifiques. Le statut de trésor national permet, précisément, d’empêcher l’exportation de biens d’intérêt majeur car, lorsqu’un certificat d’exportation est refusé, l’objet ne peut plus quitter le territoire.

Cependant, au-delà du refus d’export, il existe un autre levier juridique : le droit de préemption de l’État prévu par le Code du patrimoine existant depuis 2004. Ce droit permet à l’État, ou à ses collectivités, de se substituer à l’adjudicataire lors d’une vente publique et, ainsi, d’acquérir un bien au prix de la dernière enchère. Ce mécanisme est conçu pour préserver les biens culturels d’un intérêt majeur, mais son usage reste malheureusement rare et est jugé comme un recours exceptionnel par les autorités culturelles.

Ces hésitations ont parfois conduit à des pertes irréversibles. La France a ainsi laissé partir à l’étranger des œuvres majeures comme Le Désespéré, de Gustave Courbet, devenu emblématique de ces départs silencieux qui appauvrissent progressivement nos collections. Nous pouvons, également, mentionner plusieurs enluminures du Livre d’heures de Louis XII, réalisé au XVIe siècle par Jean Bourdichon et aujourd’hui conservé au Getty Museum, en Californie. Ce dernier a aussi acquis l’Évangéliaire de Saint-Mihiel, décrit comme « l’un des plus beaux témoins de l’ultime période de création de l’école de Reichenau », bien qu’il s’agisse, encore une fois, d’un trésor national. Nous pouvons, également, citer certains objets issus de la collection du comte et de la comtesse de Ribes, dont une partie a été dispersée lors d’une vente organisée par Sotheby’s en 2019, alors même que plusieurs de ces pièces auraient mérité d’être conservées en France. S’ajoute, à cela, le cas d’un livre d’heures attribué aux frères Limbourg, classé trésor national, qui a malgré tout quitté illégalement le territoire national. De nombreux autres objets, tableaux, monnaies, cartes et manuscrits ont aussi pu traverser nos frontières, parfois illégalement, sans que l’État n’arrive à mobiliser à temps son arsenal juridique.

La mobilisation autour de la Pascaline sert ainsi d’exemple. Si les citoyens se réunissent, agissent et parviennent à faire entendre leur voix, à saisir les institutions compétentes, une politique patrimoniale plus ferme, plus cohérente et plus ambitieuse est possible.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Si l’Etat fait son boulot et que la Pascaline reste en France, je suggère qu’ils ne la mette pas au Louvre…..des fois que, par une fenêtre ouverte ou fragile ….!!!!

  2. Le trésor national file à l’étranger c’est bien ce que veut le résident de la république , détruire cette france là …

  3. Pour le patrimoine historique, je laisserais bien l’étranger récupérer tous les hommes politiques du vieux monde !

  4. On veut la même ferme décision pour la Toile de Bayeux, dont notre marionnette présidentielle ignore la valeur : elle reste à Bayeux, comme la Pascaline restera en France.
    Merci à tous ces scientifiques qui ont saisi le Tribunal administratif de Paris en référé.

  5. La ruine d’un État, sa déliquescence aux plus hauts niveaux de ses institutions engendrent toujours la curée sur ses trésors nationaux et sur son patrimoine en général. Certains pensent qu’il suffit d’avancer les millions ou de se servir comme lors du scandale du Louvre avec l’absence du moindre responsable administratif. Nous voyons que quand la justice ou l’État le veulent, quand ils ouvrent les yeux, mettant de côté leur idéologie d’enfant de chœur en matière de prédation et de profit comme avec ce trésor national, nos institutions et nos lois permettent toujours ce que souvent l’on nous présente comme n’étant pas possible. Maintenant reste à terminer le travail et à protéger cette œuvre, tout comme d’autres en grand danger d’expatriation, afin que jamais elles ne puissent quitter la France et rejoindre nos musées nationaux.

    • Donner un peu moins pour France Inter ou la télé publique devrait permettre d’y arriver. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas de culture françause, comme disait l’autre …

  6. On voudrait bien aussi que, outre la Pascaline, le legs le plus important de Pascal soit enfin valorisé chez nous dans notre système éducatif : la formation, dès l’école, aux techniques de raisonnement pour développer cet  »’esprit de finesse » pascalien (qui nous manque tant) au moyen de disciplines essentielles qui ne sont plus du tout enseignées : sémantique, logique, dialectique, rhétorique. On voit le résultat !

  7. En effet cette pièce a bien plus d’importances, que certains tableaux pour lesquelles on s’est endetté pour les garder. La Pascaline est une représentante du savoir faire français, un bijoux de la naissance de nos industries de pointe . Ce qui nous fait vivre peut être encore . Mais hélas on a laissé partir ce savoir faire, en installant nos usines a l’étranger..  » air bus  » et bien d’autres ! ! !. Alors donc que nous reste t il ? ? ? ?

  8. Attendons, attendons voir. Ce n’est pas définitif. La tendance macroniste étant à la vente des bijoux de famille de la France…

Commentaires fermés.

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