Vote sur la défense nationale : Lecornu a gagné une bataille, pas la guerre…

« Nous ne sommes dupes de rien », a déclaré Marine Le Pen à Sébastien Lecornu.
Capture d'écran
Capture d'écran

Sur 521 votants, 411 voix pour, 88 contre, 21 abstentions : rare et magnifique moment d’unité nationale dans l’Hémicycle, ce mercredi 10 décembre ! On va dire ça comme ça. De quoi s’agit-il, pour reprendre une phrase prêtée à Foch ? De l’approbation par les députés du « principe » d’une augmentation du budget des armées en 2026. Après un débat sur la « stratégie de défense nationale » voulu, imposé par Sébastien Lecornu, en plein milieu d’un débat beaucoup moins consensuel sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2026.

Petit trophée de guerre

Ce vote massif des députés du camp gouvernemental (EPR, MoDem, Horizons, LR), du RN, de l’UDR, du PS et de LIOT n’est qu’un vote de « principe », car il n’engage en rien, au plan législatif. Mais c’est une sorte de petit trophée de guerre que l’ancien ministre des Armées pourrait désormais brandir devant les Français, si sa loi de finances (LF) ne passait pas – ce qui, à ce jour, est assez probable –, en tenant un discours de ce genre : « Vous voyez, le RN et son allié UDR ainsi que le PS ne votent pas le budget 2026 qui doit pourtant permettre de renforcer les capacités de nos armées, alors même qu’ils ont voté le principe de l’augmentation du budget de la défense en 2026. Or, si le budget que je vous propose n’est pas voté, l’arrivée des crédits pour les armées va prendre du retard. Un retard préjudiciable à notre sécurité dans un contexte international des plus dangereux. Ces gens sont soit irresponsables, soit hypocrites, soit les deux à la fois… » Pour ne pas dire qu’ils sont traîtres à la nation. Du reste, un petit soldat de la Macronie n’a pas hésité, à la tribune, mercredi après-midi, à quasiment qualifier le RN de suppôt de Moscou.

À défaut d’être un grand stratège, Sébastien Lecornu est à l’évidence un fin tacticien. Là où un Michel Barnier et un François Bayrou, vieux briscards totalisant à eux deux près d’un siècle de vie politique, se sont cassés les dents, la jeune recrue de la Macronie a réussi à faire passer son projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, non sans douleur certes, mais sans avoir à user du 49.3 qu’il a délibérément laissé à l’armurerie. Une victoire qui a cependant un « petit » coût : un déficit de 24 milliards, contre 17 prévus initialement...

« Sur-marche » ou marche forcée ?

Passé cette bataille du PLFSS, vient maintenant l’ultime combat du projet de loi de finances (PLF) dont la partie « Recettes » a été largement rejetée – une première, sous la Ve République -, dans la nuit du 20 au 21 novembre. Largement rejetée, y compris par les troupes de la Macronie ! Et c’est ce qui a conduit Sébastien Lecornu à lancer ce débat sur la stratégie de défense nationale. Ce qu’il demande comme effort aux Français n’est pas rien : une hausse de 6,7 milliards d’euros en 2026 par rapport à 2025, soit une « sur-marche » de 3,5 milliards par rapport à ce qui était prévu initialement pour 2026 dans la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Avec un État quasi failli, c’est tout simplement colossal.

Et, donc, Lecornu, dans un discours au galop, a rappelé le contexte général que tout le monde connaît ou devrait connaître : tensions internationales sur fond de chantage nucléaire, incertitude concernant la relation transatlantique, menace terroriste jusque sur notre sol national. Il a exposé les principaux défis que notre pays doit en conséquence relever, en matière de défense : reconstitution en urgence des stocks de munitions, production en masse de drones pour « saturer le ciel », lutte anti-drones, renforcement de notre alerte avancée (actuellement, nous dépendons des Américains), etc. Tout cela veut dire de l’argent, beaucoup d’argent. Rappelons que la LPM 2024-2030 prévoyait, initialement, plus de 400 milliards d’euros.

La trajectoire prise par la France en 2023 corrige de fait, comme l’a souligné le député UDR Maxime Michelet, un sous-investissement de plusieurs décennies, « erreur historique » et dont « nous faisons les frais aujourd’hui ». La classe politique, qui a gouverné la France durant ces décennies et se perpétue aujourd’hui au pouvoir par héritiers interposés, porte effectivement une très lourde responsabilité. Celle d'avoir lu par-dessus la jambe les différents Livres blancs de la défense qui remplissent les centres de documentation militaires. Mais elle ne sera jugée, sans doute, qu’au tribunal de l’Histoire. Les « sur-marches », liées bien sûr à la guerre en Ukraine et que propose aujourd'hui Lecornu, s'apparentent à une véritable marche forcée. Avec les risques d'épuisement inhérent à ce genre d'exercice militaire et, en l'occurrence, budgétaire.

Des milliards sur le papier

Alors, la représentation nationale dans sa grande majorité (à l’exception des Insoumis et des communistes) a voté ce « principe » d’une augmentation de notre budget de la défense. « Pour nos soldats, nos armées, nos industriels, pour notre souveraineté », comme l’a déclaré Marine Le Pen, dans son discours à la tribune du palais Bourbon. Certes. « Mais nous ne sommes dupes de rien », a-t-elle ajouté à l'adresse du Premier ministre, car « la vérité est que ce débat et ce vote sont pour vous l’occasion d’instrumentaliser le budget de la défense pour faire passer votre loi de finances ». Deuxième raison de ne pas être dupe, pour Marine Le Pen : la LPM doit en fait être abondée car elle est « insincère ». Le député LIOT, qui était intervenu auparavant, ne disait pas autre chose en pointant du doigt 99 milliards de « reste à payer » en 2024 et les 8 milliards de reports de charges. Une situation qui « rigidifie notre budget » et « fragilise nos fournisseurs ». Marine Le Pen évoque même un « village Potemkine ». Pour faire court, le gouvernement aligne des milliards sur le papier, qui ont du mal à se concrétiser en équipements dans les camps, sur les bases et dans les casernes.

Sébastien Lecornu a sans doute gagné une bataille, ce mercredi 10 décembre. « De principe. » Mais il n'a pas encore gagné la guerre du budget. Pour trouver des milliards pour nos armées, notre souveraineté, faudrait-il encore vouloir (et pouvoir !) mettre en application, pour le gouvernement de la France, les trois principes de la guerre définis par le maréchal Foch : économie des forces, liberté d'action, concentration des efforts. Avec, à l'Élysée, un Emmanuel Macron soumis intrinsèquement à Bruxelles, ce n'est pas gagné.

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

33 commentaires

  1. L’Europe, l’UE et surtout Macron et Starmer jouent à un jeu dangereux. On peut lire : « Le Royaume-Uni a reconnu qu’un «petit nombre» de soldats du pays était actuellement sur le sol ukrainien, notamment pour satisfaire la sécurité des diplomates britanniques mais aussi pour supporter les efforts militaires du pays de Volodymyr Zelensky. » Après que les Chinois aient envoyé Macron sur les roses « Nous nous opposons fermement à toute accusation irresponsable et discriminatoire » c’est au tour de Lavrov de poser des lignes rouges et a prévenu que son pays était «déjà préparé aux réponses adaptées» au cas où des contingents de l’OTAN viendraient à renforcer les forces ukrainiennes. «La diplomatie russe comprend parfaitement les enjeux» d’une telle menace, a-t-il repris. «Nous travaillons pour accompagner les efforts du président Vladimir Poutine à assurer la sécurité russe au niveau de ses frontières ouest»
    En cas de clash, les Américains nous laisseront tomber comme une vieille chaussette. Sale et trouée.

  2.  » La guerre en Ukraine aura servi de prétexte à l’adoption d’une loi de programmation militaire extraordinaire qui a permis d’accroître l’endettement européen de manière exponentielle et donc l’emprise des pouvoirs supranationaux et de la finance transnationale sur nos vies. »
    Philippe De Villiers. Populicide

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois