[VIVE LA FRANCE] La bénédiction des calissons : une tradition aixoise
Tous les premiers dimanches de septembre, depuis 29 ans, la ville d’Aix-en-Provence célèbre une de ses meilleures spécialités et sans doute la plus connue : le calisson. Pour l’occasion, ces petits biscuits à base d’amande, d’écorce d’orange, de melon confit et d’hostie sont bénis au cours d’une messe puis distribués aux badauds. Ils sont venus nombreux, dimanche 7 septembre dernier : plus de 2.000 calissons ont été distribués à la foule et certains avaient revêtu pour l’occasion leurs plus beaux costumes provençaux.
Le renouvellement du vœu Martelly de 1630
L’origine du calisson est floue et plusieurs légendes se disputent l’explication de son nom. Le folklore provençal raconte que c’est un cuisinier du roi René qui, au XVe siècle, aurait importé et affiné la recette du calisson. Lors de son second mariage avec Jeanne de Laval en 1454, cette dernière se serait écriée, en croquant dans la pâtisserie : « Di calin soun ! » (« Ce sont des câlins ») et le nom serait resté. Cette légende, aussi plaisante soit-elle, est surtout tout à fait improbable puisqu’en provençal, un « câlin » se dit « caranchouno ».
Celle qui entoure le calisson d’une dévotion mariale semble donc un peu plus plausible : quand les habitants d’Aix furent tous confinés chez eux au moment de la peste en 1629, on installa des statues de la Vierge dans des niches à chaque coin de rue pour permettre aux Aixois de se recueillir, mais rien n’y faisait : comme le disait La Fontaine, « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Le 20 janvier 1630, la plupart des notables avaient quitté la ville et l’assesseur Martelly fit le vœu, après la grand-messe, de célébrer un office dédié à Notre-Dame de la Seds, sainte patronne de la ville, pour la délivrance de ce fléau. C’est à l’issue de cet office que ces petits pains bénis à l’amande auraient été distribués. Jusqu’à la Révolution les cloches des églises aixoises sonnaient tous les 1er septembre pour commémorer le « vou Martelly ».
C’est ce vœu que la ville d’Aix et l’association Excalisson a rétabli et réactualisé « pour la fin de la peste et "en même temps" celui de la Confrérie du Calisson de 2020 pour la fin du Covid ». La légende, rapportée par Marcel Provence dans Le Cours Mirabeau, raconte que les biscuits bénis par l’archevêque étaient distribués en chantant Venite ad Calicem, c’est-à-dire « venez au calice », ou encore Venès tóutei pèr lei calissoun (« venez au petit calice »), en provençal, que les Aixois moqueurs auraient traduit en « venez au calisson ».
Un patrimoine culinaire à protéger
Si les offices pour remercier la Vierge d’avoir fait cesser la peste sont bien réels et ont été interrompus par la Révolution, la tradition de la bénédiction des calissons est moins certaine… Traditionnelle ou inventée, depuis 1996, la Confrérie du Calisson d’Aix, les paroisses d'Aix, l’association Excalisson avec le concours de la municipalité mettent à l’honneur dans la joie et avec gourmandise leur histoire, leur savoir-faire et leur identité. L’objectif est double : non seulement raviver une tradition historique, mais aussi mettre en valeur et à l’honneur un patrimoine culturel et gastronomique. C’est une tradition religieuse et c’est un folklore provençal : de la cathédrale Saint-Sauveur au Cours Mirabeau, la Vierge aux calissons est portée en procession au son des tambourinaires.
L’enjeu n’est pas seulement folklorique, l’union des fabricants de calissons d’Aix-Provence (UFCA) et les calissonniers aixois (qui regroupent les maisons historiques comme Léonard Parli ou le Roy René) militent pour obtenir une reconnaissance et une protection officielle. En 2016, une entreprise chinoise avait déposé le nom « calissons d’Aix » ,c’est dire à quel point une protection par un label IGP (indication géographique protégée) pourrait être utile ! La démarche est en cours, depuis un an, le cahier des charges est soumis à la procédure nationale d’opposition qui, sans contre-indication, pourra ensuite le transmettre au niveau européen pour enregistrement en tant qu’IGP. Cette bénédiction annuelle est aussi, pour les calissonniers, une occasion de se soutenir, de mettre en valeur leur savoir-faire, transmettre ce patrimoine immatériel, d’enraciner leur art de vivre provençal. Comme le disait Frédéric Mistral, dont c’est le pays : « Lis aubre que van founs soun li que mounton aut » (« Les arbres aux racines profondes sont ceux qui poussent haut »).
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23 commentaires
Ça change de l’égorgement d’un mouton sur la pelouse d’un parc le dimanche au milieu des familles. A chacun sa tradition …
Il y a quelques mois, un prêtre m’a dit (en substance): bénédiction vient de bene dicere (dire du bien). Dire du bien des calissons ne me dérange pas, dire du bien des chiens lors de la saint Hubert, ne me semble pas non plus hors de propos. Dire du bien de mon ennemi ne m’amoindrira pas, même si en dire du mal peut soulager, temporairement.
Cette bénédiction est une bénédiction pour les commerçants !
Rien de les arrête. Déjà en son temps Jésus Christ avait dénoncé le commerce des marchands du Temple. Aux yeux de beaucoup la religion qui se mêle de commerce se discrédite. A force de dogmes ( immaculée conception ….) et mélange avec des légendes, certains sont détournés du Christ et ses préceptes qui ne sont vus que comme une tradition légendaire comme une autre. Bénir tout et n’importe quoi est ridicule et éloigne de l’ essentiel. A moins que l’ essentiel ne soit le commerce. On pourrait penser que Jésus a voulu favoriser les vignerons et les boulangers en choisissant de partager le pain et le vin en mémoire de lui, mais j’imagine qu’il a voulu choisir les produits les plus quotidiens et essentiels et que le cela n’ avait rien de commercial. Rien à voir les marchands de l’église que voudraient devenir certains vendeurs de calissons. Aura ton bientôt des coucougnettes assorties et un calisson offert pour l’achat d’ une paire?
Vous n’aimez pas les calissons ?
La « religion » à toutes les sauces… c’est pas fait pour ça !
Oh que si, c’est fait pour ça, et cela dure depuis ses origines !!
La religion est facilement dévoyée . On peut tout de même imaginer un christianisme sans bénédiction ridicule de friandises.
« ces petits biscuits à base d’amande, d’écorce d’orange, de melon confit et d’hostie » – au lieu du terme « hostie », il aurait été préférable d’utiliser celui de « pain azyme » afin de ne pas s’imaginer que ce seraient des hosties consacrées (le Corps du Christ).
Petite précision utile
Certains ne seraient pas mécontent de changer les hosties pour des calissons. Cela permettrait d’ augmenter la fréquentation aux offices. On pourrait même aller communier deux fois si on n’ est pas diabétique.
Tradition magnifique
Les calissons c’est délicieux, leur bénédiction n’a aucun intérêt !
Pour vous peut être, certains cela en a !!
Les « vrais » calissons n’ont rien à voir avec ceux que l’on trouve dans tous les commerces…
Les vrais calissons doivent sortir d’ une église ?
Oui, et cela paraît un ridicule enfantillage aux autres. Cela discrédite la religion.
Enfin, il est question de notre savoir-faire français qui a été négligé depuis quelques années, le calisson une véritable petite gourmandise,
Dans le calisson tout est bon, c’est comme dans le cochon, alors que vivent les traditions provençale, ces traditions qui sont un des ciments de notre société française.
Oui, mais une « bénédiction »… ça paraît hors de propos.
ben non, pas pour certains !!
L’illustration est magnifique.
Et les calissons sont un régal.
Les vrais, oui…
Vive les traditions françaises qui mettent en valeur l’église en plus de la gastronomie