Vandalisme : la mémoire de 53 fusillés de la Résistance piétinée

Le respect des morts n’arrête plus les voleurs, prêts à profaner nos édifices les plus sacrés pour de l'argent.
© Benh Wikipedia
© Benh Wikipedia

Le mal et l’ignominie ont une nouvelle fois frappé en France. En effet, ce lundi 2 février 2026, dans une petite commune de l’Aube, à Creney-près-Troyes, les autorités ont constaté que la plaque en bronze gravée des noms de 53 résistants et martyrs de la Seconde Guerre mondiale avait été arrachée du monument dédié à leur mémoire. Fixée à même la pierre, cette plaque rappelait l’engagement et le sacrifice de ceux qui avaient combattu contre l’Occupation et payé de leur vie leur fidélité à la liberté et à la France.

Un acte de vandalisme « ignoble et intolérable »

Avant que l’information ne soit révélée par nos confrères de L’Est éclair, le vol a été constaté dans la matinée du 2 février, lorsqu’un garde champêtre a découvert l’absence de la plaque, pourtant solidement scellée sur le monument. Le maire de Creney, Jacky Raguin (LR), a immédiatement exprimé sa consternation, soulignant que ce geste ne portait pas seulement atteinte à un objet métallique, mais aussi à la mémoire même des résistants exécutés. François Baroin, ancien ministre et président de la communauté d’agglomération de Troyes, a également dénoncé un acte « ignoble et intolérable ».

Plaque arrachée du monument aux morts de Creney

Les autorités ont déposé plainte et une enquête a été ouverte. Selon les premières hypothèses, la plaque en bronze, dont le poids était estimé à plusieurs dizaines de kilos, aurait été arrachée par des voleurs attirés par la valeur marchande du métal, dans un contexte de flambée des cours des métaux, qui favorise ce type de trafics.

Cet événement fait douloureusement écho à d’autres dégradations récentes dans le département et au-delà en France. En effet, en décembre 2025, une soixantaine de tombes avaient été vandalisées et plusieurs statues en bronze dérobées dans le cimetière de Bouilly, situé à quelques kilomètres de Creney et de Troyes. Cela n’est pas sans rappeler, également, le vol de plaques en bronze au cimetière militaire de Saint-Laurent-Blangy, dans le Pas-de-Calais, le 23 janvier dernier.

L’histoire de 53 martyrs

Le monument dont la plaque a été volée a été inauguré en août 1946, peu après la fin de la guerre, afin de commémorer les événements tragiques qui avaient frappé le territoire à la fin de l’Occupation. En effet, en 1944, alors que les troupes allemandes faisaient face à l’avancée inarrêtable des forces alliées, plusieurs résistants et détenus furent arrêtés à Troyes, puis transférés à Creney-près-Troyes.

Le 22 août 1944, quarante-neuf personnes ont été ensuite fusillées sur un terrain de tir situé sur la commune de Creney, sur ordre des Allemands. À ce massacre s’ajoutent quatre francs-tireurs et partisans, condamnés à mort par la juridiction militaire allemande siégeant à Troyes et exécutés le 22 février 1944. L’ensemble de ces cinquante-trois noms figurait alors sur la plaque aujourd’hui dérobée.

Chaque année, le troisième ou le dernier dimanche d’août, les familles des victimes, d’anciens combattants et de nombreux habitants se rassemblent sur ce lieu de mémoire pour honorer ces vies sacrifiées. Pour le maire, Jacky Raguin, le vol de la plaque constitue ainsi un outrage fait aux proches des fusillés : « Il y a encore des familles qui viennent aux commémorations… donc, c’est comme un viol. C’est ressenti de façon très douloureuse. »

Le combat pour la mémoire

Cependant, tandis que des vandales menacent de faire disparaître des fragments de notre Histoire et portent atteinte au respect dû aux morts, d’autres, fort heureusement, s’efforcent de sauvegarder et de restaurer les monuments du souvenir. Ainsi, la Fondation du patrimoine soutient actuellement un projet de restauration des monuments aux morts d’Ansauville, en Meurthe-et-Moselle. Dans cette commune, deux stèles élevées après la Première Guerre mondiale, aujourd’hui très dégradées, menacent de s’effondrer.

Le projet, porté par la commune avec l’appui de la Fondation du patrimoine, prévoit une restauration complète des maçonneries en pierre de taille, la création d’une plaque commémorative, en espérant que celle-ci ne soit pas la proie future de voleurs sans foi ni loi. Il comprend également l’aménagement d’une petite place, la réfection des allées et la plantation d’arbres pour donner à ce lieu tout le respect et la splendeur qu’il mérite.

Ces stèles avaient été érigées par des régiments français, à l’endroit même où environ 350 soldats reposaient initialement, avant que leurs dépouilles ne fussent transférées vers des nécropoles militaires voisines. Les noms de ces combattants sont toujours conservés dans les registres communaux d’Ansauville, qui souhaite aujourd’hui préserver ce fragment d’histoire locale, entretenir le souvenir des disparus et transmettre leur mémoire aux générations futures.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Certes, il s’agit ici de vandalisme à but lucratif, mais hélas, il y a beaucoup de vandalisme tout court, juste pour le plaisir de casser et de détruire. Exemple: la ville de Liège avait inauguré sur une de ses places un buste du plus célèbre de ses citoyens, Georges Simenon, connu pour être un fumeur de pipe. Moins d’une semaine aprs l’inauguration, il n’y avait plus de pipe. Sans doute quelqu’un a-t-il voulu prendre soin de ses poumons.

  2. C’est la proportion du risque qui encourage ou décourage ,si un kilo de bronze ou de cuivre coutait 10 ans de « tôle » tout serait vite réglé !!

  3. Encore un fait, sans doute, qui n’a aucun rapport avec l’immigration’ Quel Français de sang ou de cœur serait capable de faire subir cela à ses ancêtres glorieux! Désespérant.

  4. Pour l’éviter remettre le contrôle aux frontières, faire des perquisitions chez les ferrailleurs et dans les camps des gens du voyages quand on voit les fumées noires qui s’en échappent, mettre de réelles peines de prisons avec saisie des biens camions et voitures de transport
    (la famille LANG était ferrailleur à NANCY)

  5. Ce pauvre pays qui est le nôtre devient une vaste pétaudière, c’est open bar pour toutes les bandes de voleurs, les gangs, les mafias de tous poils, qui ne craignent pas un état devenu totalement faible et impuissant. Nous avons entendu dire en haut lieu qu’il fallait  » être fort pour être respecté et craint »! On en est loin. Flatus vocis !

    • « c’est open bar pour toutes les bandes de voleurs, les gangs, les mafias de tous poils » Conséquence inéluctable de la libre circulation des peuples, de biens et des services, biberon de l’europe.

  6. Une fois de plus notre histoire piétinée, la mémoire de 53 martyrs piétinée, on devine de quel côté ça vient, quand il s’agit de ce genre de procédé….
    Ils me donnent la nausée

  7. Afin de lutter contre l’ensauvagement et plutôt que de les railler comme le fait volontiers la gauche, notre société gagnerait sans aucun doute à réhabiliter la morale et l’urbanité.

  8. Quel honte voler une plaque avec les noms de résistants qui ce sont battu contre la barbarie SS elle est belle la France actuellement.

    • Ces gens là s’en foutent ils ne sont pour la plupart pas français et ne risque rien ou au pire une peine avec sursis et si le juge est un grand méchant un bracelet électronique, dissuasif non!

  9. Ces vols de plaques commémoratives sont une deuxième mort, pour ne pas dire exécution, pour tous ces « morts pour la France »

  10. Dans une France en grand déclins ces profanations, délinquances de tout ordres, actes barbares qui se multiplient n’est que logique, les autorités responsables ne peuvent que détourner leur regards ou sanctionner au minimum.

  11. Et laisser faire cela sans réagir avec violence c’est créer les conditions de réouverture de camps de la mort ce qui ne serait qu’un éternel recommencement parce que des irresponsables devant tout les laissent faire. Un jour ou l’autre les choses vont exploser en pleine figure de tous ces crétins de la République destructeurs de la France.

  12. c’est immonde et ignoble. je suis ecoeure .si on arrive à choper ces ordures, il faudra les punir au maximum par de la prison ferme.

    • Oh, comme ce sont surement les mêmes que ceux qui nous ont volé nos fils de téléphone fixe en cuivre (bon maintenant on a la fibre), ces métaux sont déjà surement partis chez eux, donc tout proche de l’UE. Impossible de les punir (et encore, nous n’avons plus la fraise des bois pour les protéger)

    • Exactement, qu’il assument, mais quand vont ils comprendre, que nous ne sommes plus au bord du goufre, mais au fond, et qu’il va falloir ramer pour remonter si nous voulons sauver la France, sinon qu’ils ne fassent rien et nous changerons de peuple…..

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Maires sortants exfiltrés : il s’agit là des prémices d’une guerre civile

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois