[UNE PROF EN FRANCE] Et si l’internat était la solution ?

Au Danemark, envoyer son enfant à l’internat n’est ni un aveu d’échec parental ni une solution de dernier recours.
Capture d'écran YT 
Nørre Åby Efterskole
Capture d'écran YT Nørre Åby Efterskole

Au Danemark, envoyer son enfant à l’internat n’est ni un aveu d’échec parental ni une solution de dernier recours. C’est presque un rite de passage. Entre la 9e et la 10e année (équivalent de notre collège/lycée), près de 15 % des adolescents fréquentent une efterskole, ces écoles-internats qui conjuguent enseignement académique, vie collective et projets extrascolaires. Les familles ne s’y résolvent pas par obligation mais par choix : elles y voient un moyen d’aider leurs enfants à gagner en autonomie, à mûrir, à découvrir la vie en communauté, loin de l’immédiateté numérique et du cocon familial, dans lequel dominent les affects.

Dans ces établissements, l’apprentissage dépasse la salle de classe : sport, théâtre, engagement associatif, cuisine collective… L’internat danois se veut un lieu où l’on apprend à vivre autant qu’à étudier. Et il s’inscrit dans une tradition culturelle où l’école est une communauté, presque un petit village éducatif.

En France, l’internat traîne encore une image ambiguë : pensionnat austère du XIXe siècle ou solution disciplinaire pour adolescents turbulents. Pourtant, la réalité est tout autre. Aujourd’hui, environ 210.000 élèves y sont inscrits (soit 2,6 % de la population scolaire), dont une majorité dans le public (environ 60 %), avec une proportion quasi équilibrée entre filles et garçons.

Trois atouts éducatifs méritent d’être rappelés : la cohérence entre l’école et la vie quotidienne, le développement de l’autonomie et du sens des responsabilités, une socialisation riche et diversifiée.

Dans un internat bien conçu, les règles de vie, le rythme de travail et l’encadrement éducatif forment un tout. Les enseignants, éducateurs et surveillants agissent de concert : le même discours, les mêmes exigences, la même bienveillance ferme. Un élève ne navigue plus entre des règles familiales et scolaires parfois contradictoires : il vit dans un environnement harmonisé.

Ranger sa chambre, respecter les horaires, s’organiser pour ses devoirs : autant de compétences qui, à la maison, peuvent être négociées… mais qui, à l’internat, deviennent naturelles. L’élève apprend à se gérer seul, ce qui prépare efficacement à la vie adulte.

Partager ses repas, ses soirées, ses loisirs avec d’autres jeunes de tous horizons crée des liens profonds et durables. Cette vie collective forge la tolérance, la coopération et l’amitié – qualités que les Danois cultivent consciemment dans leurs efterskoler, et que nous avons bien du mal à conserver en France.

Au Royaume-Uni, où les boarding schools accueillent encore environ 7 % des élèves (dont une grande part en privé), la tradition reste vivace : l’internat est un lieu de formation certes coûteux mais valorisé. Au Danemark, il est plus démocratisé. En France, il est en pleine redéfinition, mais il pâtit fortement de la défiance des famille face à l’institution scolaire : pour confier son enfant à une structure qui s’occupera de lui 24h/24 et qui aura de ce fait sur lui une influence non négligeable, il faut pouvoir accorder sa confiance à cette structure.

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Fils de campagnards donc loin d’un centre urbain je suis passé par cette case pensionnaire en haute Correze où sont passés tant de cadres des TP ou des Arts et métiers. Que des bons souvenirs et plus de 60 ans apres nous nous retrouvons encore pour rappeler ses souvenirs inoubliables de pensionnaires.

  2. La photo montre une population homogène avec une majorité de filles .
    Imaginez une population plus diversifiée avec une religion qui rend la mixité filles garçons impossible .

  3. En 3eme , j’ai demandé à mes parents de me mettre en pensionnat car le lycée dans lequel j’était ne me convenait pas . Je n’ai pu que me féliciter de cette décision .

  4. Marrante photo d’illustration avec toutes les filles et en gros , une dizaine de petits mecs ! Ah, que j’aurais aimé me trouver dans cet internat !!! Mais dans les années 50-60 il n’y avait que des petits messieurs qui se satisfaisaient de cette situation en y remédiant au mieux, je ne vais pas donner de détails…Ca me fait tout de même un peu râler, pour avoir du chercher les filles comme un réprouvé, à l’époque,et maintenant, je vois le dimanche scouts et scoutesses ( un nouveau mot de ce jour) courir ensemble dans les bois alors que pour moi ,c’était bien séparé, ces demoiselles des « guides » n’avaient aucune activité commune avec les « scouts ». Je me dis aussi que lors des camps ça doit être beau y compris dans la tente des chefs et cheffesses. Tiens ,c’est marrant « cheffesses » est bien passé en ortographe! Mon nouveau mot « scoutesses « non…

  5. quand on en est à chercher d’autres solutions pour répondre à un problème, c’est qu’on ne veut pas régler le problème d’origine et qu’on est contraint de s’organiser autrement pour en pallier les méfaits

  6. Effectivement cela peut-être une solution dont surtout quand les parents sont défaillants, irresponsables. Mais, c’est aussi une solution facile, sans prise de tête et de responsabilité de confier ses enfants à l’internat. Oui car être parent demande beaucoup de temps, de responsabilités, de sortir de son nombril etc… Sans doute bientôt, l’Etat pourrait obliger ( comme l’obligation de mettre son enfant en maternelle!) tous les enfants à l’internat sous prétexte de donner la même éducation égalitaire etc donc en faire de parfait citoyen bien dressé!

    • Il y en a pour qui c’est obligé ( parents mutés à l’étranger dans un pays dangereux) !

  7. Pur produit de l’internat, il y a fort longtemps, et c’était de fait par nécessité, cela m’a tiré d’affaire en me soustrayant à mon milieux scolaire auquel je n’étais pas adapté.

    J’ai en mémoire un lycée -actuel- perdu dans la montagne de je ne sais plus quel département, il semble unique, très efficace pour les études !

  8. même Christiane TAUBIRA n’a pas réussi en son temps à « arracher l’enfant au déterminisme familial » (LOL)

  9. Il est certain que la mise au travail professionnel de la femme, la multiplication des divorces et des familles uniparentales a pour conséquence l’envoi des enfants en pensionnat. En un demi-siècle, en Europe et en Occident, « Mère au foyer  » est devenue une fonction rare et surtout totalement méprisée.

  10. A l’époque des 30 glorieuses , Tous les élèves éloignés des grands centres partaient en pension pour continuer les études . On apprenait à vivre ensemble ,à se débrouiller, on coupait le « cordon » avec les parents , on appliquait les règles de la discipline , le travail à l’étude obligatoire ,les « grandes gueules » étaient calmées par le groupe et les timides le devenaient un peu moins et tous cela faisait en finalité une société équilibrée et tout cela était complété pour les garçons par le service militaire !! Mais c’était avant !! Et on a tout cassé et nous voyons le résultat !!!

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