[UNE PROF EN FRANCE] Drame de Sanary : les parents sont-ils coupables ?

La plupart des parents font ce qu’ils peuvent dans une société qui court en tout sens comme un poulet sans tête.
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Sanary, une ville normale. Un collège normal. Un professeur normal. Et une situation qui tend à devenir banale : plusieurs coups de couteau, un adolescent mis en cause et d’innombrables commentaires. On parle, on parle depuis quelques jours… Et les mêmes phrases reviennent. Les adolescents ne seraient pas responsables de leurs actes, mais leurs parents, eux, le seraient. L'institut CSA nous dit même que 77 % des Français seraient d’accord avec l’idée que les parents sont responsables des crimes et délits commis par leur enfant mineur.

Cela m’a rappelé une anecdote que ma mère me racontait. Ma sœur aînée était gardée dans une crèche parisienne, dans les années 70. Mes parents étaient très « cadrants ». Ce sont des enfants de viticulteurs et de commerçants, non des hippies. Et pourtant, ma sœur mordait les autres enfants de la crèche, très violemment. Lorsqu’elle m’en parlait, ma mère me disait : « C’est dur d’être les parents des victimes, mais c’est peut-être pire d’être les parents de l’agresseur. »

Je vous entends soupirer… Vous vous dites qu’encore une fois, je ne vais pas être d’accord avec le vent dominant… Ce vent qui accuse les parents de tous les maux, ce qui aurait pour effet, finalement, de dédouaner les adolescents de leurs responsabilités.

La faute de tout le monde, sauf de celui qui tient le couteau

Un adolescent n’est pas un être pur et doux ignorant du mal et exempt de vice et de violence. Il n’est pas, non plus, une pâte modelée par ses parents selon leur volonté et dénuée de liberté et d’un caractère propre. Hannah Arendt affirmait, dans La Crise de la culture, que « chaque naissance apporte quelque chose de radicalement nouveau au monde ».

L’enfant n’est pas la continuation de ses parents ni le pur fruit de leur éducation. Il introduit une discontinuité, une imprévisibilité radicale. Il construit progressivement sa liberté, qu’il doit ensuite assumer. Nous savons, aujourd’hui, que notre cortex préfrontal ne termine son développement qu’entre 20 et 25 ans. Le cortex préfrontal gère la planification et l’anticipation, l’inhibition des impulsions, l’évaluation des conséquences, la prise de décision complexe, la régulation émotionnelle et le jugement moral et social. Mais si le cortex préfrontal est immature, il est toutefois actif à l’adolescence. Dans le débat actuel, on applique une grille de lecture assez étonnante, par laquelle on disculpe en réalité les auteurs de ces violences en externalisant leur responsabilité : ce serait la faute de leurs parents, du laxisme de l’école, des réseaux sociaux, d’une culture d’importation… Enfin, c’est la faute de tout le monde, sauf de celui qui tient le couteau.

Louis XIV a atteint sa majorité régalienne à 14 ans ; au même âge, Mozart composait Mitridate, Jeanne d’Arc écoutait saint Michel et sainte Catherine, Louis Braille passait ses nuits à perfectionner un mode de lecture pour les aveugles.

Le « parent », bouc émissaire idéal

Dans notre société de la fragmentation et de l’infantilisation généralisée, le « parent » est un bouc émissaire idéal. Je l’entends toute la journée en salle des professeurs, où les parents sont largement méprisés et dénigrés.

Sur Europe 1, samedi midi, Michel Onfray a tenu des propos qui m’ont interpellée : « Sept ans. C’est l’âge de mon petit-fils aîné, Augustin […] Ce sont les parents qui sont à accabler. Mon petit Augustin, il fera jamais un truc comme ça. Je peux mettre ma tête à couper qu’il ne fera jamais quelque chose comme ça, parce que ses parents l’éduquent bien. » En tant que mère de famille nombreuse fréquentant beaucoup d’autres grandes familles, je l’inviterais à la prudence quant au devenir d’un garçon de sept ans, aussi bien éduqué fût-il. L’expérience m’engage à ne pas mettre ma tête en jeu dans ce type de pari… On a parfois de désagréables surprises, même dans les familles les plus exigeantes, même dans les écoles les plus cadrées, même dans les milieux les plus préservés. La vie manquerait de sel si l’on pouvait prédire ainsi l’avenir de chaque enfant !

Sans être une furieuse sartrienne, je suis convaincue qu’une personnalité se construit de façon progressive, tout au long de la vie, sous de multiples influences conjointes, parmi lesquelles l’éducation n’est qu’un facteur au milieu des autres. N’en déplaise aux psychanalystes, à Françoise Dolto et à tous ceux qui veulent faire des phrases, la plupart des parents font ce qu’ils peuvent dans une société qui court en tout sens comme un poulet sans tête.

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

87 commentaires

  1. Pour ne pas parler des vrais causes de « la violence « comme on dit, on accuse les parents d’être laxistes et dans le même temps, on interdit aux parents la fessée et toute forme de punition.
    Et avec ça, on croit qu’on va former des adolescents respectueux de l’autorité et intégrant bien qu’il y a des limites à ne pas dépasser.
    Des expériences anciennes ont prouvé qu’un chien à qui on répète sans arrêt »assis » « debout » finit par présenter des troubles du comportement. On oublie très souvent que l’être humain a aussi une origine animale.

  2. Michel Onfray est toujours plein de certitudes et c’est sa limite. Nous avons connu une famille de trois petites filles parfaitement élevées dont la plus jeune est rentrée chez elle un jour en déclarant à ses parents : « je ne veux plus qu’on m’appelle Cécile, je veux qu’on m’appelle Marguerite ». Stupeur générale. On interroge la petite fille sur cette volonté imprévisible :  » Pourquoi est-ce que tu veux changer de prénom ?  » La réponse a surgi, immédiate : » Parce que Cécile, c’est couillon »! Stupeur. Rien de très inquiétant. Mais imprévisible, sans aucun doute. Pour en saisir la caractère insolite, il faut replacer ce dialogue dans le texte des « Petites filles modèles ou des « Malheurs de Sophie » . C’est réellement l’effet que cette anecdote nous a produit, racontée en riant par une mère de famille qui avait l’humour de retenir la drôlerie inédite de l’épisode. Cécile conserva son prénom et Marguerite fut vite oubliée.

  3. Il y a l’éducation et un paramètre non négligeable, le poids de la culture. Sans oublier ce que l’on hérite de ses ancêtres. Il est connu que certaines caractéristiques peuvent sauter une génération, en bien comme en mal.

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