[TRIBUNE] Budget 2026 : médiocre

Le budget Lecornu sacrifie toute vision à long terme et privilégie une stratégie de survie gouvernementale.
Capture d'écran : site du Gouvernement
Capture d'écran : site du Gouvernement

Les grandes lignes du budget 2026 sont désormais connues. Une année à marquer d’une pierre blanche, car pour la première fois, les gouvernements macronistes, d’Édouard Philippe à François Bayrou, cesseront de financer leurs dépenses somptuaires sur le dos des retraités : les pensions resteront indexées et l’abattement de 10 % est maintenu.
Il est vrai qu’en échange, les ultra-riches, si chers à la Macronie, seront eux aussi préservés : exit la taxe Zucman et l’impôt sur les holdings.

Les dindons de la farce

Ce sont bien évidemment les firmes productrices de richesses qui feront les frais de ce budget, avec la ponction d’une surtaxe sur les bénéfices de 7,3 milliards d’euros. Sans compter le maintien de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), qui frappe plus lourdement les entreprises industrielles, et ce, quelle que soit leur taille. Qui oserait, ensuite, s’étonner des délocalisations ?
L’État ponctionnera également 4 milliards d’euros sur les collectivités locales et les opérateurs publics.

Le culte de la dépense

En 2026, les dépenses publiques devraient croître de 2,2 %, soit 37 milliards d’euros (0,8 % hors inflation). Cette hausse est préoccupante, car elle ne concerne en fait que la section de fonctionnement.
La prime d’activité, l’aide aux handicapés et aux étudiants d’origine modeste sont certes louables. Mais dans les négociations avec la gauche réformiste, le « socle commun » aurait également pu proposer en contrepartie des économies salutaires concernant, entre autres, l’audiovisuel public, la politique de la ville, l’immigration débridée ou le wokisme culturel, etc. Un bon budget aurait gagé les dépenses nouvelles par des économies à due concurrence, et ce, au sein de la seule section de fonctionnement.
Or, il n’en a rien été : les rares suppressions de crédit n’affecteront aucunement les dépenses de fonctionnement mais, au contraire, les investissements d’avenir, et ce, pour un montant attendu de 5 milliards d’euros.

Et la dette publique ?

Il est désormais clair que le gouvernement ne vise plus un déficit public réduit à 4,7 % du PIB, mais désormais à 5 %, en 2026. Voilà qui est bien modeste, alors que l’objectif reste une réduction à 3 %, voire 2,5 %, pour éviter le cercle vicieux de la dette. Dans l’immédiat, cette dernière va donc continuer à augmenter, jusqu’à 118,2 % du PIB, avec une charge d’intérêts en hausse de 7 milliards d’euros par rapport à 2025.
Ainsi, le budget Lecornu sacrifie toute vision à long terme et privilégie une stratégie de survie gouvernementale. Ce choix va retarder et aggraver une nécessaire cure d’austérité budgétaire, qui n’en sera que plus rude. Car nous sommes déjà les champions des prélèvements obligatoires, passant de 42,8 % à 43,9 % de notre revenu national… sans aucune amélioration notable de notre situation financière à attendre en 2026. Qu’en sera-t-il, à l’heure d’une purge austéritaire ?

En conclusion

N’allons pas croire que des « gilets rouges » ou des « bonnets jaunes » vont prendre leur fourche ou leur fusil afin d’envahir les ronds-points ou les préfectures pour attaquer un budget pourtant bien médiocre.
Le consensus mou issu des palabres n’est pas si mal reçu dans l’opinion publique, par un peuple aux ascendances rurales, parmi lesquelles peut-être un ancêtre maquignon… Nous aimons, certes, le débat politique, mais le niveau d’agressivité qui règne actuellement au « palais Bourbier » commence sérieusement à lasser nos compatriotes. Le résultat de la prochaine élection présidentielle n’est donc pas connu d’avance. Comme l’a écrit Simone de Beauvoir : « Le plus affreux de la médiocrité, c’est qu’on finit par l’accepter. »

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Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

22 commentaires

  1. « Le plus affreux de la médiocrité, c’est qu’on finit par l’accepter ». En effet, et cela est valable à bien des égards dans notre société décadente ! Référons nous à St Augustin : A force de tout voir on finit par tout supporter… A force de tout supporter on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer on finit par tout accepter… A force de tout accepter on finit par tout approuver ! »
    Mais revenons à ce budget de socialisme économique, encore un déni de bon sens, qui comme depuis 1981 consiste à distribuer la richesse avant qu’elle ne soit produite, et pensons à Jean de la Fontaine et à sa fable de la Cigale et la Fourmi, car elle toujours d’actualité. La France continue à chanter…

  2. Ils donnent le nom du budget à un « truc » qui n’en est pas un, comptant un peu trop sur les recettes, les augmentant même alors qu’il y aurait tant à faire sur les dépenses
    Demandez aux « ménages », dont je fais partie, tous les début de mois je fais un vrai budget moi, les recettes n’évoluant pas bien sur, les dépenses incompressibles vont augmenter en ce début d’années, loyer, mutuelles, abonnement FAI, assurances habitation et j’en passe, et donc une fois la liste établie qui me bouffe 80% de ma pension d’invalidité, il y a le reste, pour manger, pas de loisirs, achat de vêtements une fois l’an et encore, je n’ai qu’une paire de chaussure qui dure, dure dure, vu que je ne sors plus, pas de restaurant, de cinéma……
    Et c’est comme ça TOUS LES MOIS, le moindre frais non prévu est une catastrophe, je ne peux même pas mettre de côté, pas d’aide bien sur vu que je paye un chouya d’impôts, bah oui célibataire sans enfant, je paye pour les autres et quand je vois comment ils sont utilisés, je m’étrangle
    Alors l’autre lecornu, qu’il ne me parle pas de budget !!!

  3. Que demander d’autres à des fonctionnaires médiocres eux même, qui n’ont que pour objectif le maintien de leurs avantages. Ajoutons une bonne louche de socialistes qui ne vivent que de l’argent des autres, et vous obtenez ce résultat. Je ne sais pas qui, les français éliront l’année prochaine, mais si c’est ceux que je souhaite, alors bon courage.

  4. Macron a-t-il déjà eu une vison à long terme pour la France ? Quelle ambition pour la France ? la France n’intéresse pas Macron, mais Hollande n’a pas fait mieux et pour masquer leur incapacité à diriger le pays ils font des lois sociétales qui n’apportent pas vraiment grand chose au destin des français et de la France. On est fauché donc impuissant pour entreprendre des actions à long terme mais on ne veut pas faire d’économies, réduire notre train de vie, revoir le social, lorsque je dis on c’est le gouvernement et les français à qui on avait fait croire qu’ils gagneraient autant en travaillant moins, le réveil est douloureux pour ceux qui comprennent quelque chose. Le gouvernement n’est pas le seul responsable, il est seulement responsable de ne pas se faire respecter et de baisser les bras et les français eux, sont responsables de ne rien comprendre à l’économie et de ne pas vouloir faire d’efforts.

  5. Plus on avance vers l’échéance présidentielle plus je m’inquiète pour l’avenir de la France.

  6. La seule vision à court, moyen ou long terme que l’on puisse avoir est celle qui consiste à ramener les dépenses au niveau des recettes. Ce n’est hélas pas pour demain. L’état de cessation des paiements est désormais inévitable, il s’agit seulement d’une question de temps.

  7. Article bien gentil encore, car vu l’augmentation des Taxes et prélèvements de toute nature tout en gratifiant les mêmes fainéants de la République je dirais que cela ressemble à un Budget d’escrocs. Reste le meneur de ce cirque qui ne regarde jamais les caméras ou les autres dans les yeux ! c’est la preuve que la filouterie et le mépris des autres est à son comble.

  8. On peut remercier l’UMPS d’avoir une nouvelle fois fait alliance avec la Macronie pour durer, durer…ces pauvres bougres ont peur de retourner aux urnes. Ils veulent gagner du temps, enfumer une nouvelle fois leurs électeurs. Espérons que ces profiteurs soient enfin sanctionnés comme il se doit. Mais, j’en doute…

  9. Comme les députés, il cherche a rester le plus longtemps possible ! Il n’en a rien à cirer des français !

  10. La Comptabilité devrait être obligatoire pour chaque ministre ( au minimum CAP obligatoire ). Avant de présenter un bilan, il faut passer par le compte de Résultat ( Recettes, Dépenses ) et les Dépenses ne peuvent être adoptées que si elles ne mettent pas en jeu le résultat.

    • La comptabilité pour le CAP ce n’est rien, je me fais fort de préparer quelqu’un aux épreuves de compta en moins de 100 heures, mais il faut supposer que les ministres bac + 5 sauf exception n’ont pas besoin de ça. Ceux qui aurait besoin de ça et de quelques notions de droit constitutionnel, administratif et budgétaire ce sont les candidats à la députation alors qu’aujourd’hui on ne leur demande même pas de savoir lire et écrire couramment, on a un illettré député que se présente à la mairie de Marseille , est-ce possible honnêtement. Bon d’accord j’en vois un qui lui n’est pas de gauche qui apprend ses interventions par coeur et qui est moins brillant quand il n’a plus ses notes mais lui a un peu d’humour.

    • Pour faire comprendre comment fonctionne la compta ce qu’est un bilan et un compte de résultat mon intervention de 4 heures était suffisante pour que les artisans sachent de quoi on parlait.

  11. De nos jours, le vote ne constitue plus un acte de souveraineté, par lequel un peuple se choisit une direction. Le vote est devenu un acte inutile puisque des gens qui refusent de remettre au peuple le droit de choisir leur avenir, disent aux Français: « Choisissez qui vous voulez pour gouverner, mais nous déciderons qui dirigera dans le sens voulu par une minorité agissante dans l’ombre ». Nous avons les politiques que nous méritons, voilà 40 ans que ça continue.

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