Sus au pretty privilege : au nom de l’égalité, interdit de se pomponner !

Pour ne pas discriminer, faudrait-il envisager des quotas de négligés dans les sociétés ?
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Le Parisien publiait, le 8 mars, un article sur le « pretty privilege » (privilège de la beauté) rassemblant des témoignages de femmes avouant soigner particulièrement leur apparence en entreprise : « Idiote ou pas, la crainte de manquer de crédibilité professionnelle à cause de son apparence est partagée par toutes les personnes que nous avons interrogées », résume le quotidien. Ainsi, le pretty privilege serait une sorte de discrimination invisible et profondément ancrée à laquelle chacune ferait plus ou moins allégeance sous peine d'être professionnellement pénalisée.

L'apparence, vitrine de la compétence ?

Avant de sauver le monde, la beauté sauverait-elle l’entreprise ? C’est en tout cas ce qui ressort de l’article du Parisien : « Tenue, maquillage, cheveux, je pense à tout. C’est pénible de devoir tout calculer ainsi, mais je vois bien que le fait d’être jolie et souriante donne envie aux gens de signer des contrats », explique Justine, chef d’entreprise. On jugerait donc le fond du travail à la forme du travailleur. D'ailleurs, si l'on en croit le quotidien, il s'agit plus de soin, de l’attention portée à son apparence que d’une beauté innée : il s’agit de donner une bonne image, de se faire vitrine de son travail, et ce n’est pas le privilège de quelques élus.

Il y a une dizaine d’années, la direction d’un lycée des Yvelines, qui organise chaque année un concours d’éloquence, expliquait avoir imposé aux finalistes un code vestimentaire : costume et cravate pour ces messieurs, tenue de soirée pour ces demoiselles. L’objectif avait été rempli, la forme influençant le fond, les discours proposés avaient gagné en exigence et en niveau. Alors, s’il ne faut pas juger un livre à sa couverture et si les préjugés ont leurs limites, qu’évidemment l’habit ne fait pas forcément le moine, il reste plus facile de croire que le travail d'un salarié tiré à quatre épingles sera plus soigné que celui d'un salarié négligé.

Le magazine Forbes avait même publié un article regroupant des « leviers concrets » pour lutter contre cette discrimination qui confond apparence et performance, contre « ce biais [qui] se retrouve dans les relations au quotidien : un manager à l’apparence soignée inspire plus facilement confiance ; un collaborateur jugé "charismatique" est souvent perçu comme plus compétent. Dans les métiers exposés (vente, communication, événementiel…), l’image peut devenir un critère implicite de performance au détriment des compétences réelles. » Alors, il convient de « mettre en place des démarches inclusives, valorisant toutes les formes de diversité – y compris physique. Adopter des politiques de recrutement et de promotion fondées sur les compétences, l’expérience et la valeur ajoutée réelle. » Peut-être est-il plus simple de demander aux candidats de venir en pyjama, façon saut du lit, pour être certains de ne pas se laisser influencer par une apparence proprette ?

Au nom de l'égalité, interdit de se pomponner ?

Le Parisien l'explique bien : l'apparence est pour beaucoup un capital à entretenir pour optimiser ses chances de succès professionnels : « De nombreuses personnes considèrent aujourd’hui leur physique comme un capital, dans lequel il faut investir pour maximiser ses chances de réussite, explique Jennifer Padjemi, auteur de Selfie. Comment le capitalisme contrôle nos corps (Éd. Seuil). On fait du sport, on choisit un uniforme de travail, on investit dans du maquillage dans l’espoir de retirer les bénéfices de cette prime à la beauté. » Le problème, pour le quotidien, est que ce privilège-là serait une « forme de discrimination quasi invisible [que] certaines [auraient] intégrée » au détriment de celles dont l'apparence serait trop éloignée des normes de beauté.

En mars 2006, une loi pour l’égalité des chances « avait pour but de rendre le CV anonyme obligatoire pour les entreprises comportant plus de 50 salariés », explique L’Express, ajoutant que « la mise en œuvre de cette mesure nécessitait l’adoption d’un décret d’application, mais ce dernier n’a jamais vu le jour ». Si, pour ne pas discriminer, il faut donc gommer toutes les différences, autant piocher au hasard dans une liste de CV. Les CV anonymes auraient surtout fait de tous les salariés - à niveau équivalent - des individus interchangeables, sans personnalité et sans qualités propres, en plus de mettre un dernier clou sur la liberté de recrutement des entreprises. D’autant que, juridiquement, les entreprises sont déjà tenues à la neutralité, comme on peut le lire sur le site Culture RH : « L’article 225-1 du Code pénal et l’article L.1132-1 du Code du travail interdisent toute différence de traitement fondée sur des éléments physiques non pertinents pour le poste. Cela inclut à la fois l’apparence corporelle (taille, morphologie, couleur de peau, cheveux) et l’apparence vestimentaire ou « look » (coiffure, maquillage, tatouages, bijoux). »

Manifestement, difficile, pour le quotidien, de faire la différence entre la beauté d'un visage et les apprêts qui s'y ajoutent. Quoi qu'il en soit, apparemment, pour ne pas discriminer, il faudrait une égalité dans la mocheté. Ou alors, faudrait-il envisager des quotas de négligés dans les sociétés ?

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