[STRICTEMENT PERSONNEL] Quelques fleurs sur une tombe
Chacun connaît, ou du moins respecte (plus ou moins) le vieil adage romain : « De mortuis nihil nisi bonum », autrement dit, en français : « On ne dit que du bien des morts », en particulier le jour de leur décès et de leur oraison funèbre. Il n’en est pas moins exceptionnel, en particulier dans le monde de brutes et de goujats qu’est trop souvent le microcosme politique, de voir et d’entendre, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par toutes les couleurs du spectre idéologique, dirigeants ou simples parlementaires rendre un hommage apparemment sincère et en tout cas unanime à l’un des siens. Ce fut le cas, ce mardi, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale où les députés venaient d’apprendre la disparition brutale de l’un des leurs. C’est qu’ils étaient tous soit familiers soit au fait de sa personnalité, de son intégrité, de la sincérité et de la continuité de ses convictions, quoi qu’il ait pu lui en coûter.

Capture écran Public Sénat
Sa silhouette à la Giscard d’Estaing et le caractère le plus souvent mesuré de ses interventions et de ses propos n’avaient pas valu à Olivier Marleix une notoriété nationale. Il l’aurait pourtant méritée ne serait-ce qu’au regard du combat obstiné, et malheureusement perdu, qu’il avait mené pendant des années, aux côtés d’Arnaud Montebourg et de Jean-Pierre Chevénement, pour éclairer, analyser et sanctionner les conditions plus que suspectes, scandaleuses, dans lesquelles Patrick Kron, PDG d’un des joyaux de l’industrie française, Alstom, l’avait démantelé et bradé, sous l’égide bienveillante pour ne pas dire complice d’un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie et des Finances.
Gaulliste revendiqué
Olivier Marleix était également l’un des rares oiseaux qui persistent à se dire « gaullistes » et tendent désespérément , contre l’évidence, de concilier leur fidélité à la mémoire et au message du général de Gaulle, au sein d’un parti plus attaché au pouvoir, dût-il n’en recueillir que les miettes, qu’aux principes et capable de se dire d’opposition tout en siégeant au gouvernement comme de maintenir le cordon sanitaire qui le sépare du Rassemblement national alors même qu’il en reprend les propositions et en copie les idées sans avoir encore décidé s’il le rejoindrait ou s’il le combattrait lors des prochaines échéances électorales…
Rien, dans son comportement, dans ses propos, dans ses projets, dont celui d’achever et de publier à la rentrée un livre consacré à la dissolution…de la France, ne laissait prévoir le geste fatal qu’a accompli Olivier Marleix dans la solitude absolue de la maison familiale, au cœur des touffeurs de juillet. Quelles déceptions, quels chagrins, quelles raisons, de quel ordre, politique ou personnel, l’ont amené à se donner la mort, à un âge qui lui permettait encore toutes les ambitions et alors qu’il jouissait de l’estime de ses homologues et, plus important, de ses électeurs ? L’enquête éclaircira peut-être ce qui, pour l’instant, apparaît comme un mystère entre lui et lui-même.
Une souffrance
Avait-il souffert d’être gentiment poussé vers la sortie par un Laurent Wauquiez qui, avant de prononcer son éloge funèbre, lui avait succédé à la tête du groupe parlementaire dit de la Droite républicaine ? Rien ne le donne à penser, rien ne permet de l’écarter. Il est en revanche assez vraisemblable qu’il ait été blessé, à l’hiver dernier, lorsque le président de la République s’était opposé au choix de Michel Barnier, fugace et estimable Premier ministre, de nommer Olivier Marleix à la Justice. La durable vindicte d’Emmanuel Macron ne l’a pas empêché de signer, entre un week-end à la Lanterne et un séjour au château de Windsor, un message correct et protocolaire d’adieu au disparu. Ainsi va le monde…L’hypocrisie, a écrit une fois pour toutes La Rochefoucauld, est un hommage que le vice rend à la vertu.
On n’ira pas plus avant sur le chemin tortueux des hypothèses et des questions de toute sorte que suscite inévitablement un suicide aussi imprévisible qu’inexpliqué à ce jour. Ces quelques mots, simplement, comme une brassée de fleurs sur la tombe d’Olivier Marleix.
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24 commentaires
Assez de tous ces politiques qui se revendiquent gaullistes. Les Gaullistes ont été ostracisés depuis bien longtemps.
Les condoléances et autres auraisons funèbres de tous les partis sont autant de menteries que d’hypocrisies .
Pour moi la mort de Monsieur Olivier Marleix est suspecte…comme bien d’autres avant celle-ci. Mais nous ne saurons rien ,bien entendu, et ceux qui savent se tairont, sans doute par crainte de » devoir se suicider » ensuite …
Paix à ses cendres.
« De mortuis nihil nisi bonum » : Jean-Marie Le Pen n’y a pas eu droit lui…
(Pourquoi mon commentaire n’a-t-il pas ère publié le 11 juillet ?)Merci pour lui… pour cette brassée de fleurs réconfortante. Il faudrait démêler le vrai du faux dans l’hommage un peu trop unanime ET pour ce qui est du « suicide » d’Olivier Marleix, non ? Ça paraît tellement trop gros.
C’est le 14 juillet, le Tour de France, les vacances, alors …. tout sera vite oublié. Même Bayrou a attendu que la session parlementaire soit terminée pour présenter la note.
lily
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Bonne journée