[STRICTEMENT PERSONNEL] Le faiseur de paix

À Téhéran comme ailleurs, Trump et la démocratie ont encore de la paix sur la planche.
IL20240409190919-jamet-dominique-929x522

Happy end, comme on les aime à Hollywood. Ou, du moins, comme on les aimait du temps de ce bon vieux John Ford et de ses westerns héroïques. Une fois de plus, le 7e de cavalerie est intervenu au bon moment pour sauver la mise aux passagers de la diligence que leur cocher avait imprudemment engagée, dans une contrée infestée d’Indiens, sur le sentier de la guerre.

Trop sûr de lui et de l’invincibilité retrouvée de Tsahal, mais surtout assuré, comme d’habitude, que John Wayne et ses hommes viendraient à son aide en cas de besoin, Benyamin Netanyahou, s’il faut l’appeler par son nom, avait décidé d’en finir une fois pour toutes avec l’ennemi mortel qui, depuis un demi-siècle, appelle et œuvre à la disparition de son État, de son pays et de son peuple. Pour évidente et encore une fois démontrée que soit la supériorité militaire d’Israël sur le terrain du Moyen-Orient, le Premier ministre israélien avait peut-être eu les yeux plus gros que le ventre. L’Iran, ce n’est ni la principauté de Monaco, ni l’enclave de Gaza, ni même le Hamas ou le Hezbollah, mais un pays grand comme deux fois la France, dix fois plus peuplé qu’Israël et capable, comme on l’a vu, plus que les experts ne s’y attendaient, s’il prend des coups terribles, de les rendre ou au moins de le tenter et d’y réussir en partie. L’affaire s’avérait plus compliquée et le morceau plus coriace qu’on l’imaginait. Alors, comme à l’accoutumée, Israël a appelé le pays frère, et même très grand frère, à la rescousse.

Superman à la rescousse

Et comme chaque fois, la réponse a été positive. Avec un soupir où se mêlaient la lassitude et la coquetterie, l’homme à la casquette rouge et au complet bleu, le Superman de Mar-a-Lago, le Terminator de la Maison-Blanche, autrement dit l’incarnation contemporaine du Tout-Puissant, a endossé le costume du Sauveur et exécuté, sous le regard admiratif, approbateur, circonspect ou inquiet du monde entier, la démonstration de force attendue et sollicitée par son allié ou, faut-il dire, son satellite. Dix-sept heures de vol, sept bombardiers furtifs, quatorze bombes « conventionnelles » mais pas banales, et le tour est joué.

Lancé à l’aveuglette, comme un taureau furieux, dans un conflit dont nul, et d’abord lui-même, n’était en mesure de prévoir la durée, les complications, les implications, l’éventuelle extension, les dégâts matériels, humains, donc le bilan et l’issue, Netanyahou pouvait remercier le protecteur qui l’avait tiré du guêpier où il s’était aventuré. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que le substitut moderne de Jéhovah, aussitôt après avoir soutenu le bras armé du David de Tel Aviv face au Goliath de Téhéran, retiendrait ce même bras. Douze jours de guerre, c’est tout ce que Donald Trump a accordé à Netanyahou et à son gouvernement de jusqu’au-boutistes et d’extrémistes du Grand Israël, condamnés par leur sauveur même à rester sur leur faim.

Outre ses innombrables défauts, désormais bien connus, sur lesquels on ne s’étendra pas dans le cadre réduit de cette modeste chronique, le président en fonction de la première puissance du monde a celui de ne pas aimer la guerre. Je ne parle pas ici des guerres économiques, financières, commerciales dont il raffole, mais de la guerre, la vraie, celle qui fait couler le sang des hommes et dont il a seulement, par son intervention, intimidé, arrêté et même fait momentanément reculer le spectre menaçant. Cela, qui n’est pas rien, mérite la reconnaissance générale et, pourquoi pas, le prix Nobel de la paix qu’il brûle d’envie de recevoir, nous dit-on. Face à l’urgence, le président Trump s’est conduit comme un capitaine de pompiers appelé sur un foyer d’incendie. Il ne prétend pas à davantage. Chaque chose en son temps, chaque sinistre à son tour. Faiseur de paix comme certains sorciers se disaient faiseurs de pluie, Trump sait mieux que personne que le réchauffement polémique est aussi réel et encore plus dangereux que le réchauffement climatique.

Le ressentiment, de la prochaine guerre

Comment pourrait-il l’ignorer ? Il ne saurait échapper à personne que le feu couve toujours sous les cendres de Gaza. D’une riposte juste, justifiée, ferme et forte au pogrom du 7 octobre 2023, Israël est insensiblement passé à une punition excessive, à un châtiment indifférencié et disproportionné, et désormais à la poursuite et à l’aggravation d’un supplice qui lui aliène peu à peu la sympathie, la compassion, la solidarité, la compréhension de ceux mêmes qui lui étaient le plus attachés. La politique de M. Netanyahou a dilapidé ce capital. La désignation par les électeurs démocrates de New York, jusqu’ici cœur battant et capitale de la diaspora juive, d’un candidat à la mairie musulman et pro-palestinien est un signal qui ne trompe pas. Les veuves, les orphelins, les parents, les amis, les voisins des dizaines de milliers d’innocentes victimes qu’a accumulées et que continue de faire, par la famine ou par les balles, Israël peuvent-ils à leur tour lui pardonner et admettre l’annexion progressive du territoire – du mouchoir de poche – qui devait être le siège du décidément fantomatique État palestinien ? Le ressentiment est le terreau de la prochaine insurrection, de la prochaine intifada, de la prochaine guerre, si Israël persiste à ne trouver d’autre solution au problème palestinien que la dépossession, la déportation, la famine ou l’extermination.

Revenons à l’Iran. Instruit, ou plus exactement douché par les précédents désastreux du Vietnam, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, de l’Afghanistan, Trump s’est borné à taper fort sur la tête – les têtes - du régime sans ignorer que celui-ci n’a feint de revenir à la raison que sous la contrainte de la force. Les rodomontades, les menaces, les mensonges et les trémolos des mollahs nous disent assez, dès maintenant, que ceux-ci n’ont pas compris ou pas admis leur défaite et qu’ils auront tôt ou tard besoin d’une nouvelle leçon. On comprend bien que, redoutant l’enlisement, le bourbier, préludes à de nouvelles et honteuses évacuations, Trump ne veuille pas mettre un soldat au sol, mais les avions n’assureront jamais que la maîtrise du ciel.

Déléguer le soin de faire le ménage et de renverser les criminels obscurantistes qui l’oppriment à la population iranienne, tout en laissant au régime la libre disposition de ses armes et de ses milices, est une mauvaise farce et probablement un leurre. Adolf Khamenei, Guide suprême (Führer) de l’Iran, est sorti de son bunker tel qu’il y était entré, résolu à maintenir l’oppression par la terreur. Le dictateur, ses SS, sa Gestapo, ses sbires, ses milices restent en place, et l’Iran sous le joug. À Téhéran comme ailleurs, Trump et la démocratie ont encore de la paix sur la planche.

Picture of Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Pourquoi donc ,Dominique Jamet, Journaliste et écrivain Président de l’UNC, en évoquant un dictateur, ne cite A.H, ses SS, sa Gestapo, et non Joseph Staline, ses sbires, ses milices KGB, et puis Castro, un si doux révolutionnaire, ou encore aujourd’hui, Kim Jong Un, Xi Jiping, qui, pour être plus puissants et modernes que leurs prédécesseurs, ne sont pas inhumains avec leurs contemporains; qu’on cite oui, à bon escient oui, mais en variant les références , qui servent à enrichir les connaissances historiques u lecteur. merci!

  2. Je vois bien le point de vue de Monsieur Jamet dans cet article mais il y a un mais…Quelle qu’ait été la riposte d’Israël face à l’attaque du 7 octobre 2023, tiède, molle ou dure, le problème non seulement n’a pas été réglé mais les tenants du massacre récidiveront tant leur volonté est d’anéantir l’Etat hébreu. Alors ne jamais oublier : si Israël est rayé de la carte du monde, les Occidentaux devront en payer le prix autrement plus cher que celui d’aujourd’hui. On peut stigmatiser Netanyahou tant qu’on voudra mais personne n’a de solution clé. Quand votre voisin veut votre mort, le combat doit se faire coûte que coûte. Israël n’a pas le choix et les Palestiniens le savent très bien. Une chose est sûre, ce terrible duel, éloigne l’idée même de deux Etats qui ne peuvent qu’être face à face à l’heure actuelle. Et cela risque de durer encore longtemps.

  3. Poncifs, lieux communs et fausses évidences émaillent ce médiocre article qui ne veut pas reconnaître la pertinence de l’action engagée par Trump. Il a infligé une sévère raclée aux mollahs iraniens qui ne comprennent que le rapport de force et la soumission (Islam). Mais il leur laisse une porte de sortie sans les humilier. Et c’est le seul qui agit pour que les mollahs n’aient pas la bombe. Après, il s’en remet à la volonté du peuple : on appelle ça un démocrate.

  4. Islam veut dire soumission . Ses adeptes eux mêmes ne se soumettent que devant une force supérieure . Ces deux informations forment une équation sans inconnue facile à comprendre .

  5. Une petite précision : en termes de surfaces, l’Iran c’est 3 fois la France et non 2.

  6. Tous ceux qui, par exemple personnel ou instruits de la véritable Histoire, savent l’inutilité de discuter avec les islamistes engagés, dont les paroles ne coïncident souvent pas avec leurs intentions…Que dire de nos « penseurs » amateurs d’éternelles réunions aux résultats stériles ! Le danger progresse au milieu des bla bla…

    • Discuter avec un islamiste est illusoire , s’il est en position de faiblesse il mentira , signera des documents qui ne l’engageront pas , comme sa religion le lui ordonne . Et s’il est en position de force il vous soumettra dans le meilleurs des cas ou vous tuera.

  7. Excellent. C’est exactement cela. Israël a perdu la guerre des douze jours malgré tous les cris de victoire des médias. Il a expérimenté sur son sol, en miniature, ce qu’il fait subir à Gaza et en Cisjordanie et a dû appeler au secours. Jusqu’à quand les USA soutiendront ?

  8. et en attendant, les iraniens, sans armes, sont en train de se faire exterminer !
    donnez leur au moins des armes pour se défendre et tenter de reprendre le pouvoir

    • Je souhaite de tout cœur que les Iraniens puissent se libérer un jour, mais que peuvent les Occidentaux ? Refaire un Afghanistan ? Refaire une Lybie ? Je ne vois pas de solution.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois