Saint-Gault : l’église reconnue comme appartenant au « patrimoine architectural identitaire »

Dans le combat pour sauver l'église de Quelaines-Saint-Gault (53), Urgences Patrimoine remporte une nouvelle victoire.
© Urgences Patrimoine
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Le 3 février dernier, les cloches de Saint-Gault sonnaient pour la dernière fois, pensait-on. Le maire du village de Quelaines-Saint-Gault (Mayenne) formalisait ainsi les adieux de la commune à un édifice qui allait être détruit en raison, disait-il, de son mauvais état. Mais que les cloches puissent y sonner était la preuve même que le clocher n’est pas en si mauvais état que ça. D’où le combat acharné d’Urgences Patrimoine pour que Saint-Gault soit sauvée. Le tribunal administratif de Nantes, ce 16 mars, lui donne raison : la démolition est suspendue. Et reconnaît, au passage, la légitimité d’Urgences Patrimoine dans ce genre de combat.

Une église est « identitaire »

Saint-Gault, c’est une église millénaire menacée par le projet absurde d’un square-parking où auraient été préservés un bout de mur du bâtiment et deux vitraux. À en gagner le concours Lépine de l'invention de mauvais goût. Le jugement du tribunal administratif, que BV a pu consulter, ne rentre pas dans des considérations esthétiques. Il estime douteuse la validité de la destruction, car elle va à l’encontre du plan local d’urbanisme de la commune. En particulier, de la section « Préserver et mettre en valeur le patrimoine architectural identitaire », puisque — ce sont les mots du tribunal — elle « a pour objectif central la préservation du patrimoine architectural identitaire de la commune que la démolition de cette église contrarie à l’évidence ». Les mots ont un sens : oui, une église est « identitaire ». Elle est constitutive de l'identité.

« La France est un maillage de petits villages, rebondit Alexandra Sobczak-Romanski, présidente d’Urgences Patrimoine, jointe par BV. Dans chacun, une église. La destruction de ces églises est inacceptable, même aux yeux de gens athées ou appartenant à une autre religion. » Du côté du maire, l’arrêt est un « non-événement ». Ce n’est que le référé d’urgence : on verra bien ce que dira le recours au fond. Une façon comme une autre de gérer la déconvenue. Laurent Lefèvre se targue d’ailleurs de sa réélection, ce dimanche. Seul à se présenter et avec une abstention de plus de 46 %, il ne peut prétendre avoir tout le village derrière lui. Et quand bien même... « L’église Saint-Gault appartient à la commune de Quelaines-Saint-Gault, mais, au delà de ça, elle appartient au patrimoine français, rétorque Alexandra Sobczak-Romanski. Ça n’est pas acceptable qu’un maire puisse en décréter la destruction. »

Le ministère de la Culture se fait désirer

D’autant qu’il y a deux repreneurs potentiels : Reynald Sécher et un groupe d’entrepreneurs locaux. « Des gens sérieux, qui sont dans l’univers du patrimoine. » En attendant le recours au fond, Urgences Patrimoine espère une réponse du ministère de la Culture, auprès duquel l’association a déposé une « mise en instance de classement d’urgence ». Le 11 décembre 2025… « Qu’est-ce que le ministère de la Culture ne comprend pas, dans l’expression "mise en instance de classement d’urgence" ? », s’interroge la présidente de l’association.

Certes, l’église n’a rien de remarquable. Elle n’est pas l’équivalent d’une cathédrale ou d’une abbatiale. « Une église médiévale au cœur d’une région rurale est, par définition, un édifice modeste, rappelle Alexandra Sobczak-Romanski. Mérite-t-elle d’être sacrifiée ? La valeur historique et symbolique doit être prise en compte. » Alexandra Sobczak-Romanski milite pour un troisième degré de classement. Un degré non contraignant, sauf sur un point essentiel : l’interdiction de démolir. Sinon - et la comparaison est parlante -, « l’église médiévale est un bâtiment communal au même titre que le local technique où on range la tondeuse à gazon ».

Deux mille modestes églises médiévales

En 2016, le député Yves Jégo (Union des démocrates et indépendants) avait déposé une proposition de loi « relative à une meilleure protection des églises ». Une proposition restée lettre morte. Lors des Journées du patrimoine 2023, à Semur-en-Auxois, Emmanuel Macron avait lancé une grande campagne de sauvegarde du patrimoine religieux des petites villes et de la ruralité. Lettre morte aussi, la grande campagne. L’église de Saint-Gault pourrait être l’occasion de la relancer, de la concrétiser. « C’est un bâtiment des XI-XIIe siècles. On en a moins de deux mille, en France, de cette période », nous dit Alexandra Sobczak-Romanski. Elle se refuse à les voir détruire une à une. Vous aussi ? Si ce n'est déjà fait, signez la pétition d'Urgences Patrimoine!

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Samuel Martin
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