Robert Redford ou l’Amérique rêvée

Donald Trump a ainsi salué la disparition de l'acteur : « Il y eut des années où il n’y avait personne de meilleur. »
Photo by FADEL SENNA / AFP
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Dans le sublime Nixon (1995), d’Oliver Stone, le président déchu, contemplant dans un musée le portrait de son prédécesseur, John Fitzgerald Kennedy, a ces mots : « Les Américains l’aimaient parce qu’ils le voyaient tel qu’ils auraient voulu être. Moi, ils me détestent parce qu’ils me voient tels qu’ils sont vraiment. » La sentence vaut pour le défunt Robert Redford, beau comme JFK et auquel tant de mâles américains auraient voulu ressembler. Cerise sur le pancake, sa vie privée était autrement moins turbulente que celle de l’époux de Jacqueline Bouvier et de ses frères aux mœurs fantasques. L’acteur, quasi gendre idéal, n’aura divorcé qu’une fois, dans sa vie ; ce qui confine à l’exploit, dans le milieu hollywoodien.

Charlotte Rampling accepte de tourner avec lui rien que pour l’embrasser sur la bouche

Mieux : la profession lui reconnaît un vernis de culture européenne. Fruit d’origines à la fois anglaises, écossaises et irlandaises, il ne fait pas mystère de ses lointains ancêtres français, puisque descendant d’un certain Philippe de Lannoy, habitant de Tourcoing, à l’époque où la région était sous domination des Pays-Bas espagnols. Bref, de quoi faire frétiller ses admiratrices. Lesquelles vont par troupeaux entiers voir ses films, mais pas toujours pour la qualité de leurs scénarios. Souvent, les actrices n’échappent pas à la règle, telle la belle Charlotte Rampling qui oublie tout de sa traditionnelle retenue anglaise pour avouer, tel que révélé par Le Parisien du 17 septembre : « On m’avait proposé de jouer une espionne [Spy Game (2001), de Tony Scott, NDLR]. C’était un tout petit rôle, juste une apparition. On m’a dit : "Est-ce que vous accepteriez de venir et d’embrasser Robert Redford sur la bouche ?" C’était un film avec Robert Redford et Brad Pitt, quand même ! Le jour du tournage, on était dans une grande et très belle maison, en Angleterre. Quand j’ai vu Redford, je lui ai dit que j’avais accepté ce film uniquement pour pouvoir l’embrasser. Ça nous a beaucoup fait rire. C’était un gentleman. »

Certes, mieux vaut être beau et bien portant que le contraire, mais Robert Redford fut malgré tout victime, sa carrière durant, de son physique d’Adonis. Avec quelques hiatus scénaristiques, parfois, tel qu’en témoigne Proposition indécente (1993), d’Adrian Lyne, film dans lequel il incarne un milliardaire offrant un million de dollars à Demi Moore pour une nuit d’amour. Voilà qui fit beaucoup rire, à l’époque, tant des divisions entières de donzelles, célèbres comme anonymes, assurèrent alors qu’elles auraient accompli tout cela gratuitement et de bon cœur, certaines allant jusqu’à affirmer qu’elles auraient même pu mettre la main à la poche pour accéder à ce petit moment de nirvana. La vie étant par nature injuste, ce n’est pas à Sim ou Michel Galabru que cela aurait pu arriver.

Une filmographie de haute tenue

Voilà peut-être pourquoi Robert Redford ne fut jamais tout à fait pris au sérieux en tant qu’acteur, contrairement à des Robert De Niro, des Al Pacino, des Dustin Hoffman ou des Marlon Brando. Bien sûr, sa filmographie cèle quelques pépites et sa carrière n’a jamais rien eu de déshonorant. Jeremiah Johnson (1972), de Sydney Pollack, sur un scénario du très réactionnaire John Milius, est un hymne à la nature sauvage, qui fait alors grincer des dents chez les écologistes militants. Et puis, bien sûr, Butch Cassidy et le Kid (1969), et L’Arnaque (1973), tous deux filmés de main de maître par le vétéran George Roy Hill et dans lesquels il partage l’affiche avec Paul Newman.

Le premier donnerait aujourd’hui de l’urticaire aux féministes façon #MeToo, nos deux gaillards formant une sorte de « trouple » avec la jolie Katharine Ross, qu’ils baffent régulièrement sans que cela ne paraisse l’émouvoir plus que ça. Mais encore faut-il remettre les choses « dans leur contexte d’époque », comme disait Daniel Cohn-Bendit à propos de son livre Le Grand Bazar

Mais la chanson Raindrops Keep Fallin' on My Head, de Burt Bacharach, emporte tout sur son passage.

Le second demeure un sommet d’élégance et un récit de filouterie jusqu’à ce jour inégalé. On saluera, au passage, les merveilles de Marvin Hamlisch, qui redonna vie au ragtime de Scott Joplin, redonnant ainsi vie à l’œuvre de ce compositeur alors tombé dans l’oubli.

Bien sûr, il y a aussi Out of Africa (1985), de Sydney Pollack et adapté d’un roman de Karen Blixen, bluette mélodramatique lui permettant de donner la réplique à Meryl Streep. Généralement, les filles adorent, les garçons un peu moins, se contentant souvent d’apprécier la sublime musique de John Barry.

Même Donald Trump y va de son hommage

De façon plus sérieuse, Robert Redford restera principalement dans les mémoires pour Les Hommes du président (1976), d’Alan J. Pakula. Soit l’histoire des deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein (ici interprété par Dustin Hoffman), qui révélèrent l’affaire du Watergate, provoquant ainsi la chute du président Richard Nixon. C’est peut-être le Robert Redford que célèbrent aujourd’hui les médias : l’homme intègre, le justicier désintéressé. De gauche juste ce qu’il faut mais pas trop. Bref, l’Américain tel qu’ils le rêvent, auquel ils souhaiteraient tant ressembler.

Même Donald Trump ne s’y est pas trompé, saluant le disparu en ces termes : « Il y eut des années où il n’y avait personne de meilleur. » Mais comme Donald ne peut s’empêcher de faire son Trump, il conclut aussitôt : « Durant une période, il était le plus sexy. » Beau gosse un jour, beau gosse toujours. Même à 89 ans.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Acteur incomparable, réalisateur de génie, révélateur de talents via le Festival de Sundance, Robert Redford était aussi une très belle personne.
    Grand humaniste, écologiste avant l’heure, proche des minorités et investi dans la cause animale, c’était un démocrate convaincu.
    Tout l’opposé du néfaste Donald Trump.
    On imagine que les derniers mois de sa vie ont dû être difficiles lorsqu’il voyait la politique de purge menée par Trump, notamment dans le domaine de la Culture
    Paix à son âme.

    • Parce que la gauche rimerait avec culture ? Première nouvelle !
      Trump est une belle personne pas de ces gauchistes qui s’enrichissent avec la politique . Lui n’a pas besoin de cela , mais il aime son pays, lui .C’est un patriote pas un type hors sol.
      Et Robert Redford n’était pas tant gauchiste que cela .
      Les humaniste de gauche comme Staline , pol pot et autres Chavez ,on s’en passerait
      Pour l’instant combien de guerres pour les démocrates et combien pour Trump qui essaie désespérément d’arrêter le massacre provoqué par les Russes mais entretenu par Biden .

  2. « Des années où il n’y avait personne de meilleur » dit Trump et il aurait dû rajouter « Mais maintenant, il y a MOI!…

    • Je pense que Trump fait allusion à Gatsby le magnifique .
      J’ai revu un de ses films « Spy game » . Heureusement qu’ils sont là, surtout lui , et un peu Brad Pitt .
      Nicolas , parle de la musique de Burt Bacharach , du film Butch Cassidy et Billy the Kid . Reprise par notre crooner national : Sacha Distel dans » toute la pluie tombe sur moi « . Oui d’accord il y avait Jean Sablon avant !.

  3. Un bon acteur et une bonne filmographie mais plus que tout une personne qui a fait fantasmer des millions de dames…

    • Exact!! les deux acteurs et l’actrice les seuls valables aux Etats Unis, Clint Easwood et Robert Redford , sans oublier l’actrice Julia Roberts !! et en France c’est qui de valable et pas palestino-gauchiste ou woke!!

      • Eastwood est bien plus que Redford – dont je ne mets pas le mérite en cause. Avec ses 20 films ou plus, il est le meilleur sociologue des USA tels qu’ils sont, hors New York et San Francisco. Par ailleurs certains sont de pures merveilles comme Minuit dans le jardin du bien et du mal ou Space cow-boys…

  4. L’image que je retiendrai de Redford (aujourd’hui hélas fort raide) est son arrivée au boulot en solex dans « les trois jours du condor »

  5. J’ai vu « The Sting » à Londres. La fin du film a été saluée par un tonnerre d’applaudissements. Ce n’est pas commun au cinéma.
    Il y a aussi eu « The Way We Were » avec Barbra Streisand. Très émouvant.
    Il s’est dit que Mia Farrow a tenté de faire craquer le beau Robert, en vain.

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