Rejet d’un amendement réduisant l’aide au développement : LR se fracture au Sénat

Déroute républicaine, au Sénat : y a-t-il encore un pilote dans l’avion LR, et quel est son plan de vol ?
Capture écran senat.fr
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Le Sénat a rejeté, mardi 9 décembre, un amendement proposé par Jean-François Husson (LR), lors de l’examen du budget 2026 de l’aide publique au développement. Cette proposition du sénateur de Meurthe-et-Moselle, qui n’a pas répondu aux sollicitations de BV, consistait à proposer 200 millions d’euros de coupes dans un budget réduit de 700 millions d’euros par rapport à l’année précédente. En 2024, les coupes budgétaires avaient été bien plus franches, s’élevant à deux milliards d’euros. « On a le choix, aujourd’hui, entre laisser, par la dégradation des comptes dramatique de notre pays, la position de la France s’affaiblir et ne plus être mesure, demain ou après-demain, de financer ou bien de faire un choix qui implique de cibler », avait-il argumenté afin d’inciter ses collègues à le suivre dans ce coup de rabot supplémentaire - en vain.

Douze sénateurs LR ont fait défaut

L’amendement a été repoussé par 270 voix contre seulement 123. Si le « non » massif des groupes de gauche était attendu, la surprise est venue du centre et surtout de la droite de l’Hémicycle, qui a largement fait défaut. L’amendement Husson a été soutenu par trois sénateurs centristes et les trois sénateurs RN (Christopher Szczurek, Joshua Hochart et Aymeric Durox), mais au sein du groupe LR, cinq sénateurs se sont abstenus, dont Sophie Primas, ancienne porte-parole du gouvernement Bayrou, et sept autres ont même voté contre, dont Christian Cambon, ancien président de la commission des affaires étrangères, et Alain Joyandet, qui avait été secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie sous la présidence de Nicolas Sarkozy. D’un côté, une partie du centre et de la droite sénatoriale a voulu, par son vote en faveur de l’amendement, exprimer son soutien à une priorisation des économies budgétaires dès lors que les postes de dépenses ne s’avèrent pas prioritaires, ce que résume Michel Canevet (Union centriste), pour qui « dans un contexte budgétaire dégradé, il n’est pas illégitime de s’interroger sur le volume et la qualité de nos dépenses ». Mais une partie non négligeable des sénateurs républicains a justifié un choix contraire en se ralliant à la gauche dans sa volonté de préserver le principe d’une aide au développement. Alain Joyandet a ainsi déclaré ne pas pouvoir « continuer à ronger comme ça les crédits. Le gaulliste que je suis ne peut pas accepter cela », sans préciser pour autant le rapport entre le gaullisme et la politique menée dans le cadre de l’aide publique au développement.

Une aide ou une gabegie à des fins idéologiques ?

Les défenseurs, à droite, de la politique d’aide publique au développement se sont gardés d’entrer dans le détail concret de projets coûteux, alors que souvent inutiles ou fantaisistes. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été alertés à plusieurs reprises par une campagne de sensibilisation menée par l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo, mais surtout par le rapport d’enquête remis en octobre 2024 par le député RN Guillaume Bigot à la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Parmi les très nombreux projets justifiant, à l’époque, une enveloppe totale de 15 milliards d’euros (amputée d’un tiers, depuis), on trouvait en effet des exemples que l’on pourrait qualifier de comiques en d’autres circonstances, comme ces 10 millions d’euros pour combattre les inégalités de genre en Éthiopie, 25 millions d’euros d’aide aux quartiers défavorisés en Algérie ou encore 100 millions d’euros d’aide aux populations seniors en Chine.

 

Interrogé par BV à la suite du rejet de l’amendement Husson par le Sénat, Guillaume Bigot estime qu’après « le vote ou l’abstention sur le budget de la Sécu, rien ne pourra plus nous décevoir ni nous surprendre, venant des LR ». Il pointe non seulement la fracture constatée lors de ce vote au sein du groupe LR, mais aussi les justifications apportées notamment par Alain Joyandet et Sophie Primas. Il relève aussi que « le président de la commission de la défense, Cédric Perrin (LR), a voté pour, mais en avouant son "malaise" face aux coupes risquant d'affaiblir "notre influence dans le monde" ». Or, rappelle-t-il, les sénateurs républicains « s’inquiètent pour l’influence de la France, mais notre influence n’a rien à voir avec le fait d’emprunter de l’argent que nous n’avons plus pour saupoudrer des milliards dans de grands fonds multilatéraux de dames patronnesses mondialistes ».

La boussole LR a-t-elle perdu le nord ?

Les sénateurs ont-ils seulement regardé le détail des projets actuels dans le cadre de l’aide publique au développement ? Guillaume Bigot cite, en exemple, le financement, « à hauteur de 827 millions d'euros, de la venue d’étudiants étrangers, soit près d'un quart de la mission APD » qui est en réalité « une dépense sociale nationale recyclée en "aide au développement", alors que les étudiants français, de toutes origines, vivent dans des conditions précaires ». Dans un autre registre, le député du Territoire de Belfort s’interroge sur les « 195 millions d'euros » attribués, dans le cadre d’appels d'offres, à des entreprises chinoises. « L'aide française au développement finance donc directement nos concurrents économiques. Quel rapport avec l’influence de la France ? » Guillaume Bigot rappelle, enfin, que si l’amendement Husson « proposait 200 millions d’euros de baisse supplémentaire, en plus des 700 millions déjà prévus par le gouvernement », le contre-budget RN proposait, quant à lui, « 2,3 milliards d'euros d'économies » sur le budget total de l’Agence pour le développement.

Au-delà des choix idéologiques et budgétaires, cet épisode sénatorial pousse tout de même à s’interroger : y a-t-il encore un pilote dans l’avion LR ? Et si oui, lequel et quel est son plan de vol ?

Vos commentaires

59 commentaires

  1. ils veulent sauver leurs postes et sont pêts à toutes les compromissions, le tandem retailleau-Wauquiez vient d’exploser en vol et derrière Lisnard récolte, malgré de beaux discours les LR nous offrent un triste spectacle, je plains les adhérents qui avaient pris une carte en croyant au système retailleau.

  2. LR, toujours et encore LR. Ils sont inconscients, et c’est tant mieux, ils vont finir par disparaître à force de décevoir leurs électeurs.

  3. Retailleau n’est il pas au Sénat et n’est il pas le patron des LR ? A l’assemblée, l’on sait que Wauquiez est le dynamiteur en chef, et qu’il réussit fort bien à faire parler la poudre, mais qu’attend donc Retailleau pour s’imposer ? A se demander s’il en est capable, ce qui augure mal d’un destin national ! Il est un principe cardinal qui vaut en tous lieux, la responsabilité ne se partage pas ! Alors, à la manoeuvre, avant qu’il ne soit trop tard, s’il ne l’est pas déjà !

  4. Ces sénateurs qui continuent de dépenser l’argent que l’on n’a pas pour endetter encore plus les français me donnent la nausée..A FUERA

  5. Si LR disparait, ce ne sera pas une grande perte pour notre démocratie. Alors que nous attendons de vraies propositions alternatives à l’écolo socialisme de nos dirigeants, les responsables LR sont incapables de défendre des positions fortes et courageuses, comme l’arrêt des subventions pour les énergies intermittentes et les véhicules électriques, et se vautrent dans la compromission avec la Macronie finissante. Cette attitude n’a rien à voir avec de la responsabilité mais plutôt avec la trouille de perdre son siège.

  6. Qu’attendre des LR ? ils copulent depuis la mise en route de ce » parti » avec les socialos and Co. Ils sont responsables de ce qu’est devenue la France. Et dire que les manoeuvres commencent pour essayer de remettre en selle leur voyou préféré…

  7. LR c’est fini ça va se diluer dans d’autres partis, c’est assez normal quand il n’y a pas de capitaine et un cap à suivre, on finit par sombrer. Ce n’est pas d’aujourd’hui LR ne savait pas qu’on mange avec sa main droite donc il avait du mal à reconnaitre sa droite de sa gauche. Tant que la politique sera un moyen de faire carrière ce sera comme ça dans tous les partis, ce qui compte c’est d’aller à la soupe, ni la France, ni les Français.

  8. Il y a des matins où je ne devrais pas lire BV . Dans la folie financière dans laquelle nous sommes , lire un article ou nous est expliqué comment est dilapidé un argent que nous devons emprunter parce que nous ne l’avons pas ….j’ai envie de faire comme les LR , me mettre la tête dans le sable . A moins que je ne fasse comme les socialistes, et macronistes réunis, foncer dans le mur en klaxonnant. A moins que je ne fasse comme les islamo gauchistes , sortir mon tapis de prière et chercher la bonne direction pour solliciter Allah ….
    . Bon, je vais retourner me coucher avec la couverture sur ma tête . Je ne veux plus rien voir ni rien entendre de plus pour aujourd’hui .

  9. Quand on vous disait qu’on la droite la plus c.. du monde ! De la part de la gauche taxer ou emprunter pour donner 9 milliards à l’étranger c’est normal. Peu importe si l’école et l’hopital sombrent, on donne aux autres. Mais la droite ? Complètement lobotomisée par la gauche.

  10. Oui, la boussole LR est totalement affolée. Au point de se demander quelle serait leur efficacité s’ils parvenaient au pouvoir, quelle serait leur capacité de résistance face aux oppositions.. Sans unité, sans avis partagés, sans ferme volonté d’union, LR restent une chiffe molle, un bateau ivre sans gouvernail.

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