Policier du Bataclan : « Nous n’avons pas eu la reconnaissance de la nation »
« Je vais m’en occuper. Je reviens vers vous dès que possible. » Depuis près de quatre ans, Alain Giraud, brigadier-chef de la police aujourd’hui à la retraite, essuie toujours les mêmes réponses, sans que rien ne change. En 2021, cet ancien policier de la brigade anti-criminalité de Paris (BAC75N) et l’un de ses collègues décident ensemble de « remuer ciel et terre » afin d’obtenir la reconnaissance qu’ils n’ont jamais eue. Après avoir vu leur intervention au Bataclan passée sous silence par les autorités dans le récit officiel des attentats du 13 novembre, ces deux « baqueux » espèrent aujourd’hui obtenir la reconnaissance de la nation pour leur courage et leur professionnalisme. « Je ne me considère pas comme un héros, ni comme une victime, mais comme un acteur du 13 novembre. On y est allés, mal équipés, au risque de notre vie », résume le policier retraité.
« Une odeur de sueur, de sang et de poudre »
Ce soir du 13 novembre 2015, Alain Giraud ne l’oubliera sans doute jamais. « On part comme tous les soirs. Rapidement, il y a des alertes. On intervient au niveau des bars, d’abord. Puis on est appelé au Bataclan. Je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait là-bas… », raconte le policier, plutôt habitué aux courses-poursuites avec des dealers et aux règlements de comptes. Arrivé sur place, il commence alors à évacuer des blessés légers et quelques valides qui avaient réussi à sortir de la salle. « Après ce premier flux, on a commencé à évacuer des blessés un peu plus lourds, certains rampaient… », se souvient le policier, qui ne se doute toujours pas de ce qui se déroule à l’intérieur de la salle de concert. Il voit alors revenir vers lui son commissaire. « Il nous dit que de l’autre côté, c’est un carnage. Il demande des volontaires pour y retourner. Il était conscient qu’il nous envoyait à la mort… » Alain décide d’entrer dans le Bataclan. Il fait partie des premiers hommes à être intervenus dans la salle.
« Je voyais à travers les hublots de la porte le halo de lumière sur la scène. […] Je me souviendrai toujours de l’odeur si particulière qui m’a assailli : un mélange de sang, de sueur et de poudre », narre l’homme, qui se souvient encore du moindre détail. À ses pieds, des dizaines de cartouches et du sang. Devant lui, des « tas de corps », certains « sans vie », d’autres « mutilés » par les balles. « Il y en avait qui appelaient au secours, mais on ne pouvait pas y aller. On devait d’abord sécuriser les lieux », explique le brigadier-chef, affecté près du bar. Finalement, l’ordre est donné d’évacuer certains blessés dans la fosse. Alain s’y emploie avec ses collègues et les moyens du bord - des barrières Vauban et une porte dégondée - jusqu’à ce que les hommes de la BRI prennent le relais. Dans la rue, le brigadier-chef entend deux explosions. Il comprend très vite que « c’est fini ». « On retourne à la base et on essaie de reprendre le boulot comme si rien ne s’était passé. » Pour Alain, aucun doute, ce soir-là, la BAC a eu « un rôle déterminant, quoique très souvent oublié par les autorités. Je pense que notre action a permis de sauver des vies. »
Une Légion d’honneur dix ans après ?
Pourtant, les semaines passent et la reconnaissance tarde à arriver. En 2016, Alain et ses collègues se voient décorés de la médaille de la sécurité intérieure, niveau argent, et récompensés d’un échelon et d’une prime exceptionnelle de 500 euros. « Ce n’est pas très gratifiant, se désole alors le brigadier. Ce n’est pas une reconnaissance de nos actes le soir du 13 novembre. Tout le monde a eu cette médaille, même ceux qui sont intervenus de très loin ou après les faits. » Un commissaire de la BAC, quant à lui, sera décoré de la Légion d’honneur après avoir abattu l’un des terroristes. « Il le mérite, mais pour nous, les "petites gens", rien », soupire le brigadier.
En 2021, Alain et plusieurs de ses collègues décident alors de se constituer partie civile lors du procès des attentats du 13 novembre 2015. L’occasion, pour lui, de raconter à la barre son intervention, un récit longtemps resté dans l’ombre de celui des hommes de la BRI. Mais le statut de victime du terrorisme ne lui convient pas. Ce qui l’attend, c’est seulement un signe de reconnaissance de la nation pour son action. « Quand je vois qu’on donne la Légion d’honneur à des sportifs ou à des personnalités du spectacle, et qu’à nous, on ne donne rien, ça m’énerve. » Le policier décide alors de consacrer une partie de sa retraite à solliciter des entretiens et des rendez-vous pour tenter de se faire entendre. Matthieu Valet, député RN au Parlement européen, reprend le dossier et alerte à son tour le président de la République et le ministère de l’Intérieur. Le 1er avril, Bruno Retailleau, dans un courrier adressé au député, salue « le caractère héroïque de l’action des policiers » et assure avoir « chargé les services compétents d’examiner ce dossier ». Recontacté par nos soins ce 25 juin, les services du ministère de l’Intérieur n’ont pas encore donné suite à nos sollicitations. L’Élysée, de son côté, « a bien pris connaissance » de la suggestion de décerner une distinction honorifiques aux policiers du 13 novembre.
La promotion du 14 juillet ? Alain Giraud n’y croit pas. « Peut-être vont-ils attendre les dix ans du Bataclan, au mois de novembre, pour nous décorer. Ça sera sans doute plus marquant… J’espère, surtout, qu’ils ne feront pas de distinction entre les hommes de la BRI, du RAID ou de la BAC », explique cet homme, qui vit depuis près de dix ans en état d’hypervigilance constante. « Je suis pourtant installé dans un coin tranquille, mais dès que je vais dans un magasin, je scanne tous les rayons. Je ne tourne jamais le dos à la porte dans un restaurant. Je scrute la foule », énumère cet homme, marqué à vie par son intervention du 13 novembre.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts




































80 commentaires
Suite de Boxer, et je n’ai jamais été décoré ni n’ai jamais rien demandé, et je n’ai jamais été blessé lors de ces interventions par contre,la médaille de la sécurité intérieure a été donnée à un de mes collègues qui en a fait beaucoup moins mais qui a été victime de coup.Comme quoi je comprends ce policier qui refuse sin statut de victime pour y avoir droit. Cependant,la banalisation de cette décoration qu’est la légion d’honneur fait que ceux qui la mériteraient et ne l’ont pas les distinguent de ceux qui l’ont obtenue car il semble que ce soit devenu une médaille en chocolat.
Au cours de la carrière dans la Police municipale, et faisant les 3 huits j’ai effectué nombre de missions insignifiantes et routinières sans grande valeur, cependant, j’en ai effectué d’autres,certes moins nombreuses, mais des interventions ayant permis des interpellations dans des violences urbaines, pour des stupéfiants,des refus d’obtempérer,des rixes, d’autres plus musclées au sens propre du terme lors de 4 fêtes de la musique successives, des accrochages plutôt violents avec des gens du voyage, d’autres aussi rudes pour des personnes récalcitrantres pour des motifs multiples
Maintenant c’est la pleurniche des policiers…On est bien en France, il n’y a pas de doute. Je n’oublie pas que la police a obéi sans état d’âme au régime quand il a fallu amender les promeneurs au temps du covid, éborgner les gilets jaunes ou molester les marcheurs de la manif pour tous. Demain, si je dérange dans le régime autoritaire de l’UE je sais qu’ils viendront me chercher à 6h du matin. De toute façon c’est être sali que d’avoir la légion d’honneur à notre époque.
Cyrano 24, je suis donc ancien policier depuis peu, mais je partage votre avis sur ce que vous venez de commenter. Bien que je n’ai amendé personne pendant le confinement mais d’autres l’ont fait.
Je comprend bien mais en l’occurrence , les policiers ont fait quelque chose d’exceptionnel qui dépasse leur attributions.
Ils en parlent aujourd’hui , c’est à dire presque dix ans après les faits .
Il ne s’agit pas de la hiérarchie mais du policier de base,
qu’il soit affecté à la bac ou ailleurs .
C’est vrai qu’il y a aussi des policiers ou gendarmes qui font du zèle dans l’autre sens , mais je regrette que LFI ait réussi à force de propagande mensongère d’éloigner les policiers de leur population nous en auros encore besoin car ils sont les derniers remparts avant la sauvagerie . Je fais plus confiance au flic de terrain qu’à celui de la hiérarchie parce que celui là aussi n’obtient pas nécessairement ses galons en faisant des preuve de beaucoup de courage .
Quant aux gilet jaunes qui ont été touchés par les LBD , ils peuvent tout aussi bien s’en prendre aux black blocs et leurs copains gauchistes qu’aux policiers du préfet Lallemand .
à force d’être décernée à n’importe qui cette médaille est devenue comme une médaille en chocolat sans valeur alors qu’elle devrait être décernée que pour des faits exceptionnels !
Tout les jours les hommes des BAC risque leur vie a poursuivre, arrêté des délinquants ; ils ont risqué leur vie au moment du Bataclan ; les politiques toutes opinions confondu leur crachent aux visages en permanence, ne parlons pas du policier de base qui travaille dans de très mauvaise conditions, commissariat insalubre, peux de matériel, pas d’effectif, des salaires a la ramasse, une hiérarchie de haut fonctionnaire plus occupé a minoré les chiffres de la délinquance et promouvoir leur avancement pour une retraite confortable que d’être sur le terrain et ce battre avec les ministères pour avoir de quoi permettre a la population d’être en sécurité.
OH ! Que la liste est longue !
« Quand je vois qu’on donne la Légion d’honneur à des sportifs ou à des personnalités du spectacle »
et même à des politiques, c’est dire le degré de déchéance de cette décoration.
Ces hommes valeureux ont un défaut, ils ont du intervenir face à la pire expression de la diversité. Les progressistes maastrichiens voient d’un mauvais œil leur décoration qui obligeraient à remettre ces terribles faits en lumière.
N’oublions pas que pour ces « bien-pensants », nous sommes des gens de peu donc aucun intérêt
Certes, vous la méritez mais que sont devenues les valeurs de cette médaille de la Légion d’Honneur si elle est donnée à n’importe qui ?
Je pense à ces écrivains qui n’ont jamais reconnus à l’académie française tels que Zola, Bazin, Camus etc.. et pourtant des écrivains de talent
Les vrais héros sont une armée des ombres. Les belles médailles reviennent aux chefs, aux notables, aux politiques. Ce sont de véritables héros intervenant les premiers qui peuvent en dire long et que l’on cache. Cette distribution de légion d’honneur depuis des décennies à pris un tournant hypocrite.
Nous sommes désolés d’avoir ces politiciens là, pour l’instant.
Mais vous avez la décoration de la sollicitude des vrais Français qui désespèrent dans leur pays aux mains de renégats .Radio en temps militaire,notre devise était « J’y arriverai ». Pour moi,elle est toujours présente
Les policiers qui sont intervenus au bataclan tout comme ceux de la bac 93 qui sont intervenus au stade de France sont des gens de rien pour le gouvernement. La légion d’honneur ne récompense plus les méritants, mais les copains. Qu’à fait d’extraordinaire schiappa à part écrire un livre mi porno pour être épinglée. Les policiers devraient laisser courir, dés l’instant où cette médaille, devenue breloque depuis qu’on la remet à n’importe, ne représente plus rien, n’a plus aucune valeur de mérite
« Nous n’avons pas eu la reconnaissance de la nation ». Si. La nation est reconnaissante. C’est cette classe politique inepte et nulle qui n’est pas reconnaissante.
Désolé pour eux. Mais pour Macron, Schiappa + tout les autres sbires c’est plus important. Que Beltram et autres..