[POINT DE VUE] Panthéonisation de Robert Badinter : pendant les travaux, la vente continue !

En juin prochain, on fera entrer au Panthéon une figure bien plus intéressante, celle de l'historien Marc Bloch.
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La Ve République n’a jamais été aussi fragile. La France n’a pas de gouvernement, l’Assemblée nationale n’a pas de majorité absolue, Emmanuel Macron n’a plus de porte de sortie et la France plus beaucoup d’espoir. Mais, mais, mais… il reste à l’exécutif, pour poursuivre le simulacre, une arme très macronienne, quoique résolument sous-préfectorale : les cérémonies. Ainsi le 9 octobre verra-t-il, cette semaine, l’entrée de Robert Badinter au Panthéon. Cet événement, prévu depuis le décès de l’ancien président du Conseil constitutionnel, il y a près de vingt mois, sera une nouvelle occasion de mascarade républicaine. Mais cela suffira-t-il à donner au régime républicain un peu de lustre ?

Un moment ironiquement symbolique

Dès ce mercredi soir, l’hommage au garde des Sceaux de François Mitterrand commencera par une veillée funèbre au Conseil constitutionnel. Un moment ironiquement symbolique, puisque les « sages » ont eux-mêmes enterré tout ce qu’il pouvait y avoir de républicain dans les textes qui leur ont été soumis. En 1995, Roland Dumas y a fait valider les comptes de campagne (frauduleux) de Jacques Chirac et Édouard Balladur. Et puis, tout récemment, les fameux « sages » si mal nommés ont rejeté le projet d’allongement de la durée de rétention des étrangers dangereux. Pourtant, ce projet faisait suite au viol et au meurtre sauvage de Philippine, cette jeune fille qui avait pour seul tort d’avoir traversé le bois de Boulogne pour rentrer chez elle en sortant de fac. Tout un symbole, cette veillée funèbre, dont on ne sait pas si elle s’adresse à Badinter ou à la Justice française dont il fut ministre.

Le 9 octobre, dès 18h30, la cérémonie volontairement simple (« la simplicité peut être grandiose », dit à ce sujet le « conseiller mémoire » de Macron) sera retransmise en direct à la télévision. Les acteurs Guillaume Gallienne et Marina Hands se relaieront pour lire des extraits de pièces littéraires ou de plaidoiries du cher grand homme. Sa veuve Élisabeth, égérie en son temps de la cause féministe, et désormais bien consciente de la porte vertigineuse qu’elle a ouverte, dit avoir glissé dans son cercueil trois livres, dont la biographie de Condorcet qu’ils avaient écrite ensemble - Condorcet près de qui il sera enterré, dans l'aile des révolutionnaires de 1789. Et puis, Julien Clerc chantera L’Assassin assassiné, une chanson de 1980 contre la peine de mort. Tout ça n’est guère d’une « grandiose simplicité ». On y retrouve plutôt cette habitude, chez les boomers de gauche (car tous les boomers ne sont pas mauvais !) de subvertir le déroulement traditionnel des obsèques pour en faire un exercice d’émotion narcissique. La panthéonisation s’y prête.

L'étrange défaite

Alors, voilà, il en est de la République comme de certains magasins de la grande distribution : pendant les travaux, la vente continue ! On continue à montrer au public de prétendues icônes progressistes, à vendre à l’opinion la supériorité morale de l’abolition de la peine capitale, tandis que la Macronie en travaux, aidée en cela par une classe politique totalement indigne, n’est même pas fichue de sortir de son chapeau troué un gouvernement digne de ce nom.

En juin prochain, on fera entrer au Panthéon une figure bien plus intéressante (et symbolique) que celle de Badinter : Marc Bloch. Normalien, agrégé, médiéviste de génie, il est mobilisé comme sergent en 14 et termine capitaine au feu, chevalier de la Légion d’honneur pour faits de guerre, cité quatre fois. Volontaire, en 40, malgré son âge et ses six enfants, il assiste en direct à la débandade des élites, sidérées et incapables. Traqué par les Allemands parce que juif et résistant, il est finalement arrêté puis fusillé. Il laisse au monde un ouvrage posthume, bref et remarquable, qui autopsie la République de son temps, pleine de combinards sans tripes, et l’armée de son temps, avec ses chefs scolaires et ses états-majors dysfonctionnels, inaptes à faire la guerre. Le nom de ce livre ? L’Étrange défaite.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

142 commentaires

  1. Les socialistes s’honorent entre eux, ils font entrer leur avocat fétiche dans le temple de la gloire Française, Jean Moulin symbole prestigieux de la résistance Française contre la barbarie nazie, est de fait relégué au rang de simple militant d’un parti politique. En ce jour de grande tristesse, je me recueille à la mémoire des innombrables victimes dont les bourreaux sont aujourd’hui allégoriquement absous. Personne ne peut imaginer l’intensité de l’émotion rageuse qui m’envahit ce matin.

  2. La Panthéonisation devrait être réservée aux « grands hommes ». Pas à ceux « issus de l’idéologie » !

  3. Il est temps de supprimer le Panthéon. N’importe qui y a maintenant accès. Après Baker, Badinter. Quand on sait que même DeGaulle n’y est pas. Cela donne une idée de la pantomine panthéonique.

    • De Gaulle n’aurait certainement pas voulu y être …..C’était un homme simple et qui n’aimait pas tous ces chichis !!!

  4. badinter l homme qui sauvé les criminels du chatiment qu ils meritaient
    une enorme faute qu il va falloir revoir

  5. J’ai toujours pensé que le code pénal était incomplet dans la classification des infractions…La plus grave étant « l’assassinat » ou meurtre avec préméditation…Je n’ai jamais été d’accord avec celà, il y a pire que l’assassinat, il y a la barbarie, la torture (qu’on ne me parle pas d’acte aggravant, on n’ira pas plus loin qu’une « perpète » non effectuée) il y a aussi la personnilisation des victimes: enfants, vieillards etc..Pour ces actes envers des plus faibles, il aurait fallu « garder » l’ultime, la guillotine où autre, bref, lorsque les preuves sont irréfutables, ne pas ajouter le coût d’une incarcération à vie au contribuable! J’ajouterai que la peine de mort existe toujours, mais seulement pour les victimes! Ne pas oublier les images de propagande de « daech », où par exemple ils faisaient cuire vivant des hommes comme chez nous des poulets à la broche…

    • Le code pénal archaïque et déconnecté est aussi à refaire, comme la justice populophobe et ses alliés médiatiques. Les journalistes(autres juges du siècle), passent leur temps à énumérer des peines qui ne sont jamais prononcées, sauf pour leurs ennemis politiques, là ils en inventent en « interprétation frauduleuse mais souveraine »!

  6. marrant, ça cause toujours sur la démocratie et ça décide en comité (très) restreint. Le peuple a-t-il eu son mot à dire sur cette abolition? Non, évidemment.
    Les zélus sont ils le peuple? Non, les dignes représentants de la bourgeoisie.
    Cette abolition (comme on dit « polémique ») a-t-elle été remise en question? Non plus : les cou*lles ne s’achètent pas en supermarché.

  7. Ce type comme fabius a été une calamité .
    Un gauchiste, a cause de lui des délinquants libéré. Et plus d’insécurité

  8. Cette caste politique est des plus nuisible pour le pays, depuis Giscard et son acolyte Mitterrand ils ont tous participé à la déconstruction de notre société, ils ont fait de cette république une gueuse qu’ils prostituent aux plus offrants.

  9. La France est en feu, certains en profitent pour changer les rideaux de la maison en feu ! Callaghankik

  10. la periode Mitterand/Badinter apres l abolition de la peine de mort il y eu des cadavres dans les placards et des suicides marseillais et j ai une pensee pour le pseudo suicide de Denece et Marleix

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