[POINT DE VUE] Mélenchon, partisan du service militaire… mais qui ne l’a pas fait

C'est l’un des rares invariants de Mélenchon, qui s’était opposé dès 1996 à la suspension du service militaire.
Capture d'écran
Capture d'écran

L’annonce, par Emmanuel Macron, d’un service militaire volontaire a été diversement accueillie, dans la classe politique. Si les Français semblent majoritairement en phase, ce dossier brûlant a le mérite de mettre au grand jour les fractures de la gauche sur le sujet de la conscription. Un article du Monde (« À gauche, derrière le service militaire, des fractures toujours vives sur la guerre ») rappelle opportunément que La France insoumise défend toujours un service militaire obligatoire, dans une tradition qui se veut « jauressienne », héritée de la « nation en armes » et de la mythologie de Valmy, probablement. Ce discours est l’un des rares invariants de Jean-Luc Mélenchon, qui s’était opposé, dès 1996, à la suspension du service militaire par Chirac. Mais au juste, Mélenchon, lui, l’a-t-il fait, son service militaire ?

Des explications fluctuantes

Né en 1951, le chef de file des Insoumis était tout à fait dans les clous, du point de vue de l’âge. Il aurait dû faire un passage sous les drapeaux. C’était d’ailleurs à la fois l’époque de la haine de soi post-coloniale, de l’inactivité des casernes, des corvées de patate… et de l’entrisme communiste dans les armées, celui des « comités de soldats ». Le leader d’extrême gauche aurait donc pu à la fois apprendre « le maniement des armes », comme il l’exige pour la jeunesse dans le programme de LFI, et diffuser sa pensée, qui était alors à la mode jusque parmi les appelés.

Hélas ! Trois fois hélas ! Derrière les postures martiales un peu maoïsantes (« une armée sous contrôle populaire pour défendre le territoire national et le citoyen », selon le député Bastien Lachaud), on découvre que Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait son service militaire… et qu’il a donné, à ce sujet, des explications qui ont changé plusieurs fois. « J’ai été blâmé pour avoir été refusé », disait-il à ce sujet en 2022, tentant d’expliquer en creux qu’il était politiquement trop dangereux. Le 18 février 2016, il réclamait une « garde nationale républicaine » obligatoire pour tous les jeunes, mais précisait que lui-même n’avait pas fait son service parce qu’il s’était retrouvé père de famille à vingt-trois ans. Enfin, en 1992, il avait affirmé avoir été « dispensé en 1975. Et furieux de l’être », ajoutant : « J’ai pris ça pour une brimade de la bourgeoisie. » Bref, il ne l’a pas fait, mais on ne sait pas pourquoi.

Mélenchon refusé pour ses opinions politiques ?

On peut dire ce que l’on veut sur le service militaire d’autrefois. Ce qui est certain, c’est que le rapport d’un homme politique à la défense concrète de son pays, à l’engagement de sa personne, dit beaucoup de l’endroit « d’où il parle », comme on disait en 68. « Sa peau au bout de ses idées », dirait Pierre Sergent. Pompidou, officier de renseignement dans l’infanterie alpine en 40, croix de guerre, fut beaucoup critiqué par la suite car il n’avait pas résisté. Giscard, engagé volontaire à 19 ans comme simple soldat dans les blindés, suivit de Lattre jusqu’en Autriche à la fin de la guerre, fut cité à l’ordre de l’armée et reçut, lui aussi, la croix de guerre. Tout comme Mitterrand, sous-officier dans la « colo » qui, en plus de la Francisque, fut médaillé de la Résistance. Chirac, fringant lieutenant de cavalerie, refusa l’exemption proposée aux énarques, se battit un an en Algérie et y fut même blessé. Sarkozy, qui n'était pas spécialement « fana mili », fit son service à Balard, qui abritait alors l’armée de l’air, où il passa la cireuse dans les couloirs pendant un an. Hollande, fils de bourgeois de droite, ne pouvait pas faire autrement que de suivre la formation des officiers de réserve, à Coëtquidan. Et Macron, premier président de la Ve à ne pas avoir servi sous les drapeaux, il a tout de même réussi, une fois chef de l'État, à se promener en combinaison de vol, parce qu’il aime se déguiser.

Alors, Méluche, refusé pour ses opinions politiques ? Pourtant, Maxime Le Forestier, antimilitariste acharné, fit son service au 13e régiment de dragons parachutistes. Refusé pour charge de famille ? Pourtant, le célèbre Marc Bloch, quinquagénaire et père de six enfants, se porta volontaire en 1940. Bref, n’importe quoi. Derrière les coups de menton, en somme, Mélenchon est tout simplement un vieux bonhomme éructant mais trouillard, qui enverrait volontiers les autres au front, faute d’avoir eu le cran d’y aller lui-même. On appelle ça un commissaire politique.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 30/11/2025 à 22:33.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Je ne crois pas que Melenchon a été refusé pour ses opinions. On pouvait le mettre dans certaines unités où il l aurait « fermé ». Il a peut être été exempté ou soutien de famille voir pistonné pour ne pas le faire. Son affaire n est pas clair. Dans ce cas, on n envoie pas les autres pour faire son service.

  2. Le QI peut-être aux « 3 jours » ?!…ceci expliquerait celà et puis qu’il ne sache pas manœuvrer un flingue c’est plutôt une bonne chose

  3. Bravo monsieur Florac. Mélenchon c’est « que de la gueule » (pour prendre un langage qu’il comprend).

  4. « éructant », « trouillard », cet expression semble plutôt correcte, il aurait pu aller dans des conflits risqués comme ceux des pays islamiques sans crainte, un musulmans ne tire pas sur un musulmans.
    Faut bien voir que ce personnage est plutôt trouble, alors qu’il est magrébin, né au Maroc ou il a passé sa première enfance avec sa mère il a migré en Normandie ou il a jugé ne pas s »y trouvé a l’aise dans une population ne lui convient pas, curieusement en Normandie ou beaucoup s’y trouvent a l’aise, doux pays.
    Puis la France lui donne l’occasion de faire de la politique qui la rendu socialement très confortable, curieux remerciement d’un pays qui l’a tant bien accueillie et il n’est malheureusement pas le seul.

  5. Le titre de cet article est dérisoire. La contradiction qu’il porte est purement apparente et relève des méthodes de Mediapart que je connais parfaitement et qui sont loin des exigences de base du journalisme. Admettons que c’est un billet d’humeur de son auteur.
    Bonne journée à tous

  6. Quand on change plusieurs fois d’explication c’est qu’on est coupable. Peut-étre souffrait-il d’énurésie ?

  7. J’aimerais bien savoir ce que ce type à construit de bien dans sa vie, a t il fondé une enteprise, créé des emplois ou autre chose d’utile?Si vous avez des réponses merci d’avance.

  8. Melenchon est un lâche et un menteur tout le monde est au courant , par contre pour multiplier les mandats et les retraites il est faiblement fort le bougre… capable de s’apitoyer sur les ouvriers licenciés d’une usine en Creuse en montrant sa belle Rolex …

  9. Même si à une époque, les années 70-80, il était de bon ton de se déclarer antimilitariste ou citoyen du monde, et de chercher un moyen de se faire réformer, on doit reconnaître, avec le recul, cette vraie belle école de la solidarité et du véritable vivre ensemble.
    Les souvenirs toujours vivaces , et les amitiés solides en témoignent encore aujourd’hui

  10. Comme nombre de politique, mon père est allé en Algérie, en vertu de la loi qui voulait que la présence d’un frère sous les drapeaux en Algérie constituait un motif d’exemption du service en Algérie pour l ses frères, bin non, son petit frère a été appelé et il est mort là bas. Le fils du maire de la ville, lui a été exempté.

  11. Il y a comme un petit problème dans les dates, si M. Mélenchon est né en 1951 il aurait du faire son service en 1971, à 20 ans et pas en 75 où il avait 24 ans. Bizarre.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois