[POINT DE VUE] Léon XIV au Liban : démonstration de force des chrétiens au pays du Cèdre

Une visite marquée par des déplacements très symboliques signifiant la proximité de Rome avec la communauté maronite.
Capture d'écran Vatican News
Capture d'écran Vatican News

Après sa visite en Turquie, invité, non pas par le chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan mais par le patriarche Bartholomée de Constantinople pour le 1700e anniversaire du concile de Nicée, le pape Léon XIV s'est rendu au Liban avant de rentrer à Rome. S’il a été chaleureusement reçu par le chef de l’Église orthodoxe et les reliquats des populations chrétiennes vivant encore en Turquie (moins de 1 % à Istamboul, alors qu’ils étaient plus de 33 % en 1928), l’accueil des autorités turques fut juste courtois et protocolaire. Quant à Léon XIV, sa courtoisie ne l’a pas empêché de décliner la proposition de prier avec des muftis dans la mosquée bleue et de sermonner le président Erdoğan sur le sort de la minorité chrétienne.

Les cloches des 2.500 églises libanaises ont sonné

Il en fut tout autrement au Liban. Jamais aucun chef d’État étranger n’est généralement reçu avec autant d’honneurs. À l’approche de l’aéroport de Beyrouth, l'avion du pape a été escorté par deux avions de chasse de l'armée libanaise (qui ne volent que très rarement, vu leur vétusté) ; dès son atterrissage, 21 coups de canon ont été tirés ; les navires amarrés au port de Beyrouth ont fait retentir leurs sirènes en signe de joie, tandis qu'au même moment, les cloches des 2.500 églises libanaises sonnaient. À la descente de son avion l’attendait le président libanais (chrétien, comme l’exige la Constitution), qui s’inclina du buste pour saluer le souverain pontife et baiser son anneau. Son épouse en fit de même. Les symboles sont forts, Léon XIV n’était pas reçu seulement comme un chef d’État mais aussi comme le chef de l’Église. N’en déplaise au Figaro, qui a évoqué dans l'un de ses articles « une très faible minorité de chrétiens au Liban », paraphrasant la propagande de certains dirigeants musulmans qui vise à priver les chrétiens des prérogatives dont ils jouissent jusqu’à aujourd’hui, l’accueil du pape a été une démonstration de force de ces derniers, prouvant qu’ils sont encore les décideurs chez eux. Jamais, sous quelque régime que ce soit, un pape n’aurait pu être reçu de cette manière en Syrie, en Irak ou en Égypte, malgré la présence d’une minorité chrétienne dans ces pays.

Tout le long du parcours qui devait conduire le Saint-Père au palais présidentiel, où l’attendaient les dirigeants du pays, chrétiens comme musulmans, une foule de Libanais s’est pressée au bord de la route pour l’acclamer, arrosant son convoi de pétales de roses.

La négociation, « toujours meilleure que la guerre »

En dehors de cette première rencontre protocolaire, la visite de Léon XIV a été marquée par des déplacements très symboliques signifiant l’attachement et la proximité de Rome avec la communauté maronite du Liban. Du sanctuaire de saint Charbel à Notre-Dame du Liban à Harissa en passant par le siège du patriarcat maronite, les foules étaient nombreuses et en grande partie constituées de jeunes. Léon XIV a rencontré aussi le clergé de toutes les Églises catholiques libanaises et même les dirigeants des différentes communautés musulmanes, avant de conclure sa visite par une messe au centre-ville de Beyrouth, rassemblant plus de 150.000 personnes, où il a prononcé une homélie en français, délaissant le traditionnel italien ou l’anglais. Ce geste est loin d’être anodin, dans ce pays où la langue française est encore la deuxième langue maternelle de centaines de milliers de chrétiens très attachés à leurs liens historiques et culturels avec la France, depuis les croisades jusqu’à nos jours. Du reste, l’ambassadeur des États-Unis au Liban, que Donal Trump vient de nommer, en est un exemple emblématique : Libano-Américain, le français est une de ses langues maternelles et il a fait ses études supérieures à Paris, où il a vécu un certain temps avant d’émigrer aux États-Unis.

Le message politique du pape Léon XIV pendant cette visite - car il y en avait un - était très clair, aussi : il a appelé à la paix et à la négociation, « toujours meilleure que la guerre ». Son allusion à une paix avec Israël a été reçue par les Libanais sans aucune ambiguïté. Le lendemain de son départ, le président Joseph Aoun a annoncé la nomination d’un diplomate comme représentant civil libanais pour négocier avec Israël, une décision historique qui ne plaît pas à tout le monde. Les chrétiens du Liban l’attendaient depuis plus de cinquante ans.

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Richard Haddad
Historien et politologue - Spécialiste du Moyen-Orient - Directeur des éditions Godefroy de Bouillon

Vos commentaires

21 commentaires

  1. « où la langue française est encore la deuxième langue maternelle de centaines de milliers de chrétiens très attachés à leurs liens historiques et culturels avec la France »
    Marrant. En permission (FMSB) à Byblos en 82, je m’attable à un restaurant sur le port. La serveuse me demande si je suis français. Réponse affirmative, elle me dit « nous n’attendons rien de la France ».
    Chat échaudé craint

  2. Il est particulièrement triste que les lois de l’Eglise n’aient pas été respectées et que les cardinaux n’aient pas eu le courage de réagir. Le conclave qui a élu Bergoglio était illicite puisque Benoît XVI n’avait pas renoncé au « munus », à sa charge, il avait fait une « Declaratio » dans laquelle il disait ne plus pouvoir exercer le « ministerium » et il est resté Pape jusqu’à son décès. Bergoglio était un antipape, et Prevost, successeur d’un antipape est lui aussi un antipape. Les fidèles catholiques devraient réagir puisque cardinaux et évêques ne le font pas. On ne peut pas accepter que l’Eglise de Jésus-Christ devienne l’église de Satan. Courage!

  3. Ce pape fait preuve d’une forte personnalité et d’une grande originalité en déclarant publiquement à toutes occasions qu’il est contre la guerre et pour l’amour !

  4. « La négociation toujours meilleure que la guerre », c’est une bonne idée pour les Bisounours. Mais il est toujours dangereux de dire « toujours ».
    Les négociations avec le Hamas et les autres terroristes islamistes deviennent urgentes.

  5. Ce Pape est une bénédictin, capable de redonner de l’espérance aux Chrétiens du monde entier. Longue vie à lui.

  6. Votre article dithyrambique est aussi beau que le récit d’une traversée éthérée de la Russie Potemkine tsariste.
    Mais le Hezbollah chiite et son maître mollahstique iranien continuent, eux, de rigoler sous qamis…

  7. Ce pape Léon 14 , me semble a côté de la plaque .
    Quand il dit qu’il ne faut pas redouter le vivre ensemble avec l’islam.
    Les chrétiens libanais sont peut être pas du même avis .
    Chrétiens et musulmans ne vivent pas dans les mêmes quartiers

    • J’ai dans la tête qu’il ne faut pas avoir peur de l’islam, maintenant c’est le vivre avec l’islam qui ne doit pas faire peur…C’est assez différent. De toute façon, les chrétiens sont sur place au Liban bien avant les musulmans, donc le vivre ensemble concerne d’abord les musulmans.

  8. L’élection de Léon XIV comme celle de Benoît XVI suscitent un nouvel espoir chez tous ceux qui sont attachés aux progrès de l’œcuménisme. La célébration des 1 700 ans du Concile de Nicée souligne une méconnaissance certaine de l’histoire de l’Église. Puisse le voyage du Pape inciter les chrétiens à mieux connaître cette histoire, à regretter les ravages des dissensions et à tenter de faire progresser l’Église sur le chemin de la vraie unité.

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