[POINT DE VUE] Dernière victime du wokisme universitaire : Molière !
[MISE A JOUR du 2 décembre à 9h17] Nous présentons nos excuses aux Éditions Magnard précédemment citées, le manuel en question est édité par Belin.
[MISE A JOUR du 2 décembre à 10h56] Suite à la publication de notre article, Yves Manhès, directeur de Belin Éducation a tenu à apporter ces précisions suivantes :
« À la suite d’un changement de maquette de la collection, trois lignes ont été coupées lors de la mise en pages, lesquelles figuraient dans l’édition précédente. Le sens de la scène n’est en rien touché, notamment le fait que Sganarelle frappe Martine. Si nous avions eu la moindre velléité de modifier la lecture de la pièce, ce ne sont pas ces trois lignes que nous aurions coupées !
Il s’agit hélas d’un manque de vigilance de notre part, s’agissant d’une nouvelle édition d’un titre à notre catalogue depuis des années.
Croyez bien que nous en sommes désolés ; votre article nous rappelle l’importance d’une grande rigueur dans notre travail, et nous évitera sans doute de renouveler cette négligence… Cette erreur sera évidemment corrigée dans le prochain retirage. »
Les adultes s’en souviennent peut-être ; les collégiens à coup sûr : il est fréquent qu’en sixième, on étudie Le Médecin malgré lui. Dans cette comédie de Molière, on retrouve tout le charme de la commedia dell’arte… et à l’époque, on avait parfois du mal à trouver ça drôle. Parmi ces bouffonneries à l’italienne, il y a généralement des quiproquos, des sous-entendus parfois un peu obscènes, des déguisements, des coups de pied au derrière et… des coups de bâton. C’en était trop pour les Éditions Belin, habituées des livres scolaires : dans la version 2025 du Médecin malgré lui telle que Belin la publie, la scène d’exposition, dans laquelle Sganarelle donne des coups de bâton à sa femme Martine, parce qu’elle l’insulte, a tout bonnement été expurgée.
Un utilisateur de X, « PhilConte 007 », montre deux photographies du texte de Molière pour rendre son propos encore plus explicite : dans la version Pléiade, Sganarelle « prend un bâton et lui en donne », en disant à Martine « Voilà le vrai moyen de vous apaiser ». Dans la version Belin, trois lignes de texte et la didascalie en question ont tout bonnement été supprimées.
Comme il ne peut s’agir d’un hasard ou d’une erreur typographique, on est obligé de conjecturer. Est-ce une manière de ne pas glorifier les « violences fetzofam » ? Est-ce une sorte de lutte contre l’institution patriarcale, principal méfait de notre temps, selon une récente déclaration de Sandrine Rousseau ? On l’ignore. On aimerait savoir. Mais en tous les cas, il faut aller plus loin et revoir intégralement la littérature française – et même le cinéma. La gifle de Bourvil dans La Traversée de Paris ? On coupe. Jacquinot qui, dans La Farce du cuvier, menace sa femme acariâtre et dominatrice de la laisser se noyer tant qu’elle ne lui parlera pas correctement ? À la trappe ! Milady, récemment réhabilitée par Adélaïde de Clermont-Tonnerre, mais décapitée dans Les Trois Mousquetaires pour l’ensemble de ses crimes ? On oublie ! À grands coups de ciseaux dans le patrimoine, les féminicides, les « violences fetzofam » et le patriarcat blanc ne passeront pas.
Les censeurs, ces justiciers autoproclamés
A-t-on demandé leur avis aux professeurs ? Aux enfants, dont la parole est désormais sur le même plan ? Aux parents, qui sont déjà, bien souvent, obligés d’acheter des textes réduits (comme si on pouvait compresser un chef-d’œuvre) et n’ont sans doute pas envie d’acheter des œuvres amputées ? Non, bien sûr. C’est pour leur bien et on ne les a même pas prévenus. Ainsi progresse le gauchisme, qui se prend pour le parti de la culture mais n’est que celui de la censure, des listes, des dénonciations et des jugements sommaires. Le parti de la haine du talent, de la haine de l’Histoire et du ressentiment tous azimuts.
On pourrait, avec un peu d’ironie, dire à ces censeurs stupides que la réponse nous est fournie par Martine elle-même dans la scène qui suit celle-ci. Lorsqu’un voisin, M. Robert, s’interpose en entendant les cris de la pauvre femme, Martine, très remontée, lui dit : « Et s’il me plaît, à moi, d’être battue ? » Amis gauchistes, ne déposez pas de main courante : c’est ce qu’on appelle de l’humour. D’ailleurs, dans cette scène, mari et femme se réconcilient sur le dos, littéralement, du voisin justicier qu’ils bastonnent ensemble pour le punir d’avoir voulu fourrer son nez dans une scène de ménage qui ne regardait qu’eux.
Finalement, nous avions bien tort, en sixième, de trouver Molière inactuel. Il a déjà parlé de tous nos maux contemporains, notamment la chape de plomb hypocrite du rigorisme religieux (Tartuffe) ou les féministes subventionnées (Les Femmes savantes). Quand les Éditions Belin s’en rendront compte, on n’étudiera plus que Corneille…
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28 commentaires
« Nous serons par nos lois les juges des ouvrages.
Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis.
Nul n’aura de l’esprit, hors nous et nos amis.
Nous chercherons partout à trouver à redire,
Et ne verrons que nous qui sache bien écrire. »
ça pourrait être dans les statuts de l’ARCOM !
« Castigat ridendo mores » telle est la formule latine que l’on peut voir inscrite au fronton de certains théâtres. Mais ces « wokistes » ne comprennent rien à ce genre d’humour ou plus simplement, ils n’en connaissent même pas la signification. Molière est mort. Vive Molière !
les « violences fetzofam » ? J’adore !
C’est pourquoi, quand je désire acquérir un classique ou découvrir un écrivain , non contemporain, j’achète , depuis une décennie, les livres qui ont été imprimés bien avant notre époque ( même les livres d’enfants : ex: la série « Martine »).
Idem. D’occasion , chez Rakuten ( faute d’accès aux bouquinistes d’antan ou aux échoppes de la rue de Rome)
Du Molière ou je fais ma colère !
Le génie dérange les médiocres .
La censure toujours la censure. Et pourquoi pas recontextualiser, comme on l’a fait pour le colonialisme de Tintin? Une petite intro au début du livre ne ferait pas de mal. Ah mais ce serait plus intelligent et il faudrait réfléchir, ce dont sont incapables nos amis gauchistes.
Ce n’est pas en supprimant ses ennemis qu’on les vainc!
Mutiler une oeuvre de Molière justifierait une sanction, s’il régnait encore dans ce pays une rigueur intellectuelle et morale qui soit respectable.
Enfin… Par bonheur, Magnard n’a pas encore mutilé Cyrano :
>>> Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres. Vous n’avez que les trois qui forment le mot … <<<
Je pensais avoir posté ce commentaire comme tel et non comme réponse à Bertranda 45, avec qui je suis, par ailleurs, tout-à-fait d’accord !
Quand la médiocrité domine jusque dans notre précieux patrimoine culturel ,on obtient ce genre de délit intellectuel!
Voila un éditeur a boycotter sur l’intégralité de ses publications.
On ne touche pas a la littérature pour quelques motifs que ce soit.
J’aurais tellement aimé entendre Coluche sur les dérives actuelles, mais il aurait été censuré. Ceux qui censurent Molière ne sont que des ânes bâtés.
Molière …? Assurément, nos députés et notre Mozart des finances n’ont pas lu l’Avare, ils pourraient peut-être s’inspirer du personnage d’Harpagon pour le plus grand bien des Français.
Oui
Corneille ? Vous n’y pensez pas, u type qui n’aime pas les Maures…
Le Cid avec sa reconquista ! Du Le Pen tout craché ! Madre de Dios !
On étudie donc toujours Corneille en France? Difficile à croire lorsqu’on entend ou lit leurs commentaires sur le web.
Sans trop savoir de quoi l’on parle, on ne touche pas à Molière par principe. Il n’y a pas de mauvais auteurs de théâtres, il n’y a que de mauvais metteur en scène. J’ai moi même assisté à une représentation des Fourberies de Scapin qui m’avait choquée puisque Scapin donnait le bâton à son maître enfermé dans un sac. Mais, là encore, tout est affaire de mise en scène. Comme le théâtre d’Aristophane et notamment la pièce « Les Oiseaux », l’absence de mise en connexion avec le monde du vingt et unième siècle rend la pièce ridicule. C’est pourtant le meilleur comique qui soit pour qui sait lire le Grec. Faute d’une traduction intelligente, on est incapable de trouver ça drôle.
Alors, oui, la censure de Molière est un scandale, elle révèle l’état d’esprit de notre temps, celui d’une dictature « qui ne dit pas son nom ». C’est facile d’interdire, mais c’est la marque d’une grande bêtise et surtout celle qu’il ne comprenne plus Molière, toujours d’actualité, faute d’en saisir le sens profond, ce qui fait que ces oeuvres sont impérissables, comme le sont les pyramides d’Egypte, véritable apologie minérale de l’esclavage et pourtant patrimoine de l’humanité (par un étrange paradoxe).
L’adaptation au vingt et unième siècle très minimaliste du Misanthrope qui est passée sur culture box était pourtant excellente.
Je le redis: tout repose sur le metteur en scène. Il est l’intelligence de l’oeuvre!
Les Pyramides ont été construites par un personnel qualifié et payé.
A combien de l’heure?
Le metteur en scène n’est pas chargé de remettre au goût du jour la création de l’auteur d’autrefois! Et si les spectateurs ignares du XXIème siècle sont incapables de naviguer parmi les us et coutumes des siècles précédents, il vaut mieux qu’ils s’abstiennent de fréquenter Molière et tous les autres génies du temps passé – qu’ils se contentent de leur TV qui leur tient lieu de tout. Se voiler le visage devant les mœurs du XVIIIème siècle alors que la sauvagerie des mœurs actuelles en France est partout acceptée, c’est de la tartufferie éhontée!