[POINT DE VUE] Copé : la preuve qu’on peut être énarque et dire des sottises

Copé fait le fier, mais quand on ne sait pas qui est Jacques Bainville, on ferait bien de se taire.
Capture d'écran
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Il y a des moments, à intervalles réguliers d’ailleurs, où la politique ressemble à une interminable nuit des morts-vivants. Comme dans l’excellent clip de Thriller, de Michael Jackson, les tombes s’ouvrent et une main puis une tête émergent, laissant finalement deviner une silhouette cadavérique que l’on croyait disparue depuis longtemps, uniquement mue par une possession d’outre-monde, en l’occurrence celle de l’ambition. Ainsi de Jean-François Copé, jadis jeune premier de la politique, aujourd’hui vieux second, et qui tentait, cette semaine, chez Apolline de Malherbe, d’aller faire un peu parler de lui afin d’espérer on ne sait trop quoi.

Copé ne veut pas de Sarah Knafo

Après avoir montré qu’il était un peu d’accord avec les agriculteurs, mais pas trop, afin d’apparaître en homme raisonnable, Jean-François Copé a été interrogé sur la course à la mairie de Paris, et plus précisément sur la candidature de Sarah Knafo, qui se dit prête à travailler avec Rachida Dati - candidate adoubée par les LR, auxquels appartient également M. Copé. Et là, attention : Jean-François Copé n’est pas d’accord avec Laurent Wauquiez, qui voulait une primaire de la droite rassemblant jusqu’à Sarah Knafo, justement. Lui, il ne mange pas de ce pain-là. C’est qu’il a des principes - et même des principes appuyés sur une solide culture générale. Il ne pactise pas avec l’extrême droite, même si Apolline de Malherbe lui montre avec beaucoup de finesse que le RN n’est pas différent de ce que fut le RPR - c’est d’ailleurs ce que Nicolas Sarkozy laisse entendre. Pensez donc : Éric Zemmour « est profondément antieuropéen, il en a fait son ADN. Il fait l’éloge de penseurs d’extrême droite. » Ah, d’accord. Alors, lesquels ? Copé cite Jacques Bainville, « qui n’est pas très connu aujourd’hui mais qui était un des philosophes de l’extrême droite du XIXe siècle ».

On voit bien où Copé veut en venir

Philosophe, Bainville, qui publia une Histoire de France qui fit date, ainsi que de nombreux essais politiques, mais pas une ligne de philosophie ? D’extrême droite, certes, on va dire comme ça. Proche de Maurras, effectivement, il tint la rubrique de politique étrangère du journal L'Action française, fut élu à l'Académie française. On lui proposa même en 1922, si l'on en croit l'historien Jean Sévillia, de diriger Le Figaro, journal d'extrême droite, c'est bien connu ! Au fait, M. Copé sait-il que Bainville, dans ses livres, avertit, à plusieurs reprises, du danger que représentait l’Allemagne nazie, à qui il donnait (à raison) une ascendance de gauche ? Du XIXe siècle, celui qui écrivit de 1900 à 1935 ? Et puis, poursuit l'énarque Copé, quand on dit Bainville, « on pense à Maurras, on pense à Édouard Drumont ». On voit bien où Jean-François Copé veut en venir : comme tous les zombies du vieux monde, comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand, qu’il range parmi ses amis, le maire de Meaux n’a pas changé, depuis 1995. La grosse droite post-chiraquienne, responsable de la fuite de ses électeurs, continue à penser qu’une bonhomie sénatoriale, enrobée de discours de fermeté (dont Copé a fait son fonds de commerce), suffit à noyer le poisson. Pour faire le fier, d’ailleurs, il appelle au « schisme », puisque la ligne de partage entre le bien et le mal est constituée par l’alliance avec la droite patriote. Apolline de Malherbe, décidément excellente, a beau lui rappeler qu’il est l’homme de la dissension, de l’opposition à François Fillon pour la présidence de l’UMP, et qu’il ferait mieux de ne pas appeler une nouvelle fois à la guerre fratricide, il n’en démordra pas.

Au sujet de la différence entre « populistes » et partis supposément sérieux, Copé compare les uns à des charlatans, les autres à des médecins. Et aux « populistes », il conseille, avec le mépris caractéristique des losers des quarante dernières années, d’« ouvrir des livres, travailler un peu ». Par exemple, ouvrir les livres de Bainville, « un des philosophes de l’extrême droite du XIXe siècle » ?

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

110 commentaires

  1. Il n’y avait pas besoin de cela pour savoir ce qui sortait de l’ENA, dont le décryptage réel se voit lorsqu’on lit ce sigle à l’ envers. On le savait déjà. Ce qui est surprenant, c’est que tous ces détricoteurs de la France, de gauche comme de droite, sont issus du même monde qui se résume en « Deep State » à la française, succursale de la maison mère sise aux USA, mais hors sol et donc pas proprement américaine, pour servir les mêmes intérêts (black rock, vanguard) installés préférablement à Wall Street et à la City ….bien sûr, ils s’opposent entre eux pour nous divertir pour établir la confusion, tout en travaillant aux mêmes buts…la mondialisation malheureuse pour l’ensemble d’entre nous !

  2. Ça, c’est un « short » taillé dans les règles…Vanité des vanités, tout est vanité et les Énarques ne sont pas les derniers servis!

  3. C’est dans ces moments là qu’ont voit que des gens comme Coppé nous on mentis toute leur vie. finalement, Ils ne savaient faire que ça. Coppé me rappelle Toubon, cet ancien ministre chiraquien bien à droite a fini comme médiateur de la République et grand défenseur des idéologies gauchistes et wokistes. Ces vieux droitards finissent à gauche, au niveau des écolos. Quand le maquillage tombe c’est vraiment pas beau à voir.

  4. Être énarque et stupide n’est pas un oxymore, alors qu’un oxymore est avant tout un pléonasme !
    En tout cas ce n’est pas on colosse Coppé !

  5. Des « sottises » … Et pourquoi pas des balivernes , des billevisées ou des calembredaines aussi tant que vous y êtes ?
    La droite traditionaliste est suffisamment tournée en dérision pour son côté  » vieille France » surranée sans en rajouter dans l’auto-caricature verbale .

  6. Il n’est nul besoin de citer François Copé, pour constater qu’être énarque et stupide est loin d’être une anomalie. Les Français en règlent l’ardoise tous les jours.

  7. Deja cope devrait avoir le courage de s’appeler par son nom complet .
    Et non pas par un alias.
    Sortir de l’ena ou polytechnique n’est pas forcément un signe d’intelligence

    • De grâce , ne mettez pas Polytechnique dans le même sac que l’ENA . Les 2 n’ont rien à voir . L’une ( l’X ) est une éminente école de savoir , un temple de l’excellence scientifique , mondialement reconnue , l’autre est une école du pouvoir formant les tâcherons du « haut » fonctionnariat .

  8. Nous sommes là souvent a dénoncer l’inculture de la gauche,et chercher ce qui fait ressembler certains LR a certains gauchiste…
    On y est!

  9. Ce qu’il y a de sidérant chez ces gens (comme le fait d’ailleurs régulièrement remarquer Michel Onfray), c’est que leur bilan est catastrophique mais qu’ils continuent à plastronner, parler de manière péremptoire, se croire incontestablement investis d’une mission quasi sacrée. Plus hautain que ça, tu meurs. Après, quand on voit le pantouflage dont ils profitent et le panurgisme de l’électeur lambda, ils auraient tort de se gêner.

  10. Monsieur Copé oublié de dire que Bainville était non seulement un grand historien reconnu par ses pairs,mais qu’il avait dès les années Vingt ,prévu que le traité de Versailles amènerait inéluctablement à un nouvel affrontement sanglant. D’autre part, j’ai toujours en tête l’image d’un pedzouille tournant ostensiblement le dos à une jeune député au moment d’un vote à l’assemblée. Tout énarque qu’il soit,il ferait bien de compléter son éducation en apprenant la civilité.

    • Assez, on peut critiquer Copé mais pas en citant Bainville comme historien.
      Dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, l’historien Marc Bloch (un vrai et un grand historien) cite Bainville parmi les exemples d’« une histoire prétendue, dont l’absence de sérieux, le pittoresque de pacotille, les partis pris politiques pensent se racheter par une immodeste assurance ».

      Et pour la petite histoire, Bainville fit partie de la meute des anti Dreyfus. Des gens qui hurlèrent pour que Dreyfus totalement innocent soit envoyé au bagne, pour rien, à la place d’un autre, n’est pas une référence.

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