[POINT DE VUE] Agriculture : un « certificat de compétence »…

Quand on vous dit que l’on marche sur la tête !
Les Abondances de Savoie visées aussi par les abattages ©Jean Bexon
Les Abondances de Savoie visées aussi par les abattages ©Jean Bexon

L’actualité nous le rappelle tous les jours, s’il existe une profession surveillée, épiée, contrôlée, dont tous les actes doivent répondre à des normes, qui sont européennes et en plus françaises, c’est bien celle d’agriculteur. Autrefois, le paysan était le professionnel qui exerçait son métier en toute liberté et indépendance. Il ne dépendait que du ciel ! Il avait l’habitude de le regarder dès le matin, dans la journée, le soir, à tous moments. Il pouvait lui apporter le soleil ou la pluie, le froid ou le chaud. De là dépendait son travail, en harmonie avec les éléments, pour obtenir le produit de ses cultures et de ses élevages.

On en remet une couche, histoire de maintenir la pression

Aujourd’hui, tout est changé. Le paysan, devenu agriculteur, est surveillé du haut du ciel par les satellites qui, tous les deux ou trois jours, passent au-dessus de ses champs pour vérifier qu’il ne fume pas, ne laboure pas, ne sème pas ses terres hors des périodes que lui fixent de petits hommes gris dont les chaussures vernies ou les baskets n’ont jamais connu que la moquette ou le goudron. Et comme cela ne suffisait pas, on a doublé, pour tout contrôler, le nombre des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture. On a même ajouté un corps spécialisé censé être là pour protéger la nature. Ces fonctionnaires supplémentaires sont armés pour leur donner de l’autorité, à défaut de compétence. On a immatriculé les animaux d’élevage avec des boucles à chaque oreille et des certificats informatisés qui font qu’il est plus facile de « suivre le bœuf » qu’un véhicule motorisé pour lequel j’ai découvert qu’il y avait, chaque année, dans notre pays, des dizaines de milliers de fausses plaques délivrées par de faux garages.

Comme toutes ces surveillances, tout cet espionnage, toutes ces règles lourdement sanctionnées en cas de non-respect ne suffisaient pas, de temps en temps, on en remet une couche, histoire de maintenir la pression. Ainsi, en vertu d’un Règlement (CE) n° 1/2005 du Conseil du 22/12/2004 relatif à la protection des animaux pendant le transport et les opérations connexes, l’agriculteur qui a besoin de transporter les animaux qu’il élève ou qu’il achète doit obtenir un « certificat de compétence ».

Bien sûr, il faut remplir un formulaire...

Ce certificat doit être demandé à la « direction départementale en charge de la protection des populations » (DDecPP). Rien que ça ! Demande faite pour toutes les espèces animales, y compris les volailles. Pour obtenir ce « certificat de compétence », il faut présenter soit un diplôme de formation agricole et, dans la majorité des cas, le diplôme n’est pas suffisant pour que l’administration délivre le « certificat de compétence », soit avoir participé à une formation dispensée par un organisme habilité pour les espèces que l’on veut déplacer. Dans ce cas faut-il qu’il existe un organisme de ce type à une distance acceptable. Pour accéder à la formation, un formulaire est à remplir, on l’accompagne des pièces justificatives demandées pour donner un peu d’activité au service concerné.

C’est-à-dire que l’agriculteur qui, depuis le plus souvent sa plus tendre enfance, a vu puis a su conduire les animaux qu’il élève et les transporter à la foire à la montagne doit éventuellement suivre une formation dont on peut se demander qui dispensera l’enseignement et quel en sera le prix ?

Quand on vous dit que l’on marche sur la tête !

J’en suis arrivé à me demander, dans ce domaine comme dans bien d’autres, avec mon seul bon sens hérité de mes ancêtres paysans, comment on peut être aussi c..

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Jean-Louis Esperce
Avocat honoraire. Ancien Bâtonnier.

Vos commentaires

69 commentaires

  1. Les ministres n’ont généralement aucune connaissance pour le minsitère que le président leur attribue, c’est le cas en particulier de la minsitre de l’agriculture : c’est eux qui devraient avoir besoin d’un certificat de compétence!

    • Pour être ministre pas besoin d’être compétent : il faut avoir fait l’ENA (ou n’importe quelle grande école de formatage) et avoir des copains bien placés…. De préférence président c’est tout … les ministres compétents … ça c’était avant il y a même très très longtemps

  2. Merci à mon confrère et compatriote occitan et montagnard. En outre les paysans sont, comme tous les Français, soumis à une informatisation hystérique et chronophage. Pour son assurance, sa banque, sa carte grise, ses soins, la poste, sa carte grise, sa connexion internet, le recensement etc. le pauvre citoyen accablé
    d’impôts doit aussi faire lui-même le boulot des gens qu’il payait. Ce sont des milliards d’heures de travail ou de loisirs qui sont perdues. Et les nerfs mis à rude épreuve.

  3. Si tous les Paysans refusent ce certificat ou le brûle, ça ne passera pas.
    La désobéissance agricole est en route.

  4. S’il fallait un certificat de compétence pour le monde politique et public on pourrait virer 95 % de toute cette racaille.

  5. Et dire que ce sont des bureaucrates qui inventent ces mesures imbéciles et pour la majorité qui mangent de la viande. Un agriculteur a un travail énorme, ne compte pas les heures et doit en plus s’abrutir avec de la paperasse. Il faut vite sortir de cette UE et renverser la table en France.

  6. Pendant ce temps, sans aucune formation, vous pouvez ouvrir un restaurant et éventuellement intoxiquer des dizaines de personnes, voir en tuer quelques unes, ce qui arrive de temps en temps.
    Cela émotionne dans les journaux pendant un jour ou deux et plus personne n’en parle.

  7. et les poulaillers domestiques, ne peuvent-ils pas tomber dans l’infraction, si les animaux sont amenés sortis de l’oeuf ?

    • LA ce n’est pas les animaux qui sont « protégés » ou « en danger » ! … Mais c’est la façon de « fliquer » une profession ! …
      QUE FAIT cette cohorte de « peigne culs » quand il s’agit de contrôler les abattages dans les appartements au moment de l’aïd ! …
      Et SI on contrôlait le « travail » de ces chacals en termes d’efficacité ? ! …
      Dans un travail du « privé », ils ne tiendraient pas 15 jours ! …

  8. Une formation a faire en ligne devrait suffire.
    Comme font la majorité des professions astreinte a un maintien des compétences.
    1h devant un écran d’ordinateur avec un quizz éducatif.
    Les conducteurs routiers de matières dangereuses suivent un cours tout les 2 ans .
    Des tas de professions suivent des modules de formation en ligne de chez eux .

    • Vous avez raison concernant les obligations, bon pour moi c’est 5 ans car je ne fais pas de matières dangereuses, mais, je risque de vous surprendre, je trouve que la FCO n’est pas assez stricte ! Je pense être sérieux comme routier, en plus je suis patron d’une PME mais parfois on assouplit une loi on durcit une autre, nous sommes passés à 44T contre 40 auparavant et la liste n’est pas exhaustive, bref on peut passer à côté de certains trucs qui sont pourtant importants mais dont nous ne sommes pas avertis alors quand je vois que durant les 5 jours de FCO c’est ambiance cour de récréation et blagues potaches…
      Suis-je en règle ? Évidemment ! Suis-je absolument au courant de tout ? J’avoue que je crains que la réponse soit non et c’est sûrement le cas de mes chauffeurs qui pourtant sont sérieux. Pour résumer nous faisons de notre mieux sans être certains de respecter la réglementation à la lettre et c’est regrettable.

    • Je ne parle pas de mes 10 ans de chauffeur de car en France mais avant de faire cariste pendant 30 ans en Suisse j’étais chauffeur de camions et effectivement j’ai fait un stage avec la protection civile a Aubonne pour le transport des matières dangereuses, 3 jours le matin théorie en classe et l’après midi la pratique sur le terrain. Il y a effectivement des produits a ne pas transporter sur le même châssis, en cas d’accident les produits pourraient ce mélanger et être explosif. Mais l’heure actuelle la partie théorique ce fait sur ordi. Un petit détail une voiture qui brule n’explose pas comme dans les films, ou exception si le réservoir est vide, la voiture brule et c’est l’explosion des pneus qui fait peur c’est tout.

    • Qui sont ceux qui savent au point de leur donner des cours ?
      Aucune raison de passer 15 mn devant un écran, ils ont autre chose à faire de nettement plus valorisant.

    • Vous écrivez : « Comme font la majorité des professions astreinte a un maintien des compétences » … LOL !
      C’est exactement sur ce « détail » que l’administration française a tout fait pour justifier ses métastases purifiantes ! …
      la proposition du « 1h devant un écran d’ordinateur avec un quizz éducatif » appliquée à toute la caste de coucous poly-tocards donnerait quel résultat d’après vous ? ! …
      Sur le principe du ruissèlement ET POUR SAUVER la FRANCE commençons par supprimer les « fabriques à cloportes » en premier ! … Sans oublier par supprimer l’UE et tous ses commissaires ! …

  9. Il n’y a pas de mots susceptibles de traduire pareille ineptie ! Ah si : quand un type qui n’a jamais vu un marteau t’enseigne la manière de s’en servir, à chaque fois tu te tapes sur les doigts. Ubu, es-tu là ?

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