Plan de Trump pour Gaza : Macron hors jeu

D'un côté, le monde tel qu'il est ; de l'autre, tel qu'on voudrait qu'il soit.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

Ce 29 septembre, Donald Trump a dévoilé son plan pour Gaza. Immédiatement, Emmanuel Macron s’est empressé de saluer l'engagement de son homologue américain « pour mettre fin à la guerre à Gaza et obtenir la libération de tous les otages », et Jean-Noël Barrot, petit télégraphiste attitré du président de la République, a emboîté le pas en postant ce message : « Le plan de paix présenté par le président Trump, qui s’inspire explicitement des idées que la France a portées avec ses partenaires lundi dernier à l’ONU, ouvre enfin la possibilité que les armes se taisent, que les otages soient libérés, que l’aide humanitaire entre massivement à Gaza et qu’un horizon politique se dessine pour garantir la sécurité d’Israël et les droits légitimes du peuple palestinien. »

 

Jean-Noël Barrot : l'art de se payer de mots

On lit ça vite, en diagonale, et on comprend que la France est en quelque sorte à l’initiative de ce plan de paix ou, tout du moins, qu’elle en est l’inspiratrice. « Qui s’inspire explicitement… », c’est-à-dire (si on prend son dico) « formulé sans ambiguïté, de façon à ne laisser aucun doute possible ». Mais que lit-on, dans ce plan de Trump, articulé en vingt points assez détaillés ? Au point 9, où il est question d’installer un nouvel organe international, baptisé « comité de la paix », chargé de superviser la transition à Gaza, présidé et dirigé par Trump himself, on lit ceci : « Cet organe établira le cadre et gérera le financement de la reconstruction de Gaza jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait terminé son programme de réformes, comme décrit dans diverses propositions, y compris le plan de paix de Trump en 2020 et la proposition franco-saoudienne, et puisse reprendre le contrôle de Gaza de manière sûre et efficace. » Voilà en quoi se résume la soi-disant inspiration « explicite » : « y compris la proposition franco-saoudienne »… Six mots (cinq, si on enlève « saoudienne ») sur les plus de mille de ce plan ! C’est sympa d’y avoir pensé mais, avouons-le, c’est court, même si les choses ne se calculent pas au kilo de mots. Mais Jean-Noël Barrot est passé maître dans l’art de se payer de mots. Ce cocorico de Barrot n’a pas manqué de faire réagir le journaliste et essayiste Clément Weill-Raynal : « Mais non, Jean-Noël ! Dans sa conférence de presse, Donald Trump a dit au passage tout le mal qu'il pensait de l'initiative française de reconnaissance de l'État palestinien qui constitue une prime donnée au Hamas. » Et de poser cette question, dont la réponse est toute trouvée : « N'essayez-vous pas aujourd'hui de monter en marche dans le train que vous avez raté ? »

 

Trump, proconsul de Gaza

Plus sérieusement, que retenir, pour l’essentiel, de ce plan qui, comme tous les plans, peut très bien échouer - on en a malheureusement pris l’habitude, avec le conflit israélo-palestinien, depuis des décennies ? Qu’il n’est question à aucun moment d’un quelconque État palestinien. Qu’Israël se retirera de Gaza. Qu’une « force de stabilisation internationale » sera déployée dans la bande de Gaza à mesure que l'armée israélienne s'en retirera. Que les otages seront libérés, en échange de quoi des centaines de Gazaouis (y compris des condamnés à perpétuité) seront libérés. Que Gaza sera gouverné par « un comité palestinien technocratique et apolitique, chargé de gérer les services publics et les municipalités pour la population de Gaza ». Que ce comité sera composé de « Palestiniens qualifiés et d’experts internationaux ». Que le Hamas n'y prendra pas part. Qu’il n’est question à aucun moment des Nations unies mais (on l’a vu plus haut) d’un « nouvel organe international » dirigé et présidé par Trump himself (Trump, proconsul de Gaza ?) et « d’autres membres et chefs d’État qui seront annoncés ». Pas de noms… Si, un seul : celui de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair (« explicitement » nommé, lui !). Le retour des Britanniques dans la région ? Quand on sait comment se termina leur mandat, il y a bientôt quatre-vingts ans, on ne peut s’empêcher de penser que l’Histoire joue parfois de drôles de tours. Mais ça, c’est une autre histoire…

Ce plan – qui peut marcher, d’autant que le Premier ministre israélien et les pays arabes saluent l’initiative de Trump, comme il peut rater, le Hamas, à cette heure, n'ayant pas donné sa réponse -, au final, est tout le contraire de l’approche de Macron. Ce dernier reconnaît l’État de Palestine avant que la paix n’advienne et ne jure que par l’ONU. Trump parle d’abord de paix et agit hors de l’ONU, qui a depuis longtemps montré ses défaillances. De quel droit, direz-vous ? « Eh bien, comme depuis toujours, du droit du plus fort… », comme l’écrivait Dominique Jamet, dans sa chronique de samedi dernier. Au fond, que cela plaise ou pas, le monde tel qu'il est et non comme on voudrait qu'il soit.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

57 commentaires

  1. Trump propose un plan réalisable à défaut d’être original et surtout souhaitable . Parce que personne ne veut plus du Hamas à Gaza enfin les gens qui n’ont pas une mémoire de poisson rouge , et tout le monde veut que tout cela cesse, les otages libérés et les morts rendus à leurs familles . Tsahal se retirant du bourbier et l’Amérique garante de la bonne exécution de tout cela . Et Trump mettant une paix de plus à son actif et en passe de remporter le prix Nobel . Et dire qu’il n’y a pas si longtemps , il échappait à un attentat ;

  2. Le couple Macron/Barrot s’affiche dans le ridicule, des gamins.

    Le plus terrible c’est que ces gamins risquent de nous conduire en guerre contre la Russie. Leur diplomatie d’apprentis qui consiste à provoquer Poutine avec leur idée d’armée sur le territoire Ukrainien, ne peut que déboucher sur un conflit ouvert s’ils insistent.
    Poutine réagit à cette provocation en herbe. Il survole les territoires limitrophes. Donnant/donnant mais nos fins diplomates perçoivent-ils cette subtilité ? Ils y voient une agression. Tiens, tiens. On voit la paille chez le voisin mais pas la poutre dans notre besace? C’est pourtant simple à comprendre. Poutine ne veut pas de troupes d’Etats de l’OTAN sur le territoire Ukrainien.

    Pour en revenir à l’attitude de Macron en diplomatie. Ce qui le conduit, sa gloriole. Il n’est pas dans ses sujets, il est dans la satisfaction de son narcissisme. Je suis moi.

  3. Félicitations à BERNARD 47 , (ci dessous), qui , dès 2h28 ce matin même, a exprimé un commentaire auquel nous pouvons souscrire en le remerciant d’avoir tout dit et tout expliqué simplement et avec clairvoyance . BRAVO .

  4. Comme d’habitude , mais pas seulement sur ce sujet , Macron joue hors piste . On peut craindre qu’il soit le seul à s’en féliciter. Quant à Barrot , il ne vaut pas même une once de pensée. Pas à la hauteur de son père , c’est sûr.

  5. Parmi les otages ,de nombreux cercueils, Parmi les prisonniers ??? Peut-être un grand bien pour la région et le reste du monde

  6. Souhaitons avant tout que d’une manière ou d’une autre ce drame prenne fin. Monsieur Macron s’est toujours contenté de jouer les utilités, tout comme le hallebardier au théâtre. Pour l’instant on ne voit guère à quoi il aura servi dans ce conflit. Jamais à l’heure. Toujours à contretemps. Il est d’ailleurs accompagné en cela par la célèbre « flotille pour Gaza » ! Alors que la pièce principale se joue à New York, que font ces marins improvisés à narguer la Marine Israélienne ? Comme leurs prédécesseurs ils devront faire demi-tour ou abandonner leurs « navires »- Qu’au moins ils laissent les 500 tonnes d’aide humanitaire en principe convoyée en de bonnes mains….en tous cas pas en celles du Hamas.

    • Je crois que l’on peut décerner à Jean-Noël Barrot le titre du ministre le plus nul de la. Ripoublique. L’incompétence et la suffisance semblent être les vertus cardinales de ce gouvernement.

      • Objectivement il faut être maso pour avoir mis ce Monsieur Barrot à ce poste. Sur scène, à jouer les comiques il aurait probablement un franc succès.

  7. Ils sont tout naïfs, s’ils croient que le hamas va tenir ses engagements, et pour la libération des otages on en est où ?

  8. Le vrai sauveur, en fin de compte, c’est Macron, qui a dit à Trump que faire…Nous voici sauvés!…Mais pas du ridicule!…

  9. En lisant tous les articles de BV et les commentaires qui suivent, je me dis que j’espère que Macron et ses sbires en ont connaissance, eux qui veulent tout savoir et mettre jusqu’à nos messages personnels sous étroite surveillance … qu’ils sachent combien ils sont nuls et que bon nombre de français en sont bien conscients….

  10. Trump est un anti-Soros, celui-ci étant responsable de la plupart des problèmes de la planète. Macron est un pur produit Soros (comme Zielinski, Trudeau ou l’impératrice VdLeyen. Quand on voit le bazar que Macron et ses européens ont foutu pour l’Ukraine, on comprend que Trump ne leur demandera pas leur avis.

  11. En effet, TF1 ne nous dit rien concernant son macron. C’est DT dont on sent dans la voix de notre média comme une petite déception si Donald parvient à apporter la paix dans le coin, on tacle Benjamin comme d’habitude et on « attend » la décision du côté des terroristes, déclarés tels par les USA…Dénouement cette semaine.

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