Nouvelle manœuvre de la Macronie : la suppression des ZFE encore reportée

« Le but, ce n'est pas de contourner les municipales », affirme sans convaincre le gouvernement.
Capture d'écran TF1
Capture d'écran TF1

Lundi 26 janvier, Laurent Panifous, ministre des Relations avec le Parlement, annonce, sur LCP, le report du vote sur le projet de loi de « simplification de la vie économique », pourtant à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale du mardi 27. Raison invoquée : le fort risque de rejet du texte, du fait d’une disposition concernant les « zones à faibles émissions » (ZFE). « Il est clair que ce texte ne va pas passer », explique le ministre, et le gouvernement ne souhaite pas aller « au casse-pipe ».

Un report difficilement justifiable

Étonnant virage gouvernemental, assurément, et ce, pour deux raisons : d’une part, se réveiller la veille d’un vote alors que les données du problème sont parfaitement identifiées depuis plusieurs mois est pour le moins étrange. Par ailleurs, le 20 janvier, l’ensemble du texte, sa partie sur les ZFE comprise, venait de faire l’objet d’un accord entre les assemblées en commission mixte paritaire (CMP). Que le gouvernement, aux dires de Laurent Panifous, estime tout d’un coup « plus opportun d'essayer de trouver un accord en amont », par exemple sous la forme d’un « amendement de compromis », apparaît pour le moins lunaire. S’agit-il d’un simple problème de procédure, et donc de forme ? Il faudrait alors préciser en quoi. Le gouvernement se retrouve-t-il coincé entre son aile libérale, soucieuse de ne pas s’attirer les foudres d’un patronat déjà quelque peu énervé à son égard, et une aile gauche écologiste, prête à tout pour sauver ce qui peut encore l’être de ses dispositifs punitifs, dont les ZFE constituent une pièce maîtresse ?

« Honte absolue - colère froide »

Quoi qu’il en soit, les propos de Laurent Panifous ont immédiatement fait réagir. Humant une basse manœuvre politicienne prenant le pas sur l’intérêt des usagers de la route, Pierre Chasseray (40 millions d’automobilistes) estime, sur son compte X, que « personne ne veut prendre ses responsabilités avant les municipales ! On préfère laisser les automobilistes dans l'incertitude que d'assumer une décision de bon sens. » Attendue elle aussi, la réaction des Gueux est cinglante. « Honte absolue - colère froide. L’abrogation des ZFE est encore reportée. La démocratie est plus que jamais verrouillée par notre technocratie souveraine qui traite les citoyens comme des gueux », tonne leur porte-parole Alexandre Jardin.


Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès (34) et secrétaire général des Gueux, lui emboîte le pas, constatant que « le gouvernement piétine une fois de plus la démocratie ! » Il en veut pour preuve qu’alors que « le Parlement a clairement voté l’abrogation des ZFE à l’Assemblée nationale, au Sénat et en CMP, l’exécutif reporte les dernières lectures pour éviter un désastre électoral aux candidats macronistes aux municipales ! »

LR et RN vent debout

Puis les politiques embrayent à leur tour. Pour LR, Anne-Laure Blin, députée de Maine-et-Loire, rappelant que la suppression des ZFE « a été confirmée la semaine dernière », considère que « la voix du peuple a parlé ! le mépris ça suffit ! Les Gueux en ont assez. »


Les propos du rapporteur du texte à l'Assemblée, Ian Boucard (LR/Droite républicaine), trahissent eux aussi un énervement à peine contenu. « La CMP a validé la suppression des ZFE à une grande majorité. Je ne voterai aucun autre texte. Ça montre un manque de respect du Parlement alarmant », note-t-il. Faisant remarquer que « le gouvernement et le groupe macroniste ont perdu à quatre reprises » sur la question des ZFE, il estime qu’il faut désormais « accepter qu’il n’y ait plus de majorité ». Exercice à l’évidence difficile pour la gent macroniste…

Pour le RN Pierre Meurin, qui a toujours été en première ligne du combat parlementaire contre les ZFE, sonne la révolte, sur X, dès le 26 janvier. « Demain, nous ne voterons pas la suppression des ZFE. Faites du bruit pour dénoncer ce scandale démocratique ! », ajoutant, peu après, que « c'est bien entendu le gouvernement qui musèle le Parlement pour nous empêcher de supprimer les ZFE ! »


Le 27, à l’Assemblée nationale, le député du Gard, faute d’un vote, interpelle le gouvernement. « C'est une forfaiture démocratique, une dérive illibérale de ce macronisme autoritariste », déclare-t-il. « On arrête quand, d'être dirigé par Sandrine Rousseau ? », lance-t-il ensuite, dans l’Hémicycle.

Silence à gauche

Mais en face, le déni semble être, sinon l’expression d’une conviction profonde, tout au moins une ligne de conduite qu’autorise encore l’absence de toute majorité parlementaire, en espérant ainsi éviter ou, tout au moins, limiter une cinglante déroute municipale dans quelques semaines.

En annonçant au dernier moment un report de vote sans donner de nouvelle date, Laurent Panifous a beau affirmer que « l'objectif, c'est clairement d'amener ce texte le plus vite possible au vote » et que « le but, ce n'est pas de contourner les municipales », il ne semble pas avoir convaincu grand monde. La réaction du RN, unanimement opposé aux ZFE, était attendue. L’énervement palpable des Républicains, plus partagés sur la question, est en revanche une indication nouvelle. Cette nouvelle manœuvre des macronistes a sans doute achevé d’user la patience de nombre de députés jusqu’ici encore relativement bien disposés à son égard.

Et à gauche, on reste étonnamment silencieux. Seule politique à se faire entendre, Karima Delli, ancienne eurodéputée et présidente du collectif pro-ZFE Respire, qui vient d’intenter ce 26 janvier un recours en justice contre l’État pour inaction contre la pollution atmosphérique, estime que « ce report est une bonne nouvelle, cela permettra de donner du temps au débat ». Mais pas un député de gauche, encore moins un ténor, pour venir « sauver le soldat ZFE ».

La charge solitaire de Thomas Legrand

Dans cette « morne plaine », seul aura finalement surgi l’inénarrable Thomas Legrand, dont le billet du 25 janvier dans Libération (hilarant au second degré, convenons-en) en appelait au grand ancêtre Victor Hugo, pour lui emprunter son célèbre « Souvent la foule trahit le peuple » et le « copier-coller » sur l’actualité ZFE. « Les parlementaires qui se faisaient les porte-parole du peuple éclairé en instaurant les ZFE il y a cinq ans pourraient donc revenir sur cette avancée », estime-t-il. « Ainsi, le Rassemblement national, Les Républicains, La France insoumise et une partie du bloc central se montreraient représentants de la foule plutôt que du peuple. » Jouer l’écologie punitive parlementaire « porte-parole du peuple », contre les Gueux et leurs soutiens, « représentants de la foule », il fallait oser. Mais depuis l’affaire Dati, on sait que Thomas Legrand ose tout. Et c’est même à cela qu’on le reconnaît - ZFE ou pas.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/02/2026 à 12:53.

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Dîtes-moi pourquoi le dégagisme devient aussi populaire ? Tout simplement parce que les gouvernants font fi de la démocratie. C’est le gouvernement qui reporte le vote sur les ZFE. Ce fut Sarko en contournant le référendum par l’adoption du traité de Lisbonne à Versailles. Ça sera certainement UVDL qui appliquera le Mercosur alors que le Parlement a voté son renvoi à la CJUE. Le mépris affiché envers les peuples par les gouvernants envoie les gens pique-niquer les jours d’élection.

    • « Le mépris affiché envers les peuples par les gouvernants envoie les gens pique-niquer les jours d’élection ». Les « gouvernants » en question n’en ont absolument rien à faire. S’il n’y avait même qu’un seul votant, ça ne leur poserait aucun problème pour autant que sa voix soit pour eux. Ils ne s’en déclareraient pas moins légitimes pour autant.

  2. Alors que les députés LR viennent encore une fois de sauver le moine soldat Lecornu, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes s’ils sont cocus.
    Cette naïveté de leur part est confondante, à moins que ce ne soit que du cynisme !

  3. Vous ont-ils dit a un moment que le ministre francais avait signe et donne son accord en commission a Bruxelles et qu’a ce titre la France devra payer une lourde amende pour ne pas traduire dans son droit interne une directive que son representant a approuvee ? A ce point la de trahison le Frexit ne se discute meme pas !

  4. « …La démocratie est plus que jamais verrouillée par notre technocratie souveraine qui traite les citoyens comme des gueux » Parler d’une démocratie verrouillée, c’est un peu comme évoquer une dictature libérale, c’est se dispenser de dire les choses telles qu’elles sont vraiment. Quand le pouvoir ignore aussi tranquillement que systématiquement la volonté du plus grand nombre voire, la méprise ostensiblement, la question de savoir dans quel type de démocratie on vit est devenu hors de propos puisqu’on en est, de fait, bel et bien sortis.

  5. Cette histoire de Z F E est insupportable ! ! !Surtout quad on voit des Z F E traversées par des autoroutes, ou l’on peut polluer a notre aise . C’est de la foutaise, comme si la pollution restait sur place et se moque des vents de la nature ! ! ! C’est comme délocaliser les usines polluantes en Orient pour présenter un beau bilan carbone . Vous vous foutez du monde , comme si la pollution de ces entreprises restait en Orient ! ! ! Mais Messieurs les ignorants ! ! la Terre est ronde, et vous vous êtes restés a l’époque des Moyen Ageux qui disaient le contraire, et qui ont tué Galilée ! ! Vous êtes de vrais hérétiques . C’es pire que le R N …..

  6. Ils sont passés maitres dans l’art de l’enfumage !!!!
    Là ce sont les municipales et après ce sera les présidentielles, si c’est un macroniste ou assimilé, ou la gauche qui passerait, ce serait une catastrophe pour les automobilistes
    Je l’avais bien dit qu’il fallait rester vigilants…..
    Ils ne vont pas y renoncer comme ça, il va falloir qu’on montre les crocs

  7. 32 années sous l’uniforme pour défendre ce pays que j’aimais viscéralement et que je ne reconnais plus. Que de regrets .

    • Ce n’est pas de votre faute..nous vous en remercions..pour autant j’aimerais bien que vos successeurs sous l’uniforme réfléchissent un peu plus avant d’obéir a n’importe qui

  8. Combien de Français vont-ils encore se laisser prendre a ces magouilles : ils savent que les ZFE sont majoritairement rejetées par les Français, alors ils les « suspendent » à l’approche des municipales pour mieux les imposer après… Quand, espèrent-ils, leurs candidats seront élus. C’est de la manipulation pure et simple.

    • législatives dimanche dernier dans le loiret : 72 % d’abstention !!!!! et c’est la macroniste RIST qui est passée !!!!

    • faut voir que la macronie et ses amis du centre comme bertrand, Philippe et tant d’autres, sont prêts à s’allier avec lfi pour garder leur gamelle, des veaux veauteront pour ce « barrage » au lieu de voter en ouvrant les yeux sur ce qu’est devenu notre beau pays

    • Peut-être que les élections sont truquées ? Je ne sais pas, c’est une hypothèse qui semble farfelue à première vue. Mais au vu de ce qui s’est passé aux USA en 2020, et de l’évolution des chiffres des résultats du second tour en 2022, la question mérite d’être posée, et serait finalement une explication plausible à l’arrogance du Macronisme, tellement maître d’un jeu dont lui seul connait les règles.

  9. Quel pays bordélique surprenant ou ce pays est descendu si bas je vois ça de loin mais ça m’attriste car j’y suis né et je plains les générations qui arrivent aux travail si il en trouve quel tristesse

  10. La Macronie, qui ne supporte pas qu’on ne soit pas d’accord avec elle, supporte encore moins Les Gueux. Tout ceci est pure folie et total manque de respect pour le menu peuple.

  11. Ceux qui prônent le « bien vivre ensemble » , refusent de côtoyer les gueux, qui « fument des clopes et roulent au diesel’, les « gens de rien », les « illettrés »?. La petite caste au pouvoir, un microcosme oublie juste qu’ils sont de ceux qui ont signés en 1985 et en 1990, les accords de Schengen qui assurent la libre circulation des personnes et biens PARTOUT en Europe.

    • Les élections municipales approchent et la panique s’installe au sein de l’exécutif qui ne sait plus quoi faire pour garder (encore une fois) leur strapontin. QUELLE MISERE….

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