[MUNICIPALES] Menton : le RN inflige une gifle à Louis Sarkozy

« Le phénomène Louis Sarkozy a fait pschitt », raille le sénateur LR Henri Leroy.
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À Menton, la victoire d’Alexandra Masson est une déflagration. Sans être une surprise, le succès de la candidate du RN qui rassemble 49,09 % des suffrages, est retentissant dans ce fief LR. Son adversaire Sandra Paire qui avait fusionné avec le très médiatique Louis Sarkozy subit un échec cuisant en peinant à obtenir 34,69 % des voix. La candidate patriote passe de 5.276 voix au premier tour (36 %) à 7.001 voix au second. En comptant les 270 voix qui s’étaient portées vers la candidate Reconquête, c’est donc 1.500 voix qu’Alexandra Masson a récupérées sur son nom dans l’entre-deux tours. À Menton, trois phénomènes ont porté la candidate RN à la victoire : un vote d’adhésion en faveur d'une élue implantée, un vote sanction d’une équipe LR décrédibilisée par les affaires et un front anti-Louis Sarkozy. Députée des Alpes-Maritimes sur la circonscription de Menton, élue en 2022, réélue au premier tour en 2024 avec 56 % des suffrages, Alexandra Masson partait avec de gros atouts. Cette avocate de profession est le visage d’un Rassemblement national avenant, susceptible de convaincre un électorat de droite traditionnelle. Fille d’une ancienne sénatrice UMP du département, engagée au RPR puis à l’UMP, celle qui occupera la mairie pour les sept années à venir a bénéficié d’une image politique idéale pour désamorcer le « barrage républicain » que ses adversaires ont tenté de monter contre elle.

LR décrédibilisé par les affaires

Outre un vote d’adhésion vers la candidate RN, les Mentonnais ont aussi joué « le dégagisme ». Le maire LR Yves Juhel sortant a été condamné (il a affirmé « réfléchir » à un éventuel appel, NDLR) le 6 mars en première instance, à un an de prison ferme et deux ans avec sursis dans un vaste dossier de détournements de fonds publics. Son ancienne première adjointe, Sandra Paire, a été aussi condamnée en appel il y a six mois pour prise illégale d’intérêts. Nul doute que ces affaires judiciaires ont pesé dans l’élection mentonnaise. Les Mentonnais ont enfin dit un non très net à Louis Sarkozy. « Le phénomène Louis Sarkozy a fait pschitt », constate auprès de BV le sénateur LR Henri Leroy qui, à Menton comme à Nice, a préféré l’union des droites plutôt que les consignes de partis. Plutôt que d’un barrage anti-Sarkozy, lui voit l'effet d' « un barrage anti-parachutage ». « C’est un rejet du parisianisme », plaide le parlementaire. À Menton, la fusion Paire-Sarkozy a en tous cas tourné au fiasco. Si Sandra Paire se présentait, c’est que son pourvoi en cassation le lui permettait, suspendant son inéligibilité. Mais en cas de condamnation du maire, Louis Sarkozy serait vraisemblablement devenu l’édile de la ville. Cette hypothèse n’a pas plu aux Mentonnais. Pas plus que le barrage républicain qu’ils ont royalement envoyé balader. « Le barrage républicain est une vue de l’esprit des appareils de partis », constate le sénateur Leroy pour qui « l’étiquette RN n’est pas une insulte ».

La gauche vote contre Sarkozy

Dans les urnes, avec moins de 5.000 voix, le duo Paire-Sarkozy ne retrouve même pas l’addition de ses deux scores du premier tour. Et cela, sans compter les 1.300 voix de la liste de gauche. Enseignement : primo Alexandra Masson bénéficie d’un excellent report de voix chez les électeurs de droite traditionnelle qui, s’ils ont voté Paire ou Sarkozy au premier tour, n’ont pas été convaincus par une alliance que la candidate patriote qualifiait dans nos colonnes de « contre-nature ». Secondo, les électeurs de gauche se sont reportés sur la candidature de cette dernière, loin des oukases de Louis Sarkozy. Le fils de l'ancien président de la République, après avoir juré la main sur le cœur, quelques jours avant le premier tour, qu’il n’adhérait pas aux méthodes du « front républicain », adjurait une semaine plus tard les Mentonnais de ne pas céder les clés de la ville « à l’extrême-droite ». « Les gens ont pu apprécier Alexandra Masson en tant que personne et en tant qu’élue », se réjouit auprès de BV un acteur mentonnais. Les urnes ont parlé. Sur cette terre profondément à droite, le RN supplante désormais Les Républicains, rayés du paysage. Dans quelques jours, la députée-candidate abandonnera le palais Bourbon pour devenir la première magistrate de la « perle de France ».

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Je ne suis pas dans la tête de Louis Sarkozy mais je pressens qu’il va se comporter en électron libre et ne respectera pas les consignes de son appareil politique. Je lui trouve des qualités d’orateur indéniables, à mon avis on sera amené à le revoir malgré ce camouflet. L’inconnue est de savoir s’il va s’émanciper de la matrice idéologique de son père.

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