[MUNICIPALES] « Ça sent la fin de règne » : à Nice, Éric Ciotti en embuscade

Si Christian Estrosi est battu, la stratégie d’alliance UDR-RN sera validée. Reportage.
photo YMS

Dans la cité méditerranéenne, le scandale de la tête de porc déposée au domicile de Christian Estrosi est sur toutes les lèvres. Selon les derniers éléments de l’enquête, la piste privilégiée à ce stade serait celle de la « manipulation ». À Nice, le duel fratricide qui oppose Christian Estrosi à Éric Ciotti tourne à la mauvaise galéjade.

Cette fin de campagne prend une tournure improbable. Le 27 février dernier, une tête de porc accompagnée d’une photo du maire sortant, affublée d’une étoile jaune, est retrouvée sur le portail du domicile de Christian Estrosi. Sur le papier, c’est l’acte antisémite odieux par excellence. Laura Tenoudji, épouse de l’édile, est de confession juive et Christian Estrosi est un fervent défenseur de la communauté israélite. Après les attentats du 7 octobre, le drapeau israélien flotta un an et demi durant sur le fronton de la mairie.  Pourtant, deux semaines après la sordide découverte, la piste de la « manipulation » est privilégiée par les enquêteurs. Deux hommes, dont la garde à vue a été prolongée ce mercredi 11 mars, sont une « connaissance » du maire de Nice pour le premier et un ancien policier des renseignements qui exerce aujourd'hui « des activités de détective privé », révèle Le Parisien. Le premier a été en « contact téléphonique et physique » avec les deux Tunisiens de 36 et 38 ans qui ont été mis en examen, vendredi dernier, et qui pourraient être les auteurs des faits. Par ailleurs, des liens entre les deux étrangers et une très proche collaboratrice estrosiste ont été révélés.

Une campagne qui part en eau de boudin

« Manipulation par qui ? Dans quel but ? Organisée ou initiative personnelle ? L'enquête devra le déterminer, mais aujourd'hui, nous entendons des gens qui gravitent autour de la municipalité actuelle », confie une source proche de l’enquête, à BFM TV. Christian Estrosi s’est dit « victime d’une barbouzerie inédite », allant même jusqu’à accuser le milliardaire catholique Pierre-Édouard Stérin et les réseaux de « l’ultra-droite ». En conférence de presse, ce jeudi 12 mars, il a dénoncé une « machination ignoble », souhaitant que « la vérité totale soit faite par la Justice sur cette affaire ». Quant à l’entourage du maire, il plaide « la tentative d’infiltration de l’équipe de campagne ».

Assiste-t-on au coup politique le plus tordu mais, surtout, le plus raté de ce XXIe siècle ? L’enquête le dira. C’est dans ce contexte invraisemblable que les Niçois vont se rendre aux urnes, ce dimanche 15 mars.

Un scrutin qui, selon les derniers sondages, pourrait tourner à l’avantage d’Éric Ciotti, crédité au premier tour, selon les cas de figure, de 45 % des voix, creusant l’écart avec son adversaire, qui ne rassemblerait que 27 % des suffrages. Serait-ce l’élection de trop, pour Christian Estrosi, qui règne en maître sur la ville depuis 2008 ? « Quatre mandats, ça fait un peu beaucoup. » Dans les rues de la vieille ville, les passants dissertent. Bien que Mireille pense que « Nice s’est améliorée », elle votera Éric Ciotti, dimanche, car « il faut changer un peu ». Un sentiment bien présent dans la capitale des Alpes-Maritimes. « Depuis deux ans, notamment, on sent le vent tourner, nous confie un bon connaisseur des arcanes de la mairie, c’est une ambiance fin de règne. »

Éric Ciotti, patience et longueur de temps

Dans l’ombre, Éric Ciotti a tissé patiemment sa toile. « Il a labouré le terrain pendant des années et récolte aujourd’hui les fruits », constate, auprès de BV, un Niçois implanté. Enterrements, tournois de pétanque : l’ancien président du département était partout, à l’inverse du maire en place. « Ces derniers temps, Christian Estrosi, on le voyait pas », explique cet habitant. Une impression partagée par certains élus. « Il vit de plus en plus à Paris, nous confie un parlementaire LR du département. Il est plus parisien que niçois, et ça, les gens s’en sont rendu compte. » À Nice, si la campagne est locale, le scrutin sera national. « Si Ciotti gagne, c’est que les gens ont voté pour des raisons nationales », affirme un commerçant. Christian Estrosi a été élu alors qu’il était une figure de l’UMP dans une ville très à droite, peut-être la plus à droite de France. Nice, c’est la dynastie Médecin, Jean puis Jacques, deux maires père et fils qui ont profondément marqué la cinquième ville de France. C’est ensuite Jacques Peyrat, ancien député FN qui dirige la mairie durant treize ans en basculant au RPR. En 2002, Jean-Marie Le Pen obtient 29 % au second tour de la présidentielle (la moyenne nationale est de 18 %). Au dernier scrutin municipal, en 2020, le score du RN, emmené par le très enraciné Philippe Vardon, est le plus important des grandes villes, avec 21 %.

Si Éric Ciotti emporte la ville de Nice, c’est la validation de sa stratégie d’alliance avec le RN. Le président de l’UDR connaît sa ville. La macronisation avancée de Christian Estrosi, puis son passage à Horizons, laisse une place de choix à l’actuel député des Alpes-Maritimes qui peut bénéficier du vote d’une bourgeoisie qui n’a jamais été fâchée avec les idées patriotes - bien au contraire. Éric Ciotti a donc fait une campagne locale, sans chercher les clivages. Les enjeux nationaux se chargeront de départager le duel des deux frères ennemis. Personne, ici, n’a oublié l’ancienne proximité des deux hommes. Du temps où, en 1988, Éric Ciotti était l’assistant parlementaire d’un Christian Estrosi tout nouvellement élu député. « Ce n’est plus le même Christian Estrosi que lors de sa première élection, confie, à BV, le sénateur LR Henri Leroy, il a évolué, pour moi, de façon inacceptable alors qu’Éric Ciotti est resté très ferme sur ses convictions, sur ses objectifs. » Si c’est un duel d’hommes, comme un passage au tribunal pour régler les drames d’un divorce, cette élection se joue aussi et surtout, donc, sur un terrain très politique. Sanctionner ou adhérer à cette ligne des Républicains confondue dans le macronisme comme l'incarne Édouard Philippe.

Le test national

Nous retrouvons Éric Ciotti à la Tête carrée, un monument emblématique de la ville où le candidat est venu réaffirmer devant la presse ses ambitions culturelles pour la ville. De la polémique qui agite la campagne, il ne dira mot. Il trace son chemin. Et laisse son adversaire englué. Lui se réjouit des nombreux soutiens locaux dont il bénéficie, comme celui du président du département LR, Charles-Ange Ginésy, ou celui du sénateur LR Henri Leroy. Au niveau national, c’est par exemple le général Christophe Gomart, eurodéputé LR, qui est venu le soutenir, s’affirmant être partisan de « l’union des droites ». Au point que Gérard Larcher a plaidé, ce mercredi 11 mars sur France Inter, pour l’exclusion de tous les Républicains qui feraient alliance ou qui soutiendraient le RN ou l’UDR. « Ce sont les derniers soubresauts d’un vieux monde déchu, commente, auprès de BV, Éric Ciotti. Si monsieur Larcher veut virer les seuls élus courageux, il ne restera plus grand monde, chez les Républicains. » Pour le président de l’UDR, qui sent une « puissante volonté de changement » qui porte sa campagne, le choix est naturel : « 80 % des sympathisants LR veulent une alliance des droites. » Ce n'est pas un hasard si, ce jour là, Hanane Mansouri, secrétaire générale de l'UDR, est présente à Nice. La jeune députée de l'Isère est venue apporter son « soutien personnel » à Éric Ciotti. Elle retrouve les deux députés maralpins, Christelle d'Intorni et Bernard Chaix, fidèles ciottistes de la première heure.

A Nice, l'enjeu est de taille, pour la droite nationale. Être le phare d'une alliance conquérante et victorieuse, ou ne pas être.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 14/03/2026 à 9:34.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

30 commentaires

  1. L’important n’est pas pour Nice une tête de porc, mais de se débarrasser de ce représentant typique de la droite molle qui nous vaut en fin de compte l’état lamentable de notre pays dans de nombreux domaines où par pure et simple lâcheté la droite a laissé faire la gauche. Estrosi en est un exemple typique. Dehors !

  2. La visibilité du lien UDR-RN c’est national, c’est pour la suite. Beaucoup de niçois en ont marre d’Estrosi. N’oublions pas qu’il a démoli un théatre et une bâtiment (certes moche) avec une salle de concert/conférence en très bon état en centre ville pour son obsession de mettre du vert partout. Des parcs partout peuplés en journée par les migrants et les fumeurs de cannabis. Culturellement, c’est une grosse perte pour la ville. Récemment deux affaires, cette tête de cochon puis la vidéo où il s’excuse de son soutien à Israël auprès d’associations musulmanes. Les niçois veulent du changement.

    • @Dany

      Si lutter contre l’islamisation avec le RN est peine perdue, avec qui alors? D’après les sondages, le RN c’est plus de 30% des voix et Bardella et même estimé à 36%. Ce n’est qu’une vue instantanée autour du 13 mars 2026. Mais il n’empêche que le RN est nettement devant Reconquête et les autres…

    • Etre bien placé dans les sondages ne prouve pas que ce parti veut réellement lutter contre l’immigration..par contre sa chef prétend l’islam « compatible avec la republique »( comme en Iran ou en algerie ans doute) et vote la loi darmanin qui regularise 10000 clandestins pas an de plus au titre des
      tres macronistes  » métiers en tension »…
      On peut se référer pour se rassurer a la phrase de Pasqua sur les promesses,mais croire que le RN va se « rediaboliser  » vis a vis de la gauche apres une élection victorieuse c’est juste un fantasme…la plupart des cadres de ca parti sont d’anciens LR ou meme socialistes…qui se sont replacés…

  3. Pauvre Larcher. Il a 40 ans de retard. S’il doit exclure tous les élus de son parti qui sont poussés par leurs électeurs qui veulent l’union des droites… Dommage qu’il n’y ait plus de cabines téléphoniques, ça lui ferait de belles salles de réunion pour lui, Wauquier et Retailleau… Il en est rester à Michel Noir qui, en 1987 professait « qu’il valait mieux perdre une élection que perdre son âme ». On a vu ou ça l’a mené : il a perdu les élections Et son âme. Grâce à Larcher, Rachida Dati risque de perdre Paris.

  4. Habitant Nice depuis 7 ans ,je peux vous dire que cette ville s’est dégradée à une vitesse !! Incivisme,insécurité,fiscalité..Il est temps que Monsieur Estrosi ,avec ses retournements de vestes ,ses reniements etc ..parte en vacances !!!!

    • Habitant la France depuis plus de 7 ans, je peux vous dire qu’il n’y a pas qu’à nice qu’il y a dégradation.
      La question concernant Estrosi est , la dégradation à Nice est elle pire ou moindre que dans le reste du monde?

      • Si vous etes citoyen du monde que faites vous sur ce media ? Et pour habiter en europe de l’Est depuis plus d’un an , je peux vous dire que non, la situation s’ameliore dans de nombreux pays geres par des hommes d’etat qui aiment leur nation et leur peuple .!

      • Effectivement , La politique du « en meme temps  » de notre « Mozart » guidée par ses sbires Castaner,Taubira,Belloubet,Dupont Moretti et consorts nous a « tiers mondisès  » .. Ce que je reproche à Monsieur Estrosi c’est de sa compromission avec une certaine « catégorie de personnel  » niçois ..comme on disait au bon vieux temps de l’ORTF !!!

      • le reste du monde n’est pas l’enjeu des municipales ! Si Nice s’est dégradé elle n’est pas différente du reste de la France, ou TOUT c’est dégradé depuis Macronminus, tout et partout, et il faut que çà cesse !

  5. J’aime beaucoup Eric Ciotti , il est courageux et me semble crédible . Y compris pour fédérer la droite .
    Pourquoi pas les élections présidentielles ? Il me semble le plus crédible à cette place si Marine Lepen est déclarée inéligible .

    • Estrosi se croit en pays conquis et propriétaire de Nice. Il oublie qu’il Brest que de passage et son étape à assez durée c’est un macroniste arriviste qui doit partir. Ciotti est chez lui à Nice et il fait preuve d’un franc parlé et d’une volonté responsable pour apporter du changement nécessaire à cette belle ville notamment au niveau de la sécurité et de la politique sociale un peu trop marquée.

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