[MUNICIPALES] Bordeaux : l’espoir de l’alternance après six ans de chienlit écologiste

À Bordeaux, la gauche écolo pourrait faire les frais de son triste bilan.
Photo de Czapp Árpád: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/ville-circulation-trafic-paysage-7443973/
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Coup de théâtre à Bordeaux. Au soir du premier tour, le maire sortant Pierre Hurmic était arrivé en tête, avec 27,68 %, mais talonné de près par le candidat macroniste Thomas Cazenave (25,58 %). Un troisième candidat, lui aussi centriste, l’économiste Philippe Dessertine, avait rassemblé 20,20 % des voix. L’écologiste semblait alors bien parti pour tranquillement décrocher un second mandat. Mais, à la surprise générale, M. Dessertine a retiré sa candidature, mardi en fin d’après-midi, alors qu’il jurait qu’il irait jusqu’au bout. « Nos 20,2 % sont insuffisants et je dois me rendre à l’évidence. Je me retire parce que je ne peux pas gagner », s’est résigné l’économiste, sous les ovations de ses militants scandant son nom.

Dans cette nouvelle configuration, Thomas Cazenave a de réelles chances de s’imposer. « C’est une nouvelle campagne qui commence, s’est empressé de déclarer le député Renaissance. Dimanche, les Bordelais auront un choix clair entre deux projets, celui que nous portons, pour une ville ouverte, et le projet de la continuité, dans une ville qui s’est beaucoup repliée, avec une équipe qui a beaucoup nié les problèmes. J’appelle les Bordelais à se mobiliser massivement pour l’alternance, dimanche. » En revanche, pour le maire sortant, Pierre Hurmic, qui était apparu la mine grave, au soir du premier tour, ce scénario est un coup de massue. Les équipes de l’écologiste, qui ne s’attendaient pas à un face-à-face « aussi serré », ont appelé « toutes les forces de la gauche et les abstentionnistes » à s’unir à eux pour « faire barrage au retour en arrière mortifère de la droite à Bordeaux ».

Les écologistes bordelais au banc d’essai

C’est en juin 2020, en pleine pandémie de Covid-19, que Pierre Hurmic a été élu à la mairie de Bordeaux. Avec un taux de participation en dessous des 37 %... L’avocat sexagénaire avait alors profité d’une vague verte qui avait déferlé sur la France et amené aux manettes de plusieurs grandes villes des écologistes à l’expérience souvent fragile.

Au terme de ces six longues années de règne, le bilan du maire bordelais est clairement négatif. C’est notamment l’idéologie écologiste radicale de l’équipe en place qui a fortement déplu à la population. « Quand je suis arrivé en 2020, j’ai décrété l’urgence climatique. On a été amenés à réinventer la ville de Bordeaux ! », plastronnait encore l’édile, le 10 mars dernier, dans L’Obs. Cette magnifique « réinvention » s’est illustrée de la plus belle des manières par la suppression symbolique du traditionnel sapin de Noël devant l’hôtel de ville, remplacé par une horrible structure de verre et d’acier, coûtant la bagatelle de 130.000 euros… Entre autres décisions purement idéologiques, on retiendra aussi le projet de couvrir de magnifiques panneaux solaires la base sous-marine – budgété à 6 millions d’euros – confié à EverWatt… société placée en liquidation judiciaire l’été dernier.

Mais la principale critique des Bordelais envers leur maire porte sur sa gestion inconséquente de la circulation automobile. Une politique jugée « anti-voiture » qui a eu pour conséquence de compliquer la vie quotidienne tout en pénalisant les commerçants du centre-ville. Chapeau, l’artiste ! Dans l’opposition, Thomas Cazenave a, aujourd’hui, beau jeu de dénoncer une circulation qui « a été rendue très compliquée », quand d’autres notent même que Bordeaux est devenue la « deuxième ville la plus embouteillée de France ».

Insécurité en hausse, économie en berne

Pierre Hurmic est également mis en cause sur le sujet de la sécurité. S’il tient à rappeler qu’il est le premier maire écologiste à avoir accepté d’armer certains de ses policiers municipaux – « J’ai considéré que je n’avais pas le choix », explique-t-il –, son opposition lui reproche d’avoir tardé à prendre le sujet au sérieux et d’être resté soumis à une équipe municipale aveugle aux réalités de terrain. La question de l’éclairage public cristallise les tensions. En pleine crise énergétique, en janvier 2023, la municipalité avait en effet pris la décision ahurissante de plonger la ville dans le noir entre 1 heure et 5 heures du matin dans le but de faire des économies d’énergie. Les délinquants et malfaiteurs de tout poil n’en demandaient pas tant. Face aux critiques, l’édile a rapidement été contrait de reculer et de rétablir l’éclairage toute la nuit dans les zones pudiquement dites « stratégiques », et jusqu’à 2h30 dans les artères fréquentées. Un rétropédalage insuffisant pour ses adversaires, qui observent une insécurité grandissante dans les rues de la Belle endormie.

Sur le plan économique, enfin, le bilan est également sans appel. Baisse d’attractivité de la ville, baisse de fréquentation liée aux restrictions de circulation, taux de vacances des locaux commerciaux qui dépasse les 10 %… De son côté, le candidat centriste Thomas Cazenave déplore un net « repli économique » de la métropole bordelaise, avec des fermetures de commerces en hausse. De quoi lui permettre de renverser la majorité écolo et prendre les rênes de Bordeaux ?

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

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