Minneapolis : peut-on vraiment comparer la mort de Renée Nicole Good à l’affaire Nahel ?

Sur les réseaux sociaux, des Français voient dans la mort de l'Américaine un « remake » de l'affaire Nahel.
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On la voit stationnée au milieu d’une route enneigée, au volant de son imposant SUV, à proximité d’un agent de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) qui lui crie d’arrêter sa voiture en la mettant en joue. Elle fait légèrement reculer son véhicule, braque son volant pour tourner dans la direction opposée et appuie sur l’accélérateur, juste avant que l’homme armé ne tire en direction de sa tête. Depuis ce mercredi 7 janvier, la vidéo de la mort par balle de Renée Nicole Good, à Minneapolis, fait le tour du monde et suscite une vive émotion. Aux États-Unis, elle est à l’origine d’un immense rassemblement sur les lieux du drame, qui a réuni ce mercredi plusieurs milliers de personnes venues lui rendre hommage. En France, où l’événement tragique a été très suivi et relayé par la presse, certains y trouvent une autre saveur : « Comme un goût de Nahel », dit-on.

Un « remake » de l’affaire Nahel, vraiment ?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes évoquent ce qui leur semble être « un remake » de la mort du jeune homme décédé en juin 2023. « Les États-Unis viennent littéralement de vivre un événement similaire à l’affaire Nahel » ; « comme Nahel, elle a été abattue par un flic raciste qui se croit tout permis » ; « comme Renée, il ne représentait aucune menace pour les flics » ; « c’est sensiblement comme le meurtre de Nahel à Nanterre ». Le jeune homme de 17 ans était mort sous la balle d’un policier alors qu’il se refusait à un contrôle et après avoir accéléré brusquement, alors que l’agent se trouvait à proximité du véhicule. Tout comme avec Renée Nicole Good, aux États-Unis, la hiérarchie de ce dernier avait invoqué la légitime défense. Mais c’est peut-être ici que la comparaison prend fin.

Car, contrairement à Nahel Merzouk qui n'avait pas de permis de conduire, cette mère de 37 ans, bien que présente à proximité d’une manifestation anti-ICE, n’était pas en situation illégale au volant de son véhicule lorsqu’elle a été tuée. À la différence du jeune homme, elle n’était pas défavorablement connue des services de police pour refus d’obtempérer répétés ni pour conduite sans permis d’un véhicule immatriculé à l’étranger, des infractions régulièrement associées aux réseaux de narcotrafic. Elle n'avait pas été aperçue quelques instants auparavant à des vitesse atteignant 116 km/h en pleine agglomération. Non, Renée Nicole Good n’était pas comme cela. Et même s’il est encore trop tôt pour déterminer si le tir mortel peut ou non être qualifié de légitime défense, le contexte et le parcours de Renée Nicole Good ne permettent pas d’en faire une figure instrumentalisée par l’extrême gauche, opposée artificiellement aux forces de l’ordre pour justifier les comportements des voyous.

Une poète et mère de trois enfants

Peut-être a-t-elle opposé une résistance, comme l’a affirmé le ministère de la Sécurité intérieure, qui l’a décrite comme une « violente protestataire », allant jusqu’à soutenir qu’elle aurait tenté de renverser des agents « dans l’intention de les tuer ». Une version que semble toutefois contredire la vidéo largement diffusée. Sans doute aurait-elle dû s’arrêter, et rien de tout cela ne serait arrivé. Mais une chose est certaine : son profil de mère de famille sans histoire ne peut être assimilé à celui de Nahel.

Née dans le Colorado et récemment installée à Minneapolis, Renée Nicole Good était mère de trois enfants. Le matin du 7 janvier, elle venait de déposer à l’école son plus jeune fils, âgé de six ans, a rapporté CNN. L’enfant se retrouve aujourd’hui orphelin, après la mort de son père en 2023. Ses deux aînés, issus d’un premier mariage, ont 15 et 12 ans. Ces dernières années, elle était principalement mère au foyer, après avoir travaillé comme assistante dentaire puis au sein d’une coopérative de crédit, selon son ex-mari.

Sa famille la décrit comme « l’une des personnes les plus gentilles » qu’elle ait connues. Sa mère affirme qu’elle ne participait pas à la manifestation anti-ICE et ne lui connaissait aucun engagement militant particulier. « Elle n’avait rien à voir avec tout cela », a-t-elle confié au Minnesota Star Tribune. Son ex-mari a livré une version similaire à l’agence AP, assurant ne l’avoir jamais vue participer à une manifestation. Chrétienne fervente, selon lui, engagée plus jeune dans des voyages missionnaires en Irlande du Nord, elle aimait chanter, avait intégré une chorale au lycée et avait étudié le chant à l’université. Elle s’était également formée à l’écriture créative à l’université Old Dominion, en Virginie, où elle avait remporté un prix en 2020 pour l’un de ses textes. Depuis, elle se décrivait sur ses réseaux sociaux comme une « poète ».

Alors mettre ces deux destins sur le même plan, au nom d’une indignation uniforme, revient à nier les contextes, les parcours et les responsabilités de chacun. L’émotion ne saurait servir de raccourci : toutes les morts sont tragiques, mais toutes ne relèvent ni des mêmes causes ni des mêmes réalités.

Vos commentaires

70 commentaires

  1. Il est vrai qu’en Amérique, ça ne rigole pas quand on ne respecte pas la loi… Les flics descendent des shérifs d’autrefois : on tire d’abord, on discute après… Heureusement, les notres sont quand même un peu plus civilisés.

    • C’est faux! Aux US les flics tirent rarement illégalement ou trop vite.
      Ce qui est vrai c’est qu’ils ont moins d’ennuis que les nôtres s’ils ont respecté les règles,

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