Mettre les enfants au cœur des décisions publiques. Et pourquoi pas leur confier le budget ?

Madame Sarah El Haïry demande de « faire entrer la parole des enfants dans les décisions publiques ».
Capture d'écran
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Mardi dernier, à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’enfant, Mme Sarah El Haïry, notre « haute commissaire à l'Enfance » (celle qui, lorsqu'elle était ministre, demandait de ne pas jeter l'eau propre sur l'ensemble des professionnels !), publiait une tribune dans Le Huffington Post. Elle y demande de « faire entrer la parole des enfants dans les décisions publiques ».

De l’enfant muet à l’enfant roi

Il est loin, le temps honni où l’on disait aux enfants « mange ta soupe et tais-toi », aux adolescents « laisse parler les adultes » et aux élèves « écoute ton professeur ». Un temps où l’on pouvait donner une heure de colle à un sale gamin sans avoir à remplir trois pages pour se justifier auprès de la hiérarchie, sans risquer un coup de couteau du grand frère à la sortie des cours et sans devoir appeler un avocat pour se défendre devant le rectorat.

Entre les géniteurs et leur progéniture, les rapports ont changé. Aujourd’hui, bébé lui-même est une grande personne qui doit consentir au changement de ses couches – my body, my choice –, comme nous le signalait ici Samuel Martin. Aujourd’hui, on emmène aussi des petites filles voilées à l’Assemblée nationale et l’on pratique en douce des excisions dans les fonds de cuisine du 9-3.

Mme El Haïry tient à nous le rappeler : « Les enfants sont des sujets de droits et non une propriété des adultes. » « Nous, adultes, avons longtemps parlé à la place des enfants. Souvent, même, nous avons prétendu savoir ce qui était bon pour eux sans les consulter. Or, les enfants ont une voix », dit-elle. Elle ajoute : « Ils ont des choses à dire sur leur quotidien, leur avenir, leur monde. Et cette voix ne doit pas être symbolique. Il s’agit pour eux d’un droit à participer aux décisions qui les concernent et son (sic) écoute constitue pour nous un devoir. » Aussi bien, écrit-elle, « il est temps de franchir une étape décisive : faire entrer la parole des enfants dans la décision publique ». Cela, à tous les niveaux : dans les écoles, avec les conseils d’enfants ; dans les villes, avec les conseils municipaux des enfants et des jeunes ; et maintenant au niveau de l’État, où elle souhaite systématiser « les consultations directes, claires et adaptées à l’âge ». Enfin, pour que la révélation des décisions clairvoyantes de nos chers enfants soit totale, elle souhaite que « leur regard [puisse] exister, comme une pensée à part entière ».

Pour qui, pour quoi, de qui parle-t-elle ?

Certes, Mme El Haïry dit des choses d’évidence, mais une question insidieuse vient nous titiller la cervelle : pour qui, pour quoi, de qui parle-t-elle ? À quoi, à qui pense-t-elle ? Qui ignore que son enfant est une personne ? Pense-t-elle aux parents qui voudraient lui faire passer le concours de l’ENA dès la maternelle, à ceux qui les trimballent du cours d’anglais au cours de poney en passant par la harpe, sans un instant de répit ? Pense-t-elle à ceux qui les laissent traîner en bas de la cité jusqu’au milieu de la nuit ? Ceux qui ramassent l’argent du chouf et servent de nourrice aux copains ? Aux voleurs, aux violeurs ? Aux militants qui leur prédisent l’apocalypse climatique quand ce n’est pas le changement de sexe pour guérir de l’acné juvénile ?

Sarah El Haïry appelle de ses vœux « le moment de basculement », celui où l’enfant sera partie prenante de la décision publique. C’est bien. Sauf que de basculement en basculement, on n’en finit plus de tomber… car il faut bien se poser la question : de quelle ornière le génie enfantin va-t-il nous sortir ? Quelles idées mirifiques pour notre avenir et le sien ?

Les deux sessions de trois jours, à la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, le 10 octobre dernier, permettent de s’en faire une petite idée. Le thème de ce « machin » dont raffole notre Président était : « École, vacances, loisirs… Voici comment les jeunes rêvent d’organiser leur temps ». Invités au Conseil économique, social et environnemental (CESE), à Paris, vingt ados de 12 à 17 ans, bien choisis n’en doutons pas, étaient invités à « repenser la manière dont s’organisent leurs journées, entre école, loisirs et repos ».

Autant le dire tout de suite, celle-ci n’a pas plus été suivie d’effets que les précédentes conventions citoyennes sur le climat et la fin de vie. Néanmoins, quelques grandes lignes s’en dégagent : « Tous partagent la même conviction, peu importe leur niveau scolaire : aujourd’hui, leurs journées sont bien trop remplies. » Trop de cours, une surcharge de devoirs, pas assez de loisirs. Cela, « sans parler de la pression monstre qu’ils ressentent à devoir tout mener de front, en attendant que s’ajoute à leur fardeau la question des examens ou celle de l’orientation… » Tous seraient disposés à rogner sur les vacances scolaires pour avoir des journées moins chargées. Un jeune Ernest, 13 ans, a potassé les chiffres de l’OCDE et en tire la conclusion que ce n’est pas le nombre d’heures de cours qui fait la qualité de l’enseignement. La preuve avec la France, « où les élèves passent plus de temps en classe que la moyenne mais ont de moins bons résultats scolaires ».

La conclusion de ces enfants prouve qu’eux, au moins, étaient pleins de bon sens : « J’ai peur que les politiques ne lisent pas notre rapport, que ce qu’on propose soit minimisé et qu’au final, ça n’ait servi à rien ! », a confié l’un d’eux. Bienvenue dans le monde adulte, mon garçon !

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

108 commentaires

  1. Mieux ne permettre l’accès à la présidence de la république que jusqu’à 7 ans aussi … en plus retraité à 7 ans wow le pied…. aussi pour les parents vu la paye.

  2. Est-ce que cette dame n’a pas l’idée de faire voter les enfants ? Après passage d’un propagandiste à l’école, la veille d’un scrutin, évidemment !

  3. On sent bien que Macron guide les pas de Madame, en bon ou mauvais père qu’il ne sera jamais, une bonne nouvelle pour les enfants.

  4. Selon Mme El Haïry : » Les enfants sont des sujets de droits et non une propriété des adultes ». Peut-être pourrait-on demander aux embryons s’ils sont d’accord qu’on les avorte ? Et, s’il échappent au massacre, leur laisser le choix du biberon : lait ou coca-cola ?
    On se rappelle l’histoire de l’enfant « sauvage »de l’Aveyron, trouvé dans les bois en 1797. S’il n’avait pas reçu quelques instructions et éducation, le docteur Itard qui s’occupa de lui n’aurait pas pu dire : « Le jeune homme aujourd’hui, distingue, classe les caractères de l’alphabet. Il fait plus, en prononçant sur un ton de voix ordinaire les mots lait, soupe. Il va chercher de suite les caractères nécessaires pour tracer ces mots ; il les assemble sur une planche, et compose le mot avec toute l’exactitude grammaticale. Chaque jour il acquiert un nouveau terme. Ce ne sont, il est vrai, que ceux qui ont un rapport immédiat avec ses besoins, mais ce sont les seuls qu’il soit même permis à un philosophe de lui présenter. Enfin le voici admis non seulement à communiquer avec nous ; le voici en possession de nos signes conventionnels. Il a franchi la limite ; il est sur notre territoire. »
    C’est l’éducation reçue qui permet de faire des choix. Sans éducation il n’y a pas de liberté et donc de discernement responsable.

    • Heureusement que de nombreux parents savent de quoi ils parlent et tous les jours, contrairement à cette dame aussi prétentieuse que déconnectée.

    • En effet, mon chat m’indique qu’il a envie de sortir, il vient me trouver pour me dire qu’il est l’heure pour manger, il frappe à la porte de rue pour rentrer, il connait la bouteille de lait, il sait quoi faire pour que je fasse ce qu’il veut, je pense qu’il s’agit d’un animal mais son éducation lui permet de faire des choix dans les gestes et attitudes,il est sur mon territoire au point de siester avec moi…

  5. Ah ! Ces macronistes moralisateurs et donneurs de leçons ! Voyez leur En Même Temps , ils sont pour l’avortement , pour la GPA , pour la transidentité , ils se moquent de la dénatalité qui touche la France et malgré tous ces choix sociétaux ont l’outrecuidance de vouloir accorder plus de droits aux enfants de France . Leur dessein serait-il de formater la progéniture des français contre l’avis de ces derniers ?

  6. on devrait être habitué maintenant, ça fait plus de 10 ans que ça dure. Une commissaire et un général qui disent comme leur chef qu’en même temps:  » nos enfants ont une pression monstre car ils doivent être sur tous les front » et puisqu’ils en ont trop il faut leur en donner plus « en leur donnant des responsabilités publiques donc politiques voire militaires ( se préparer à mourir sur le front ukrainien), ca coule de source non ?

  7. Dans ma ville, il existe un conseil municipal enfant ( sans pouvoir ) . Dans le temps, il y avait le conseil des anciens ( qui ont de l’expérience) mais ce n’est pas woke.
    Bientôt on va donner le droit de vote aux enfants de 5 ans ?

  8. Un adulte est un ancien enfant, non, alors pourquoi créer ce machin ? Pas convaincu par cette convention « citoyenne » émanation d’un comité Théodule, le CESE. Je ne crois pas que le sujet de la longueur des vacances scolaires ait été abordée…

  9. Mme Sarah El Haïry a raison, il faut que les enfants soient éduqués et instruits pour que leur parole puisse être entendue et prise en considération. Commençons donc par veiller à leur éducation par leurs parents et leur instruction par les services de l’État. Ensuite il sera temps d’en débattre. Toutefois, madame la haute commissaire, on ne remet pas en cause impunément l’autorité parentale et celle de l’État, par contre il vous faut effectivement vous assurer que cette autorité existe bien.

  10. Madame EL HAIRY peut bien faire les choix de vie qui sont les siens et ne sont, bien évidemment, pas critiquables.
    Que répondra-t-elle à son enfant qui lui demandera, un jour, qui est mon Papa ?
    Sans doute a-t-telle déjà préparé sa réponse.

  11. J’apprécie la prose de Marie DELARUE ; par contre il me semble que le » destin « de la France ainsi que ses finances ont déjà été confiés à un enfant immature depuis huit ans, non ? mais je ne veux pas non plus jeter « l’eau propre » car il faut économiser l’eau et la connerie aussi !

  12. Déjà que les grandes personnes ne s’entendent pas alors bonjour les dégâts madame au lieu de vous occuper de ça occupez vous des gens qui les maltraites ou les tuent Merci

  13. Il y a déjà suffisamment de personnes pas vraiment adultes à la tête de l’Etat et quand on voit comment parle et écrit cette personne (dire « dame » serait trop flatteur) et d’autres ministres ou anciens ministres, on se dit qu’il faut avant tout apprendre aux enfants à parler et écrire correctement.

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