LR : le strabisme politique d’un parti pris entre Macron et l’union des droites
« Si Gabriel Attal gagne la primaire du socle commun, les LR sont prêts à se mettre derrière lui et faire campagne pour lui. » La phrase, prononcée par Gérard Larcher sur France Inter le 11 mars, résume à elle seule le dilemme stratégique de la droite classique. En ouvrant ainsi la porte à un soutien à l’ancien Premier ministre macroniste pour la présidentielle de 2027, le président du Sénat assume la tentation d’une partie des Républicains de regarder vers le centre.
Gérard Larcher invente l’élection présidentielle à 6 tours ?
Le président du Sénat propose sa “procédure” pour une candidature Les Républicains rassemblant “du centre à la droite républicaine”, en excluant le Rassemblement national, en 2027. Il confirme s’aligner derrière… pic.twitter.com/So2ssNt7WL
— France Inter (@franceinter) March 11, 2026
Dans le même temps, la ligne officielle reste d’une grande fermeté vis-à-vis du Rassemblement national. Gérard Larcher a ainsi réaffirmé qu’il n’y aurait « pas d’alliance avec le Rassemblement national ou ses proxys ».
Même ton du côté de Xavier Bertrand. Invité de RTL, ce jeudi matin, le président de la région Hauts-de-France a appelé à une clarification brutale, estimant qu’« il faut clarifier et être intraitable » et que « ceux qui sont avec le RN, ou avec Mme Knafo ou avec M. Ciotti, n'ont plus rien à faire chez LR, dehors ».
#Municipales2026 : "Il faut clarifier et être intraitable. Ceux qui sont avec le RN, ou avec Madame Knafo ou avec Monsieur Ciotti, n'ont plus rien à faire chez LR, dehors"@xavierbertrand face à @ThomasSotto dans #RTLMatin pic.twitter.com/cd8OPqV19T
— RTL France (@RTLFrance) March 12, 2026
Une position vivement critiquée par Hanane Mansouri, députée et secrétaire générale de l’UDR. « Xavier Bertrand, à titre personnel, je n’ai jamais croisé un de ses électeur à la présidentielle », ironise-t-elle auprès de Boulevard Voltaire, dénonçant des responsables politiques qui chercheraient avant tout à « sauver leurs sièges ».
Ces déclarations illustrent le choix stratégique d’une partie des cadres du parti : refuser toute alliance avec la droite nationale.
Des électeurs qui regardent ailleurs
Le problème est que cette ligne politique semble de plus en plus en décalage avec l’évolution de l’électorat de droite. Selon un sondage Toluna-Harris Interactive pour RTL publié en décembre dernier, près de deux tiers des électeurs de droite se disent favorables à une alliance entre Les Républicains et le Rassemblement national, lors des prochaines élections. Si l’on élargit aux sympathisants de droite, plus de sept sur dix jugent souhaitable une coopération électorale entre les deux camps.
Cette évolution se retrouve aussi dans les effectifs du parti. Au moment de la primaire de la droite en 2016, Les Républicains revendiquaient près de 238.000 adhérents. Dix ans plus tard, ils n’étaient qu’un peu plus de 117.000 à jour de cotisation, en 2025, selon les chiffres communiqués lors de l’élection interne remportée par Bruno Retailleau.
Autrement dit, le parti gaulliste a perdu environ la moitié de ses militants en une décennie, une érosion qui accompagne le déplacement progressif d’une partie de l’électorat vers le Rassemblement national. Pour Hanane Mansouri, cette dynamique ne fait guère de doute. « La majorité des adhérents et des électeurs LR nous rejoignent ou nous le disent clairement », affirme-t-elle à BV, évoquant des adhésions en hausse, du côté de l’UDR.
La crise ouverte lors des législatives de 2024 a encore accentué ce phénomène. À l’époque président des Républicains, Éric Ciotti avait proposé une alliance avec le RN, provoquant une rupture historique au sein du parti. Depuis, l’ancien patron de LR a structuré cette stratégie autour d’une nouvelle formation, l’Union des droites pour la République (UDR), qui apparaît aujourd’hui comme une véritable porte d’entrée pour cette droite de plus en plus attirée par le Rassemblement national.
À la tête du parti depuis 2025, Bruno Retailleau se montre pour sa part particulièrement discret sur ces rapprochements pendant la campagne municipale. Contactés par BV sur ces alliances locales entre élus LR et candidats du RN ou de l’UDR, plusieurs cadres du parti ont refusé de répondre à nos questions.
Municipales : les ralliements qui embarrassent LR
Le phénomène dépasse désormais les cas isolés. Selon une enquête de Mediapart, pas moins de 575 candidats ayant figuré sur des listes de droite, lors des municipales de 2020, figurent aujourd’hui sur des listes du Rassemblement national, dont 45 têtes de liste. Le rapprochement entre la droite traditionnelle et la droite nationale se traduit donc déjà très concrètement dans les campagnes municipales.
À Paris, Aurélie Assouline, adjointe LR du XVIIᵉ arrondissement, a ainsi rejoint la campagne municipale de Sarah Knafo, candidate Reconquête. Dans la capitale, la question de l’union des droites est devenue un sujet central de la campagne. Sarah Knafo a publiquement proposé une alliance à Rachida Dati afin de rassembler les différentes forces de droite face à la gauche. Une main tendue que la candidate LR a fermement refusée, estimant qu’une telle alliance pourrait faire fuir une partie de son électorat de centre droit.
Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête et candidate aux élections municipales à Paris, sur les municipales dans #LaGrandeInterview : «Je propose à Rachida Dati que nous battions la gauche ensemble»
Toute l'info est à retrouver sur https://t.co/wCnzQBE1GX pic.twitter.com/NvB3mvJxtE
— CNEWS (@CNEWS) March 11, 2026
Dans le Sud, d’autres rapprochements illustrent cette évolution. L’eurodéputé LR Christophe Gomart et Charles-Ange Ginésy, président LR du conseil départemental des Alpes-Maritimes, ont notamment affiché leur soutien à Éric Ciotti à Nice. À Versailles, Olivier de La Faire, ancien LR devenu candidat de l’alliance UDR-RN, assume cette filiation politique : « On est sur les mêmes projets que le RPR des années 1980, une droite sociale et conservatrice. »
Ces dynamiques interviennent dans un contexte où le RN et l’UDR espèrent progresser dans plusieurs grandes villes. À Marseille, le Rassemblement national entend capitaliser sur ses scores élevés aux dernières élections nationales pour peser dans la bataille municipale face à une candidate LR en difficulté dans les sondages. À Toulon, ville longtemps dirigée par la droite classique, le RN reste solidement implanté et Laure Lavalette pourrait profiter des divisions de la droite traditionnelle. Et à Nice, la stratégie d’union des droites portée par Éric Ciotti devrait rebattre les cartes dans la campagne.
Pour Hanane Mansouri, ces recompositions locales ne sont que la traduction d’une fracture plus profonde : « Il y a, aujourd’hui, deux clans, chez LR : ceux qui s’allient avec la Macronie et ceux qui nous rejoignent », analyse-t-elle.
Un parti pris en étau
À mesure que la campagne municipale touche à son terme, le malaise stratégique des Républicains apparaît au grand jour. Entre cadres tentés par un rapprochement avec la Macronie et électeurs de plus en plus favorables à l’union des droites, le parti gaulliste se retrouve pris dans un véritable étau politique. Dans cette recomposition de la droite française, la question n’est peut-être plus seulement celle des alliances. Elle pourrait bien devenir celle de la survie même des Républicains.
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93 commentaires
Comment pouvez-vous qualifier LR de « parti gaulliste »? Inacceptable, ce parti centriste mou, européiste, mondialiste, OTANiste etc… est objectivement l’opposé du gaullisme, voire son principal ennemi.
C’est LR, devenu le parti de la droite molle, dont il faut se débarrasser le plus vite possible. Incapables de voir plus loin que leur réélection et de se préoccuper sérieusement des vrais problèmes de notre malheureux pays, leur lâcheté habituelle nous a conduit là où nous sommes.
Ce pauvre Xavier !! Aucun terme ne serait assez fort pour décrire le pauvre pauvre personnage , il vaut mieux que je ne fasse aucun commentaire précis car il coche toutes les cases de la médiocrité mais , Wauquiez, Larcher et ce sbire dehors aussi !! Parmi les gens de droite on peut citer Retailleau, Lisnard, Bellamy et Knafo Dati et Osrou les seuls valables. Les autres sont des palanquets d’arrivistes ou d’incompétents !!
Ah c’est beau la confiance ! Tous ceux que vous citez ont, soit trahis les français soit les trahiront. Il suffit de regarder ce qu’ils ont déjà fait (et pas d’écouter leurs paroles ; ex PPE3,vote du budget) ainsi que leurs votes au Parlement européen.
« On est sur les mêmes projets que le RPR des années 1980, une droite sociale et conservatrice. » Pas Dati qui est macroniste à fond et qui est dérangée par S Knafo. Les parisiens feront leur choix…
Droite/gauche, cela ne veut rien dire.
Le combat est natios/ennemis de la Nation.
Pas besoin de couper les cheveux en 4 : ultra gauche, extrême gauche, gauche « républicaine » (il parait que cela a existé? Pas vu), gauche, gauche molle, gauche momolle, centre, centre mou, centre droite, droite molle, droite pas très droite, droite « de gouvernement » (ça on l’a vu : des milliards de déficit, la faillite), droite dure, extrême droite, ultra droite; et pour finir : le clou du spectacle!
Les zeureslesplusombres de notre histoire, plus lebruidesbottes.
Tout cela pour permettre à des journaleux de ch*er du papier au dépends de selzéseu.
Ma méthode est simple, évite la surconsommation d’antidépressifs, un bienfait pour la sécu.
L’anti-parlementarisme a de beaux jours devant lui… Les LR qui – à mon sens, regroupent plus de réelles capacités que d’autres formations, ont fait une énorme erreur en ne s’inspirant pas de Ciotti. Au lieu de se dissoudre en chapelles de plus en plus petites , ils étaient en position de se maintenir voire de récupérer des électeurs, des anciens et des nouveaux. Cela supposait des deux côtés, une capacité, sinon de faire table rase mais au moins de ne pas s’accrocher à des « concepts historiques ».
Si vous aviez assisté comme moi à une réunion RN +Ciotti vous changeriez d’avis, ce jour là sur la ville de La Valette, cela volait très bas et Ciotti ouvrait à peine la bouche. S’allier avec un parti patriote de gauche est une erreur, des alliances avec de vrais droites ayant un programme de droite qui ne finirait pas de couler la France , oui, rien d’autre, mais comment expliquer à des électeurs dont 53% ne payent aucun impôt, de réfléchir ?
L’erreur,c’est de faire en sorte que des socialistes,des communistes et même des LFIstes soient élus grâce au fameux front républicain dont sont fiers quelques LR et ensuite reprocher à MLP et Bardella de faire une possible politique de gauche!
Vous ne trouvez pas qu’il y a comme une légère contradiction dans ce comportement?
Jusqu’à plus ample informé,les administrés des villes gérées par le RN ne semblent pas regretter leur choix.
Il ne s’ agit pas de la survie des LR mais de notre pays! Ces guerres d’ égo ( qui ne souhaitent que conserver leur poste) condamnent notre France à court terme désormais. L’ indéboulonnable Larcher avait déjà proposé des alliances électorales avec la présidente ( macronie) de l’ Assemblée Nationale, me semble-t-il ? A Montpellier ( largement à gauche) il y a 2 candidats issus du RN en ….2 liste différentes. ( Un se disant sans étiquette) La machine à perdre va bon train! Après 2027, il sera trop tard. J’ espère que les électeurs ( trices) patriotes voteront pour leurs convictions, leur avenir et non pour des….têtes de liste. « Vaincre ou mourir » disait le film vendéen.
Si le parti a perdu seulement la moitié de ses militants en 10 ans c’est que l’autre moitié est partie avant. A le voir on comprend que la chaire est bonne au sénat.
La place est bonne et le siège est confortable (d’après la facture). Pourquoi voudriez-vous que ce Monsieur opte pour un changement de régime ? Ça fait tellement longtemps qu’il se gave et que nous payons ses « frais de bouche » avec nos impôts.
Il y a tout de même plus significatif. Ce Mr a certes un tour de taille imposant mais il gère au mieux un vaisseau qui tempère les foucades d’une assemblée élue de bric et de broc.
Au moins avec les LR « macro-compatibles » comme Larcher, Bertrand, Copé et autres ,les choses sont claires… Il n’en va pas de même avec les Retailleau ,Wauquier et autres….incapables d’avoir une position cohérente et ferme..
La majorité des électeurs de droite sont favorables à l’union des droites, mais Larcher, Bertrand et Dati n’en ont cure de l’intérêt des Français. Ils ne pensent qu’à leurs postes (car ils en ont plusieurs). Honte à eux.
l’union des droites mais sans les LR car les LR ne représentent plus la droite depuis que darmanin, dati , retailleau, philippe, ont accepté d’être ministre de macdron et d’avoir fait barrage au RN
Si vous croyez qu’on avance à coup d’exclusives… Et puis vous en mêlez 4 qui ne sont différents entre aux.
Pendant des années je me suis demandé comment des hommes comme Retailleau, Lisnard, Bellamy pouvaient rester dans le même parti que Bertrand, Jeanbrun et autres clientèlistes. Mais j’ai cessé de m’interroger. LR, terminé pour moi.
idem , dés l’instant où ils ont rejoint macron comme ministre et comme soutien terminé plus jamais qu’il s’appelle tartempion, retailleau, philippe, ou darmanin
Aucune inquiétude, la droite se recompose toujours. Il faut additionner à Renaissance, Horizons, Modem, UDI, qui ont tous exactement les mêmes idées pour calculer le poids réel de LR.
En prônant l’alliance avec Attal, Larcher montre au grand jour son absence totale de convictions : comment les LR pourraient-ils s’allier un candidat qui, entre autres, défend toutes les dingueries sociétales progressistes et notamment la GPA ? Après ces municipales, j’espère que Retailleau va taper du poing sur la table sinon le parti LR disparaîtra définitivement, écartelé entre les macronistes et RN/Reconquête.
rien de nouveau chez LR, se rattacher au macronisme pour sauver leurs postes, parce qu’il y a renouvellement des sénateurs (la moitié)au mois de septembre 2026 des départements n°1 à 36 et 67 à 90 pour la métropole, autant dire que les LR vont se faire laminer.
j’espère qu’il vont se faire laminer