[LIVRES DE NOS MAISONS] Jean de La Varende, le manant magnifique

Le Normand écrivait pour l'honneur d'un monde catholique et royal révolu.
la varende

Il avait tout de l’aristocrate de province. Dans sa bâtisse normande, Jean de La Varende écrivait, avec sa bouffarde comme seul compagnon. Au milieu d’une collection de maquettes de bateaux pour celui qui ne voyagea guère, comme si seuls ses rêves et les héros de ses romans pouvaient ramener, en France, un univers imaginaire : un roi sur le trône et une société où seigneurs et paysans vivaient en osmose.

Jean Balthazard Marie Mallard de La Varende est né le 24 mai 1887 au château de Bonneville, dans l’Eure. Il grandit dans un univers de respect de sa lignée. Tant du côté paternel que maternel, les ancêtres de La Varende sont issus de la noblesse d’épée. L’enfant aime très tôt la littérature. À onze ans, Flaubert, Maupassant, Stendhal, Balzac, Barbey d’Aurevilly et Dostoïevski sont des écrivains que le petit Jean a déjà lus.

Une terre où paysans et hobereaux vivent en symbiose

Après des études aux Beaux-arts à Paris, il est cueilli en 1914 par la guerre comme tous les jeunes hommes de sa génération. Réformé pour raisons médicales (il souffrait de troubles cardiaques), il sert tout de même comme infirmier pendant les quatre années du conflit mondial, à l’hôpital de Vernon. De retour sur ses terres, il reprend la propriété familiale qu’il restaure durant sept années. En 1919, il épouse Jeanne Latham-Roederer, une jeune fille issue d’une famille alsacienne et protestante, qui a le bon goût d’être fortunée. Une aisance financière qui permettra de faire du château de Bonneville une demeure confortable et de laisser à son châtelain le loisir de s’adonner à ses passions, la peinture et les maquettes. Sacha Guitry écrivait, en 1932, à La Varende qui lui avait fait parvenir un catalogue d’une de ses expositions : « Mon cher, vous êtes sans nul doute doué pour l’architecture navale, mais avant, croyez-moi, vous êtes d’abord écrivain, alors un conseil, écrivez. »

C’est ainsi qu’à quarante-cinq ans, Jean de La Varende se met à écrire et fait paraître, en 1934, son premier ouvrage. Pays d’Ouche est très caractéristique de l’âme qui habite l’œuvre de l’écrivain. Dans un recueil de nouvelles, on y découvre une Normandie régie par les lois de la ruralité où les paysans sont attachés à leur terre autant qu’ils sont loyaux et redevables envers les hobereaux (petite noblesse de province) dont ils partagent les joies et les peines.

L’homme chanta sa Normandie natale, à travers ses personnages de cape et d’épée, qui mêlaient l’amour à l’honneur, l’aventure à la fidélité.

Man d’Arc, Le Centaure de Dieu (qui lui vaudra le grand prix du roman de l’Académie française), L’Homme aux gants de toile, Heureux les humbles, Le Cavalier seul. Ses héros sont à l’image du comte Roger de Tainchebraye (Nez-de-Cuir, paru en 1936), qu’Anne Brassié décrira dans une biographie (La Varende. Pour Dieu et le roi, Perrin, 1993) : « Tous les romans de La Varende sont des batailles, souligne-t-elle. Dans Nez-de-cuir, bataille contre la mort et la souffrance, contre la société, contre lui-même et ses désirs impérieux, contre les femmes, enfin contre Dieu. »

Le Normand écrivit aussi plusieurs biographies attachantes, parmi elles, les vies d’Anne d’Autriche, Don Bosco, Cadoudal, Le Curé d’Ars.

Les Manants du roi, œuvre de fidélité envers ses ancêtres

Celui qui vénérait ses ancêtres et le nom qu’ils lui avaient transmis expliquait que son grand-père avait émigré « par ordre », c’est-à-dire sous la contrainte et l’obligation morale de perpétuer la longue lignée des La Varende, celle qui en 1789 avait combattu dans la chouannerie. « Il y avait trente et une branches de ma famille, en 89… il est resté deux hommes, en 1805. Il y avait peut-être quarante manants, portant mon nom, qui ont été fusillés au bord des haies, qui ont été détripés le long des grands chemins, qui ont eu la tête coupée. » Alors, dans Les Manants du roi (1938), Jean de La Varende a voulu rendre hommage à tous ceux qui, depuis 1793 et ce jour où les Parisiens firent tomber la tête de leur monarque dans un panier, n’ont pas abdiqué le combat monarchique. De la duchesse du Berry aux lecteurs de l’Action française qui ne purent avoir des funérailles catholiques après la condamnation du mouvement de Charles Maurras prononcée par Pie XI, Jean de La Varende nous emmène, à travers onze nouvelles, dans un monde révolu où l’on vivait et mourait parfois, pour des idées.

L'écrivain meurt lors d’un déplacement à Paris, le 8 juin 1959, et sera enterré dans sa propriété normande.

La Varende a certainement pris la poussière dans votre bibliothèque. Allez lui rendre visite.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

9 commentaires

  1. la religion, la monarchie… que de malheurs engendrèrent-elles? Pas de regret, même si aujourd’hui la situation est catastrophique ! ( économie, sécurité/immigration, santé, éducation, agriculture, pollution, ). Bientôt le FMI va nous garroter. Mais ça ne fera pas tout…La déliquescence du tissu social est inéluctable, et la fin de notre « occident » approche.

  2. Il faut relire tous nos écrivains régionaux qui nous laissent en bouche le gout de la France.
    Pierre-Jakez Hélias, Henri Vincenot, Barbey-d’Aurevilly, Maupassant, Daudet, Michel Peyramaure, Marcel Pagnol , Jacques Duquesne , et ce florilège est loin d’être exhaustif.

    • La servitude? Je vous garantis qu’aucun Français de l’ancien régime n’aurait accepté ce que vous acceptez sans broncher de la république actuelle! Essayez donc de jouer au « charbonnier maître chez lui » ou au ‘Normand Sire de soi » avec votre actuel Président…

  3. La Varende c’est tout ce qui a disparu et qui continue à disparaître. La Varende c’est un autre monde .. il fut un temps où on vivait et où on mourait «  pour Dieu et le roi » ..ce temps a disparu avec les mousquetaires . Notre temps disparaîtra aussi et les Français afficheront d’autres couleurs d’autres dieux d’autre mœurs.
    Saurons nous nous souvenir et surtout serons nous plus heureux ?

  4. Pas dans la mienne, non plus. Il a éclairé mes 11-13 ans à Beyrouth en 56/58 ! Un grand écrivain , et un fervent d’une monarchie qui ait un sens… On a eu quand même un peu ça avec la constitution de 58×62 !
    Suivez avec Bainville et Gaxotte, salués par les Républicains ultra Aulard et Mathiez… Evitez-nous Bordeaux et Myriam Harris (encore que…), mais je prendrai bien à nouveau du Dekobra et de sa Madone des Sleepings ! Merci, monsieur Sévillia et bien à tous ceux de B.V. !

  5. « La Varende a certainement pris la poussière dans votre bibliothèque. » Pas dans la mienne, et je cherche encore à compléter ma collection de ses œuvres.

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