[LIVRES DE NOS MAISONS] Avec André Chamson, montez à l’assaut des Cévennes !

Chamson eut son heure de gloire dans les années 30 puis après guerre. Et même l'honneur des manuels.
s-l1200 (1) (1)

Dans les bibliothèques de nos maisons de famille traînent des livres délaissés. Leurs auteurs furent célèbres, peut-être… Leur gloire a passé. Cet été, BV vous propose de découvrir quelques-uns de ces écrivains ou de ces livres.

Pour découvrir les Cévennes, pour pénétrer le pays et l'âme, leurs raideurs et leurs broussailles, il existe quelques guides de choix. Il y a, bien sûr, le très célèbre Voyage avec un âne dans les Cévennes, transcription du voyage qu'effectua le jeune Stevenson en 1878. Il existe aujourd'hui un chemin de grande randonnée empruntant le même itinéraire, depuis le mont Mézenc jusqu'à Saint-Jean-du-Gard. Il y a aussi le sombre Épervier de Maheux, de Jean Carrière, qui valut à son auteur le prix Goncourt, un immense succès et une descente aux enfers qu'il exorcisa dix ans plus tard dans Le Prix d'un Goncourt. Et puis il y a, coincé entre les deux, pas assez romantique ni maudit, André Chamson (1900-1983). Il se fait connaître, dès 1925, par Roux le bandit, un réfractaire qui refuse d'aller combattre en 14-18. Deux ans plus tard, autres rudesses, celles du chantier et des ouvriers des Hommes de la route, celle qui va du Vigan au col du Minier. Chamson parlait, pour ce livre, d'un « roman sur le bonheur » ou d'un « roman sans histoire ». Modestie cévenole… En lisant les trois pages sur la mort de l'enfant quelques jours après sa naissance, un modèle d'épure classique, on sait qu'il n'en est rien et on comprend mieux la dureté des temps, et pas seulement cévenols. J'ai aussi en mémoire une scène d'inondation, de nuit, comme il n'y en a qu'au pied de ces montagnes.

De la gauche au gaullisme, un serviteur de la France exemplaire

Pur produit du protestantisme camisard et républicain, cet héritage le poussa à s'engager à gauche dans les années 30, mais en fit aussi un grand serviteur de l'État. Et un résistant : engagé volontaire en 39, de 40 à 45, il sauva nos chefs-d'œuvre évacués, au musée Ingres de Montauban et ailleurs, et il sauva des Juifs. Organisateur de la brigade Alsace-Lorraine avec Malraux, il s'engagea dans l'armée de De Lattre. Directeur des Archives de 1959 à 1971, il connut une évolution politique identique, appelant à voter de Gaulle en 1965.

Victime de plusieurs purgatoires...

Cette trajectoire politique ne fut sans doute pas pour rien dans l'éclipse que subit l'œuvre de Chamson après sa mort, en 1983. Car la gauche post-soixante-huitarde avait aussi ses oukases esthétiques : Chamson était trop classique, pas assez novateur, trop régionaliste. Trop français, aussi. Et un protestant pour qui Dieu comptait encore, comme on le voit partout dans son œuvre. Il n'en fallait pas plus pour l'effacer des manuels scolaires : j'ai mis trente ans à retrouver un extrait du Chiffre de nos jours, son autobiographie - et peut-être son chef-d'œuvre - qui m'avait marqué en classe de 5e. C'est sa fille, l'actrice Frédérique Hébrard, qui a encouragé la réédition de ses livres sous la forme de recueils d'œuvres complètes, par Omnibus : la Suite cévenole, la Suite camisarde et Les Livres de la guerre. Justice lui était rendue pour le centenaire de sa naissance. Il mérite aujourd'hui de retrouver une place dans les manuels scolaires de nos enfants, et aussi dans nos bibliothèques.

Picture of Frédéric Sirgant
Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

4 commentaires

  1. J’aime bien André Chamson. Je suis passé _ et arrêté_ sur sa tombe, dans les montagnes du Mt Aigoual, il y a peu. Auteur de bien beaux textes…

  2. Il faut évoquer aussi Elisabeth Goudge et sa série de romans délicieux, Mazo de la Roche et la saga de Jalna, et en France, Maurice Genevoix qui écrit si bien sur la nature, Georges Duhamel et la chronique des Pasquier, Henri Bosco et Malicroix, Roger Martin du Gard et les Thibault, et tant d’autres… qui ont fait notre bonheur.

  3. L’absence de commentaires des lecteurs, en dit long sur cet « éloge » d’un homme de gauche !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois