[LIVRE] Légion étrangère : Connaissez-vous ces hommes qui marchent là-bas…

Ce livre vous raconte qui sont « ces hommes qui marchent droit dans un monde qui part de travers… »
légion

Il a été simple légionnaire, sous-officier puis officier de Légion à titre étranger. Il a même commandé une compagnie au 3e régiment étranger d’infanterie, stationné en Guyane. On n’en raconte donc pas au capitaine Jean-Marie Dieuze - « un légionnaire ne se la raconte pas », écrit-il d'ailleurs - qui nous conte et raconte avec humour, sincérité et humilité sa Légion étrangère. Celle au sein de laquelle il a servi de 1983 à 2010 et qu’il continue de servir, aujourd’hui, comme réserviste et administrateur de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère.

La Légion par le petit bout de la lorgnette

Ce livre n'est pas une grande fresque comme celles qui sont accrochées dans les salles d’honneur des régiments ou les musées militaires. Non, l'auteur nous fait découvrir une Légion étrangère, en quelque sorte, par le petit bout de la lorgnette, par le détail, comme ces revues du même nom qui ponctuent le quotidien de Monsieur Légionnaire, notamment lors de sa formation où il apprend à faire les plis sur sa chemise de sortie. Et c’est là tout le charme, l’intérêt de ce livre, publié en juillet dernier aux Éditions Maïa. Avec une ambition que l’on devine à travers le titre : Connaissez-vous ces hommes qui marchent là bas… Effectivement, tout le monde ou presque connaît la Légion étrangère, cette troupe qui clôture de son pas lent et majestueux, hérité du régiment de Hohenlohe, le défilé du 14 Juillet, celle des combats de Camerone, de Bir-Hakeim ou encore celle qui sauta sur Kolwesi.

Qui est Monsieur Légionnaire ?

Mais sait-on vraiment qui est ce Monsieur Légionnaire, expression consacrée par respect pour le « simple » légionnaire ? Édith Piaf nous a bien chanté que ce légionnaire « sentait bon le sable chaud ». Plus récemment, en 1981, Jean-Paul Belmondo, dans Les Morfalous, campait un sous-officier de la Légion, le sergent Augagneur, pas jugulaire-jugulaire pour un sou. Du reste, en 2017, notre ancien, le général Maurin, qui commandait alors la Légion étrangère, n’en tint pas grief à notre Bebel national puisqu’il lui offrit un képi blanc. En 1983, l’année justement où le mineur de fond Dieuze quitta sa Lorraine natale pour s’engager dans la Légion, Vivien Savage, dans La P'tite Lady, chantait « J’vais pas t’laisser partir avec un légionnaire en perm… » Un légionnaire qui, selon l’imagerie d’Épinal, ferait en permission plus de cocus que de morts à la guerre. Mais tout cela ne nous dit pas vraiment qui est ce légionnaire. Ce garçon qui, un beau matin, a décidé de franchir les porte de la caserne ou du quartier.

« Un voyage initiatique »

« Ces hommes qui marchent là-bas... » Car le légionnaire est d'abord un marcheur. Pas du genre ahuri ou canard sans tête, comme ceux qui s’embringuèrent naguère dans une campagne qui commença comme Austerlitz et pourrait bien s’achever en Waterloo. Non. Le légionnaire marche dans le pas de ses anciens et s'inscrit dans une tradition, la Tradition. D'ailleurs, pour gagner son képi blanc, le jeune légionnaire, lors de sa formation initiale au 4e régiment étranger de Castelnaudary, va devoir marcher pendant deux jours sur cinquante à soixante kilomètres. Être légionnaire, nous dit le capitaine Dieuze, c’est en fait se laisser emporter « dans un voyage initiatique qui, au-delà des dures réalités de la vie d’un soldat, est aussi une quête de soi ». Le légionnaire va « là où personne ne va ». Comme dans la jungle guyanaise où « une humidité lourde, palpable et manifeste s’insinue dans chaque recoin, imprégnant l’air, le sol et même l’âme de ceux qui s’y aventurent ». Mais avant d’en arriver là, il y a l’apprentissage de la vie, du métier de légionnaire. Bien souvent dans les choses les plus modestes : celle, par exemple qui consiste à faire son lit au carré ou « prendre en main un fer à repasser avant même de pouvoir tenir une arme » !

Et les femmes de légionnaires ?

Dans ce livre, Jean-Marie Dieuze évoque aussi celles dont on ne parle que très rarement : les femmes de légionnaires. Peut-être les pages les plus touchantes de ce livre. La Légion étrangère est un « monde d’hommes, dans un univers austère, rude et viril, où semble s’être donné rendez-vous tout ce que la Terre comporte de mâles dominants, machos et phallocrates », écrit Dieuze, qui ne va pas se faire une copine de Sandrine Rousseau, où les femmes ont une place toute particulière. Ce sont « ces femmes simples comme la rosée du matin, conventionnelles comme des roses anciennes, élégantes et intemporelles… celles qui les regardent partir prendre le service, […] décamper à l’improviste pour une opération dont, souvent, elles ne savent ni la destination, ni pour combien de temps, ni même avec certitude, si retour il y aura... » Tout cela n’est pas très woke, vous en conviendrez, mais c’est ainsi. Suprême hommage, le capitaine Dieuze voit en ces femmes de légionnaires des « guerrières silencieuses ».

Achetez et lisez ce livre vrai, écrit non pas à la lueur des balles traçantes, comme on dit en plaisantant de ceux qui s'inventaient, jadis, des faits d'armes en écrivant à leur compagne, mais à celle du feu de bivouac, lorsque la section se repose après un long et harassant crapahut. Il vous raconte qui sont « ces hommes qui marchent droit dans un monde qui part de travers… » En plus, vous ferez œuvre utile puisque l’auteur a décidé de reverser l’ensemble de ses droits d’auteur au profit des œuvres sociales de la Légion étrangère. Respects, mon capitaine !

Pour commander le livre : Foyer d'entraide de la Légion étrangère.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

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