[LIVRE] Éducation minimum 2 : un antidote jubilatoire à la moraline bien-pensante

Un voyage mordant et érudit où humour, culture, causticité et spiritualité se mêlent à chaque page.
WhatsApp Image 2026-01-20 at 16.32.52

Chaque page de ce livre est une nouvelle surprise et surtout un voyage : dans le temps, l’histoire, la littérature, le cinéma et même en géopolitique ! Ne cherchez pas de logique dans l’enchaînement des sujets. L’auteur se plaît à nous balader, au gré de ses pensées, et nous inviter à piocher avec curiosité, dans une cinquantaine de petits chapitres aussi divers et variés qu'entre autres, les trains d’autrefois, Athènes, Madame du Barry, Churchill, la République, le pélé de Chartres, Jean Gabin, les Internets, les écrivains collabos ou La vérité si je mens ! L’ami Florac, qui n’est plus à présenter auprès des lecteurs de BV, passe ainsi avec un talent certain, et sans lien aucun, de la foi de Tolkien à l’exotisme du tango argentin.

Pour autant, aussi mince et si ténu soit-il, ce lien, ce fil conducteur qui permet à l’auteur de vraiment bien s’amuser, de nous éduquer et nous transmettre cette base de « réf » minimum, constitue en réalité un bagage culturel et intellectuel que tout « réac » digne de ce nom, se doit de maîtriser. De sa plume délicieusement corrosive, qui se fait admirative à l’évocation de la gent féminine (Natalie Portman, Romy Schneider, Coco Chanel, etc.), Florac donne autant de plaisir à le lire qu’il a dû en avoir à écrire ce nouvel opus.

Dans ce livre, on prie, on s’émeut, on bataille et on rit ; bref, on vit. Arnaud Florac nous ouvre magistralement les yeux sur la grandeur de la vulnérabilité et sur la petitesse de nos mondanités, tout ce qui constitue, en somme, les forces et les faiblesses de notre pauvre humanité. Derrière ces petites leçons de culture gé’, joliment illustrées par le dessinateur de presse Romée de Saint Céran, c’est tout un art de vivre et surtout une élévation spirituelle vers laquelle Florac tend à nous hisser. L’auteur, profondément patriote et enraciné, nous exhorte à l’élégance, la vraie : celle du don gratuit, de la complémentarité hommes-femmes, de l’amitié cultivée et la frugalité retrouvée lors des pélés, celle qui fuit les diktats de la mode au profit du « confort spirituel et physique » : « Tout ça, c’est indigne de vous. La sape, c’est la confiance en son propre goût. »

« De grands couillons pleins de certitudes »

Sans jamais vraiment se prendre au sérieux, Florac fait quand même mémoire de cette grandiose scène des Bronzés dans laquelle Clavier - en string - déclame du Saint-John Perse, il nous tire les larmes des yeux en évoquant les maisons de famille aux « toitures approximatives » et aux « greniers dont on n’a jamais fait le tour », nos grands-pères qui « aimaient les jeux de mots un peu laborieux » et avaient dans leur établi « des outils dont on ignorait l’usage » ou encore les trisomiques, ces « petits filaments de lumière » qui nous rappellent « ce que nous avons, nous, de meilleur, mais caché tout au fond de notre cœur de grands couillons pleins de certitudes ».

Si Florac est tantôt délicat, il maîtrise aussi bien l’art de se faire narquois et grivois. Parce qu’il est épris d’exigence et d’excellence, il dénonce autant le comportement folklorique de certains militants royalistes que le ridicule du cérémonial républicain. La politesse postmoderne et ses formules quotidiennes de « la fausse gentillesse expansive » (Prenez soin de vous, bel été, excellente continuation d'appétit !) ne trouvent grâce aux yeux de celui qui en appelle légitimement à « moins de politesse » mais « plus de tenue ». Si l’on veut bien, à ses côtés, fuir les « messes moches », relire La Varende « à la prose ironique et tendre, paysanne et aristocratique » et réhabiliter Charles Bovary, « le vrai romantique de l'histoire », on regrettera qu’il trouve l’auteur du lumineux poème La Vierge à midi « chiant ».

Véritable remède à la morosité ambiante et antidote jubilatoire à la moraline bien-pensante, on attend avec impatience la suite de ce concentré de culture et de peinture sans filtres de nos réflexes conditionnés. Il y a urgence à transmettre à notre société, avant qu’elle ne sombre définitivement dans l’inélégance et la médiocrité, cette éducation minimum, ce socle de valeurs que l’on doit partager.

Picture of Iris Bridier
Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

5 commentaires

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois