Les Franco-Algériens peuvent-ils faire basculer la présidentielle de 2027 ?

Localement, l’appui de la « communauté algérienne » semble déjà nécessaire, par endroits, pour être élu...
Photo Pexels / Element 5
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Le communautarisme triomphant. De passage sur la radio d’État Alger Chaîne 3, l’ancien député européen Karim Zeribi s’est félicité du poids électoral que ses compatriotes et lui-même auraient désormais acquis en France. « Nous sommes 5 millions !, a-t-il déclaré à l’antenne, pas peu fier. Si on se mobilise à 50 %, on pèse quasiment 10 % sur une élection présidentielle. Vous savez ce que c’est, 10 % ? C’est-à-dire que la communauté algérienne installée en France peut décider de qui est président de la République ! »

Sur X, beaucoup sont choqués par ces propos. « Voilà où nous en sommes : certains assument désormais que le destin de la France ne serait plus entre les mains des Français mais d’une communauté étrangère organisée en lobby électoral », déplore, par exemple, un internaute. « La loyauté de Zeribi va clairement à l’Algérie », observe une autre. « C’est un agent de l’étranger. Il a quitté CNews et c’est une bonne chose », ajoute un troisième.

Twittos de référence sur les questions de démographie, Marc Vanguard est plus mesuré. « Non, il n'y a pas 5 millions d'Algériens en France, et encore moins dans le corps électoral, conteste-t-il. À partir des données INSEE, même incluant les petits-enfants d'immigrés, les estimations les plus hautes s'élèvent à 2,7 millions. Ce n'est pas la première fois que les pouvoirs publics et lobbyistes algériens tentent d'intimider la France en exagérant les chiffres de leur diaspora. C'est intentionnel. »

Une communauté qui pèse lourd

Les statistiques ethniques ayant été précautionneusement interdites en France, nul ne sait précisément à combien se chiffre la diaspora algérienne en France. Si Marc Vanguard veut rassurer – tout en reconnaissant que les données de l’INSEE sont « peut-être » sous-estimées –, d’autres se montrent plus pessimistes. C’est le cas du très sérieux Thibault de Montbrial. En mars dernier, le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure déclarait, sur Europe 1, que le nombre d’Algériens, de Franco-Algériens ou de personnes d'origine algérienne en France se situait plutôt entre 3 et 7 millions. « Le chiffre de 7 millions m'a été donné par un conseiller d'un ministre régalien en off », confiait-il à un Pascal Praud sidéré.

https://twitter.com/RafaelSereti/status/1901733288906993739

Bien conscient de ce poids, le recteur de la grande mosquée de Paris avait exhorté les siens à « s’engager pleinement dans l’action citoyenne » lors des élections européennes de juin 2024. Chems-Eddine Hafiz avait ainsi appelé à soutenir les candidats qui « prônent l’inclusion et la diversité ». Comprendre : ne pas voter pour les candidats du Rassemblement national. Un appel reçu cinq sur cinq dans la presse algérienne. « Il s’agit d’abord de convaincre les Algériens de France d’aller voter en masse, avait traduit TSA, média algérien de référence sur Internet. Leur nombre n’est pas négligeable et s’ils votent en force, leurs voix ne seront pas éparpillées grâce au régime électoral appliqué aux élections européennes qui est celui de la représentation proportionnelle intégrale. » Ingérence étrangère, mode d’emploi.

Sur les sujets qui lui sont chers, cette communauté – qui constitue l’essentiel de ce que certains nomment la « rue arabe » - n’a nul besoin d’incitation à la mobilisation. Son poids seul semble intimider nos gouvernants et leur dicter, par exemple, le bon comportement à tenir sur la question du conflit israélo-palestinien. Il n’est pas interdit de penser, en effet, qu’Emmanuel Macron aurait sans doute participé à la Marche contre l’antisémitisme et soutenu plus activement l’État hébreu si la diaspora algérienne avait été moindre, en France.

Des bastions locaux

Localement, l’appui de la « communauté algérienne » semble même devenu désormais indispensable pour être élu. À Marseille, par exemple, face à l’ambassadeur d’Algérie en France, le maire socialiste Benoît Payan n’a pas hésité à déclarer que la cité phocéenne était « la plus grande ville algérienne en France ». Un grand moment de soumission. Et ce n’est pas un hasard, non plus, si Sébastien Delogu, actuel député LFI et probable candidat LFI aux prochaines élections municipales à Marseille, s’est rendu, ces derniers jours, de l’autre côté de la Méditerranée afin d’y rappeler qu’il avait « embrassé le drapeau algérien » avec amour…

https://twitter.com/SurmulotsNews/status/1939644115303399822

L’influence de la « communauté algérienne » se fait parfois sentir jusque dans la composition de certaines équipes municipales. Par exemple, dans la ville de Stains, en Seine-Saint-Denis. Il suffit d’écouter les propos tenus publiquement par le porte-parole de la Coordination des élites algériennes, Rachid Agoudjil : « À Stains, il y a 15 élus. Neuf sont franco-algériens, quatre issus de l'Afrique noire, un seul élu est Français de souche », s’est-il ainsi félicité, sur la chaîne algérienne Essalam TV, en mai 2024. Et le responsable algérien d’expliciter en toute décontraction la stratégie d’entrisme à adopter en France : « C’est ça, qu’il faut faire. C’est à nous de travailler dans les quartiers pour donner cette force à nos Franco-Algériens qui se présentent. On a identifié d'autres mairies... »

Est-ce cela qu’on appelle la « cinquième colonne » ?

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

75 commentaires

  1. Qu’est-ce qu’un « franco-algérien » ? Nous avons quatre définitions, deux par pays, et pour chacun la version officielle, et la « journalistique ».
    -Algérie, version presse: « Algériens de France »
    -Version officielle: « Algériens nés en France ».
    -France, version officielle: « Français d’origine algérienne ».
    -Version presse (tendance Libé): « Français né en France et n’ayant donc rien à voir avec l’immigration ».
    J’ai vaguement l’impression que cette dernière ne sera pas celle retenue par les lecteurs de B.V…

  2. Et bien que les 20% de centristes qui font pencher la balance continuent à faire les castors avec leur « barrage », seulement il faut bien qu’ils sachent une chose,c’est qu’eux aussi seront atteints par les conséquences néfastes de leurs choix électoraux,car tant que ça arrive aux autres,au petit peuple,au gaulois réfractaire, aux ruraux,ils ne sentent pas concernés, et je ris d’avance de ce qui va leur arriver ,car ces gens auront été insensible au malheur de ceux qui ont subi les conséquences du vote de ces centristes bobos,et s’ils sont victimes à leur tour,ils n’auront que ce qu’ils méritent.

    • Et même aussi aux petites racailles qui seraient mis hors d’état de nuire (ils n’oseraient pas faire le dixième en Algérie de ce qu’ils font en France) si un président musulman serait élu !

    • Difficile de réveiller les moutons de Français, dans 15 ou 20 ans il sera trop tard…..
      Honte à tous les politiques, qui pour être élus, vendent leur pays.

  3. Je ne pense pas, mais pour l’instant, c’est le boulot des médias de faire basculer chaque fois les hésitants, par la peur notamment: « On vous protège des fachos, votez pour l’extrême centre car il ne se passera rien mais vous paierez tant que vous pourrez du moins! »

  4. Depuis leur exode forcé de 1962 les Français d’Algérie n’ont cessé de mettre en garde contre le nombre. Non seulement ils n’ont pas été écoutés mais on les a caricaturés pour les discréditer. En voulant en outre les culpabiliser on leur a interdit toute parole (on dit aujourd’hui « invisibiliser ») Le résultat est là et contrairement à la colonisation, il est irréversible. Merci pour notre descendance.

    • C’est également ce que j’ai entendu dire, des années durant, d’une tante et d’amis, installés à Montpellier après 62, concernant les « melons »..

  5. le sieur zérébi est l’exemple vivace de ce qu’est un « bi » pour le fric de la FRANCE et en même temps un fervent adorateur de ses origines ! …
    En 2026, les « municipales » seront cruciales pour « préparer » les présidentielles de 2027 ! …

    • C’est à se demander si à l’Élysée, à Matignon, à Beauvau, on a conscience de ce qui se trame.

      En attendant, on naturalise, on accueille la misère de l’Afrique et du Maghreb. C’est, comme dirait notre président, « business as usual » !

      • Bien sur qu’ils en ont conscience, ce sont d’ailleurs eux qui en sont les artisans ! Je ne cesse de le dire, le problème fondamental c’est celui de la bi-nationalité voire de la multi-nationalité !
        Seul « les français », de mono-nationalité devraient pouvoir voter. Suppression de la bi- ou multi nationalité

  6. Dans la configuration actuelle de l’électorat, aucun parti, des Républicains à la France Insoumise ne pourra arithmétiquement gagner un second tour contre le Rassemblement national sans l’appoint du vote musulman.

  7. Pas sure que tous les Franco-algériens aient envie de voir arriver un régime soutenu par Alger en France. Beaucoup de Franco-algériens ont quitté l’Algérie pour un pays plus libre. Je ne les vois pas voter pour un régime favorable à Alger. La racaille des banlieues oui. Et puis c’est 5 millions en âge de voter ??
    Il va quand même falloir se décider à faire front et arrêter de multiplier les candidatures à droite.
    C’est si difficile que ça à réaliser ? Mitterrand a bien réussi avec la gauche. La droite française la plus bête du monde ? On va voir si elle est capable d’un sursaut ou si Guy Mollet a toujours raison.

  8. Les binationaux ne devraient pas avoir le droit de vote , dans leurs pays ce n’est pas possible donc ici non plus …..

    • Bien d’accord avec vous. Mais chez nous, on fait tout à l’envers. Notre bêtise est égale à notre générosité, qui dépasse les limites du raisonnable.

  9. Les lfi parti de l’étranger.
    Compte le plus de députés binationaux.
    La binationalité devrait être interdite quand on veut se présenter aux élections et candidat pour un poste de fonctionnaire.
    En Algérie un ministre ne peut pas être un binational

  10. Réfléchissons : quelle est l’histoire de l’Algérie depuis 200 ans ? Que représente -t-elle dans l’histoire de l’humanité ? C’est la France qui a créé l’Algérie et comme l’accouchement a eu lieu dans la douleur, cette dernière en est à ne pas supporter sa propre création. Le comportement de Monsieur Zeribi n’est guère surprenant vu ses prises de position sur CNEWS. Chez nous, un breton peut soutenir un auvergnat même si le breton a tort. Impensable avec quelqu’un comme MR Zeribi qui soutiendra en toute occasion un algérien contre un français.

  11. Alors elle est où « l’immense majorité » des immigrés qui vivent selon nos lois et ne mordent pas la main qui les nourrit ?!?

  12. Pas de vote pour les bi- nationaux , soit tu es français française , soit tu es pour l’autre pays , on ne peut pas être mis chèvre mi chou.

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