Le pilote de F1 Lewis Hamilton veut rendre l’Afrique aux Africains. Pourquoi pas ?

Le Nord vivrait sur le Sud comme un vampire, privant l’Afrique de ses ressources : on connaît la chanson.
Capture d'écran Youtube SuperSport
Capture d'écran Youtube SuperSport

Septuple champion du monde de Formule 1 (à l’égal de Schumacher), Lewis Hamilton est le pilote le plus victorieux de l’Histoire avec, à l’issue de la dernière saison, 105 victoires, 104 pole positions, 202 podiums et 68 meilleurs tours. Aussi l’écoute-t-on quand il parle. C’est le dabe. Le boss. Le tôlier. Ce 5 mars, en amont du Grand Prix d’Australie, il a regretté qu’il n’y ait pas de courses de Formule 1 organisées en Afrique. Il a appelé les Africains à s’affranchir des Européens et à reprendre le contrôle de leur continent. L’idée, en soi, n’est pas mauvaise.

L’Afrique, a-t-il déclaré sans le démontrer, est « la région la plus puissante du monde ». Les habitants en seraient dépossédés : « Je n’aime pas que le reste du monde s’approprie une si grande partie de l’Afrique, lui prenne tant de ressources et que personne n’en parle. » On connaît la chanson, sur un air décolonial : les richesses de l’Afrique seraient pillées par les gouvernements européens et les grandes entreprises occidentales. Le Nord vivrait sur le Sud comme un vampire, privant l’Afrique de ses ressources.

L’Afrique aux Africains !

« J’espère vraiment, continue Hamilton, que les dirigeants de ces différents pays s’uniront et reprendront le contrôle de l’Afrique. » Pourquoi pas ? Bien que déjà anciennes, les indépendances — on peut l’écrire sans vexer ni humilier personne — n’ont pas donné les fruits de prospérité attendus. Les dirigeants eux-mêmes ont toujours paru s’enrichir davantage que les peuples. Des peuples tellement peu heureux, localement, qu’ils migrent vers ces pays que dénonce Hamilton. Celui-ci le dit expressément : l’Afrique, il faut « la reprendre aux Français, aux Espagnols, aux Portugais et aux Britanniques. C’est crucial pour l’avenir de ce continent. » Obnubilé par les Européens, il oublie les Chinois, dont l’attrait pour le continent n’est pas gratuit.

Mais c’est après la colonisation qu’il en a, nécessaire à la victimisation. La faute aux Européens, donc. Voir la faute aux Blancs, comme il l’avait exprimé clairement, lors de l’affaire George Floyd. Il avait alors décrit le monde de la F1 comme « dominé par les Blancs ». L’Afrique sous domination de l’Europe. La Formule 1 sous domination des Blancs. On frise l’obsession, le toupet aussi, car le monde de la F1, c’est lui, Hamilton, qui le domine par son talent — en collaboration avec cette Europe et ces Blancs qu’il paraît avoir pris en grippe.

Un champion 100 % européo-centré

Le grand-père paternel d’Hamilton était originaire de la Grenade. Son père est né en Angleterre. Sa mère est anglaise « de souche ». Lui-même est né, a grandi à Stevenage, entre Londres et Cambridge. Il est devenu pilote professionnel chez McLaren (écurie anglaise), Mercedes (écurie allemande), Ferrari (écurie italienne). On ne peut pas dire que l’Europe lui ait barré la route.

Le patrimoine d’Hamilton en témoigne. Crédité d’une richesse de 375 millions d’euros, il est ambassadeur des marques Tommy Hilfiger (marque américaine), Mercedes-Benz (marque allemande) et IWC Schaffhausen (marque suisse). Ses biens immobiliers sont à Monaco, Londres et New York, selon L’Auto-Journal. L’Afrique est curieusement absente de ce parcours, que ce soit au stade de l’apprentissage ou au stade de l’investissement.

Un néophyte de « la brûlante Afrique »

À sa décharge, ce petit Britannique n’a découvert l’Afrique que récemment en visitant Kenya, Rwanda, Bénin, Sénégal, Nigeria… Il revendique ses origines togolaises et béninoises. « Je suis vraiment fier de cette partie du monde. » Sentiment légitime, puisqu’une part de ses racines sont là. Mais qu’a-t-il vu, dans son ardeur de néophyte ? Hôtels de luxe XXL ou vraie vie ? S’il s’étonne qu’il n’y ait pas de circuit de F1 en Afrique, c’est qu’il n’a pas dû voir beaucoup de routes, des vraies, tout en nids de poule et de belle couleur orange, qui passent de la poussière à la boue en un rien de temps.

Voir les Africains prendre leur destin en main serait une excellente chose, associée à une massive remigration de main-d’œuvre et de cerveaux pour bâtir des sociétés prospères. Mais la proposition est vérolée dès lors qu’elle incrimine les Blancs et les Européens, car la rancœur et le complexe d’infériorité ne sont pas une bonne base pour un projet civilisationnel. Surtout quand l’idée émane d’un richissime sportif qui n’est pas décidé à prêcher l’exemple.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

70 commentaires

  1. Je conseille à ce multi millionnaire de lire les excellents livres de Bernard Lugan , historien de l’Afrique et profond connaisseur des mécanismes qui ont régi son évolution . Il y déconstruit totalement ces balivernes décoloniales en rétablissant une vérité fort instructive. Les sciences sociales modernes ont totalement falsifié la réalité historique pour répondre à l’énorme complexe d’infériorité qui affecte les africains. Au lieu de les aider cela fait monter un ressentiment malsain et une haine raciste envers les blancs.

  2. Je rejoins avec vigueur monsieur HAMILTON : rendons l’ Afrique aux africains en commençant par ce merveilleux capital humain que nous captons de façon indécente.
    Renvoyons en Afrique tous ceux qui en viennent, qu’ils soient du Nord, du Centre ou du Sud.

  3. Le brave garçon. Dès qu’il lâche le volant, il pense. Il mérite donc que je complète son information. L’Afrique EST aux Africains – Que beaucoup de dirigeants s’y vendent (enfin, leurs ressources, leur faune etc.) aux Chinois est une « autre histoire ». Quant aux ressources je peux dire que la plupart des Pays de l’EX « pré carré » et d’autres aussi n’ont vécu que grâce aux subsides de l’abominable marâtre ex-coloniale.

  4. Que ce richissimme finance la Grande Muraille Verte de reconquête du désert ce qui contribuera aussi à compenser les dégâts de la course automobile par la création d’humus sur 100 Millions d’hectares (8000 km sur 120 km entre Dakar et Djibouti) gage de fertilité et moyen par excellence de fixation du CO2 et de création de biodiversité. Pour y arriver qu’il lance un appel à la remigration des jeunes africains — dont l’entretien coûte des dizaines de milliards à la France — vers de grands chantiers de plantation, alors qu’une part minime de cet argent permettrait de financer ces projets en passant du perdant/perdant au gagnant/gagnant évitant à des millions de jeunes migrants d’être piégés dans un avenir de pousseurs de caddies vulnérables à toutes les tentations liées à l’assistanat !

  5. Il existe en Afrique des villes modernes, plus modernes même que des villes comme Paris, des villes d’Afrique à la richesse opulente. Les états Africains sont indépendants, et sont maîtres chez eux, s’ils le veulent bien, de ressources extraordinaires.
    Pourquoi des personnes comme Mr Hamilton, qui apparemment en a les moyens, ne se mettent-elles pas à entreprendre en Afrique, ou au moins à encourager ces peuples à prendre leurs destins en main au lieu de pleurnicher ?

Laisser un commentaire

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Vider les églises de leurs trésors à cause des vols, c’est s’adapter à l’impunité
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois