Le Charles-de-Gaulle engagé : si on oubliait Macron pour penser à nos marins !

Lundi 9 mars, Emmanuel Macron a fait son show à bord du Charles-de-Gaulle, au large de la Crète.
Capture d'écran YT Marine nationale
Capture d'écran YT Marine nationale

Ce lundi 9 mars, Emmanuel Macron a donc fait son grand show en Méditerranée orientale. Visite éclair à Chypre, pays de l’Union européenne qui, soulignons-le, n’est jamais qu’à 250 kilomètres des côtes libanaise et syrienne et à équidistance de la Grèce et de la frontière irano-syrienne. Il est bon, de temps en temps, de dézoomer si l’on veut essayer de comprendre un peu quelque chose à ce qui se passe loin – mais finalement pas si loin que ça – de chez nous. Autrement dit, Chypre, ce petit pays de moins d’un million d’habitants, par ailleurs en partie occupé par la Turquie depuis 1974, est potentiellement aux avant-postes de l’Union européenne face à un Moyen-Orient en ébullition.

Lorsqu'il faut aller vite et fort

Chypre n’est pas membre de l’OTAN (elle souhaite adhérer à l’organisation, mais la Turquie pourrait opposer son veto) et, donc, ne peut compter pour sa sécurité que sur les pays membres de l’UE et sur le Royaume-Uni, son ancienne tutelle, qui possède des bases importantes sur l’île, considérées d’ailleurs comme territoire britannique (Sovereign Base Areas), dont l’une a subi, la semaine dernière, une attaque de drones iraniens. Donc, lorsque Emmanuel Macron, faisant allusion à cette attaque, déclare, devant le président chypriote : « Lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée », il n’a pas tout à fait raison, mais il n’a pas tout à fait tort non plus ! Évidemment, pour Emmanuel Macron, cette affaire est l’occasion, une fois de plus, d’exister ou d’essayer d’exister « à l’international ». On peut penser ce qu’on veut du personnage (ceux qui nous lisent régulièrement connaissent notre opinion), il n’empêche que ce n’est pas trop mal joué.

Car, au-delà de son cinéma, qu’il a renouvelé, quelques heures plus tard, à bord du Charles-de-Gaulle qui navigue, désormais, au large de la Crète, le président de la République, sans le vouloir peut-être - son hybris étant peut-être plus fort que sa foi européiste -, fait la démonstration que lorsqu’il faut aller vite et fort, ce sont les vieilles nations militaires et maritimes qui répondent vite et fort à l’appel et non pas le machin bruxellois. Pas mal joué non plus, car la France dame le pion au Royaume-Uni dans une région qui est pourtant sa zone traditionnelle (Chypre fut sous mandat britannique jusqu’en 1960) : le Charles-de-Gaulle et son groupe aéronaval français, « projection de puissance », sont déjà sur zone en Méditerranée orientale, alors que l'un des deux porte-avions britanniques, le HMS* Prince of Wales, vient à peine de quitter Portsmouth, son port d’attache où il était en réparation, et que pour une raison d’indisponibilité, c’est une frégate française qui devrait l’escorter en Méditerranée.

Énergie nucléaire et... énergie humaine !

Lorsque le président de la République déclare, sur le Charles-de-Gaulle, que la France doit se préparer à un conflit susceptible de « durer », il faut bien comprendre ce que cela signifie, sur le plan humain, pour nos près de trois mille marins qui servent à bord des bâtiments du groupe aéronaval (GAN). Ils sont partis le 27 janvier dernier de Toulon, direction le nord de l’Europe, avec notamment pour mission de contribuer à la posture dissuasive et défensive de l’OTAN. Mardi 3 mars, changement de mission et cap vers la Méditerranée orientale. À raison de mille kilomètres par jour, le GAN, une semaine plus tard, est déjà sur zone ! Grâce soit rendue à l’énergie nucléaire qui offre une autonomie incomparable au porte-avions. Grâce, aussi et peut-être surtout, soit rendue à nos marins. L’énergie humaine vaut bien, sinon plus, l’énergie nucléaire ! « Peu de marines sont capables de faire ce qui a été fait, et vous l'avez fait à vitesse soutenue », a très justement souligné le chef de l’État, dans sa brève adresse aux militaires, ce 9 mars. La France est un des rares pays au monde à disposer d'un groupe aéronaval.

Mais il faut aussi penser aux familles qui ont la patience - vertu cardinale, chantée jadis par Barbara - d’attendre sans connaître le jour du retour et vivent sans doute l’angoisse de ce qu’il pourrait se passer dans les prochains jours, notamment si la mission bascule vers le détroit d'Ormuz. Macron, du reste, dans sa courte allocution sur le pont du navire amiral, n’a pas eu un mot pour les familles. On ne peut pas penser à tout et à tout le monde. Il a fait part de façon appuyée de sa confiance, de sa reconnaissance (« ma confiance », « ma reconnaissance »). Il aurait ajouté « au nom de la France », ça n’aurait pas été mal non plus. Car l’acteur principal de ce show en Méditerranée orientale, ce n’était pas Macron mais la France.

 

*HMS (His Majesty Ship) Prince of Wales : le bateau de Sa Majesté Prince de Galles

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Georges Michel ne sait apparemment pas qu’être un marin est plus qu’un métier, c’est une vocation, les marins savent qu’ils embarquent pour un temps indéterminé, mais il y a aussi les femmes et désormais les époux de marins qui épousent, elles et eux aussi, ce métier. Tous savent qu’en épousant ce militaire bien particulier, elles seront tout à la fois père/mère, chef de famille, auront à prendre des décisions difficiles quelques fois. L’éloignement, la solitude est pesante, les époux et épouses de marins ont cette capacité de résilience, cette valeur à surmonter les pleurs du départ de l’autre pour s’occuper de ceux qui restent. Désormais les moyens de communication moderne permettent d’entretenir un lien, il y a quelques années c’était le courrier naval, pas de téléphone. Mais il reste les sous-mariniers qui n’ont droit qu’a un famili-gramme, contrôlé, ainsi els morts de la famille ne sont pas annoncées. Ainsi je n’ai su la mort de mon grand-père qu’un mois après son enterrement, mon épouse et moi sommes arrivés un vendredi à Brest, le samedi soir je prenais la mer, je me souviens de mon épouse si jeune, si belle, sur le quai, petite silhouette qui m’a regardé embarqué et n’a même pas pu me faire un dernier signe comme les autres femmes, parce que mon poste de manœuvre était à la machine. Jeune marié depuis que je n’ai stoïque mois qui a du se débrouiller seule, dans une ville inconnue, pour meubler notre appartement de Kergoat.
    Alors la vie de marin c’est dur, mais en mer c’est , on n’a pas le temps de penser de s’ennuyer, c’est aux familles qu’il faut penser, aux enfants, parce qu’eux n’ont pas choisis, choisi de déménager de partir outre-mer, de ne pas voir leur père, leur mère tous els soirs. Pour finir, les marins savent que la mer use le bâtiment de guerre , le matériel, l’électronique n’apprécient que modérément l’air salin, donc le retour au port arrivera viendra. Le seul souci auquel n’ont pas pensés nos « élites », avoir un seul porte avion est une hérésie pour un pays qui serait en guerre d’après son chef d’état.

Laisser un commentaire

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Vider les églises de leurs trésors à cause des vols, c’est s’adapter à l’impunité
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois