La retraite, connais pas : à 96 ans, Hugues Aufray repart en tournée !

Notre homme a toujours été un enfant de la balle, nonobstant ses origines de bonne famille.
Capture d'écran
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À 96 printemps, Hugues Aufray est aujourd’hui le plus vieux chanteur à être encore en activité. La preuve en est qu’il repartira bientôt en tournée, quinze concerts étant déjà programmés, s’échelonnant jusqu’à mai 2026, à Paris. Pour la gloire ? Pas seulement, tel qu’expliqué au Parisien du 28 octobre : « Malgré mon âge, j’ai l’intention de bosser beaucoup, de chanter dans de grandes salles, pour faire de grosses recettes, pour bien payer mes musiciens, mon équipe et acheter une maison. » Il serait temps, en effet, à seulement quatre ans d’un anniversaire où il y aura sûrement plus de bougies que de gâteau.

Mais il est vrai que notre homme a toujours été un enfant de la balle, nonobstant ses origines de bonne famille. Le père, Henry Auffray (avec deux « f », Hugues en ayant ôté un pour son nom de scène) est un riche industriel. Sa mère, Amyelle de Caubios d’Andiran, est issue de l’aristocratie béarnaise. Durant l’Occupation, le jeune Hugues use ses fonds de culotte au prestigieux collège de Sorèze, sis dans le Tarn et dirigé par les frères dominicains. Il y découvre une passion pour l’équitation qui jamais ne le quittera. Ses parents ayant entre-temps divorcé – traumatisme dont il ne se remettra jamais vraiment –, il rejoint son père à Madrid, en 1945, afin d’y poursuivre ses études. Mais, très vite, la muse l’habite et il délaisse ses universités pour tâter de la musique, reprenant à la guitare les chansons de Georges Brassens, Serge Gainsbourg et du Québécois Félix Leclerc, se produisant là où on veut bien l’écouter : à la terrasse des restaurants, le plus souvent.

Traducteur de Bob Dylan…

1959 est l’année d’un début de consécration avec son arrivée, en deuxième place, au concours des Numéros 1 de demain, le radio-crochet d’Europe 1. Là, remarqué par Eddie Barclay, l’homme qui fait la pluie et le beau temps sur la chanson française d’alors, il sort, deux ans plus tard, ce qui demeurera son plus grand tube, Santiano, adapté d’un chant de marins irlandais.

Signe du destin ? Toujours est-il qu’Hugues Aufray se révèlera bientôt un adaptateur hors pair de chansons écrites par d’autres que lui. La même année, autre consécration, il est invité par Maurice Chevalier à se produire à New York. Dans cette mégapole, il rencontre le trio Peter, Paul & Mary, précurseur en matière de folk songs, qui interprète alors les chansons d’un certain… Bob Dylan, parfait inconnu à l’époque, si ce n’est dans le quartier bohème de Greenwich Village.

Les deux hommes se lient d’amitié, amitié encore intacte à ce jour : « C’est un souvenir indescriptible, j’avais l’impression purement instinctive que c’était la chose la plus importante que j’avais vue de ma vie alors que je ne comprenais pas un mot d’anglais. » Ce trésor, il entend le faire partager en France, adaptant ainsi les chansons de Dylan en français. Et c’est ainsi que Don’t Think Twice, It’s Alright devient N’y pense plus, tout va bien.

Mais son adaptation la plus fameuse ne survient qu’en 1964, lorsque Johnny Hallyday lui demande de retranscrire The House of the Rising Sun dans la langue de Molière. Que nous dit cette chanson ? Malgré des interprétations parfois divergentes, il s’agit manifestement de l’histoire d’un bordel de La Nouvelle-Orléans où les jeunes du coin jettent leur gourme, tandis que les pensionnaires, filles perdues, y perdent ce qui leur reste d’honneur. Assisté de l’immense parolière Vline Buggy (Évelyne Yvonne Konyn de son vrai nom), Hugues Aufray en fait Le Pénitencier.

Grâce à lui, Hallyday devient Johnny…

Si tous les apprentis guitaristes s’y sont usé les doigts à leurs débuts, cette nouvelle version devient le titre le plus emblématique du futur roi Johnny. Tout y est. La dramaturgie, avec le héros qui va passer le reste de sa vie entre quatre murs, histoire d’expier ses crimes. La demande de pardon à sa mère qui, pour venir à son secours, a « dû vendre sa robe de mariée ». L’exhorte faite à d’autres mères de « ne pas laisser leurs enfants traîner dans la rue ». Cette dimension sacrificielle et quasi christique contribuera à écrire la légende scénique de Jean-Philippe Smet. Sans cette chanson, à l’instar de Requiem pour un fou, dans laquelle il supplie les forces de l’ordre de l’abattre afin d’expier un autre péché, le crime d’amour, Hallyday ne serait probablement jamais devenu le roi Johnny. Il pouvait donc dire merci à Hugues Aufray ; ce que, par ailleurs, il a toujours fait.

Et depuis ? Depuis, Hugues Aufray a poursuivi son œuvre de passeur, consacrant de nombreux disques à ses versions françaises des chansons de Bob Dylan, tout en assurant la promotion de ses titres personnels, dont Adieu monsieur le professeur, co-écrit avec la même Vline Buggy. Dans les périodes creuses, il multiplie les tournées, retrouvant à chaque fois un public fidèle. Les modes s’en vont et s’en viennent, par nature éphémères. Mais lui, qui n’a jamais été à la mode – et, donc, jamais démodé –, est toujours là.

Plus tout à fait dans l'air du temps...

Certes, Hugues Aufray n’est plus tout à fait dans l’air du temps ; ce qu’il constate, sans acrimonie, lors de cet entretien accordé au Parisien : « La vie d’un homme de mon âge, c’est une course contre la montre. Le problème, c’est que je suis blacklisté. […] Vous m’avez déjà vu récemment, aux Francofolies, à Bourges, aux Vieilles Charrues ? Apparemment, je n’ai pas la carte. Les Francofolies, je les ai faites une seule fois. Je devais jouer sur la grande scène devant 5.000 personnes, mais ils ont changé pour une affiche 100 % féminine et m’ont mis dans un théâtre à 1.000 places. Mes seules Vieilles Charrues, en 2004, c’était pour remplacer Adamo, cinq jours avant… »

En tout cas, à 96 ans, Hugues Aufray est irremplaçable...

 

 

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

29 commentaires

  1. « La muse l’ habite »… Excellent Cher Nicolas Gauthier!
    Heureusement qu’ il n’ a pas eu une panne de micro, ça nous aurait brouillé l’ écoute!

  2. Il y a quelques jours je me faisais la réflexion suivante. Comment en soixante ans sommes-nous passés de Piaf et Brassens à Aya Nakamura et Jul ? De la poésie en français à un charabia indigent et souvent incompréhensible ? Vous me rappelez opportunément la poésie délicate d’Hugues Aufray.

  3. Un artiste, un poète de grand talent est partout légitime de se produire. Il en reste des poètes mais il serait urgent que la relève se lève et apprenne que la reconnaissance ne se fait pas en un jour ou un succès, elle demande des années de travail et d’opiniâtreté.

  4. Une chanson nostalgique que j ‘adorais en écoutant le disque dans ma chambre en1969 , « Adieu Monsieur le professeur  » qui me faisait penser à mon instituteur de CM2….nostalgie de l ‘école primaire..déjà…j’avais 13 ans….

  5. Hugues Aufray m’a toujours accompagné dès la plus tendre enfance, en colonie de vacances, quand nous chantions à tue- tête « Santiano » .
    Il était incontournable mais pas reconnu depuis ,à sa juste valeur, alors qu’il est aimé par tout le monde . Mais c’est bien connu que le peuple se trompe toujours et qu’il vaut mieux lui imposer des chanteurs insipides dont je me garderais bien de citer le nom pour ne pas leur faire de la pub involontairement.
    On apprend toujours quelque chose avec vous en particulier le fait que Hughes a participer à écrire la version française du « pénitencier  » .
    En quelques sortes ,lui qui est un feru d’équitation , il a mis le pied à l’étreir de Johnny.
    Un johnny qui était mon idole de jeunesse absolue .
    Un johnny que l’on a retrouvé à cheval dans le film  » d’où viens tu johnny' » . Un clin d’oeil à Hughes Aufray ?
    J’ai toujours apprécié la mentalité d’Hughes Aufray . C’est un chanteur , passeur qui nous a ouvert l’horizon de toutes les musiques de l’époque, tout comme Johnny , Eddy , Gainsbourg , Vartan Ferrer , etc

  6. Chanteur exceptionnel mais je déplore que certains concerts se déroulent dans des églises. Mais doit-on d’abord blâmer l’artiste où les autorités religieuses qui permettent ces sacrilèges ?

  7. La retraite connais pas. Pour un artiste cela me paraît une évidence sauf accident de la vie. Même si leur activité demande des efforts, de l’énergie……c’est leur passion.

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