La mère du jeune Elias assassiné pointe une Justice des mineurs défaillante

« Il n’est pas entendable de nous qualifier de populiste et d’extrême droite », tranche-t-elle.
Capture d'écran CNews
Capture d'écran CNews

Dix mois que le jeune Elias a perdu la vie. Le 25 janvier, la France découvrait l’abominable destin de ce jeune Parisien de 14 ans qui, la veille, à la sortie d’un entraînement de football, était sauvagement attaqué par deux jeunes mineurs. Après lui avoir dérobé son téléphone portable, ils lui ont porté un fatal coup de machette. Depuis, Stéphanie Bonhomme n’a de cesse de se battre pour la mémoire de son fils. Et pour tenter de comprendre l’incompréhensible.

Ce 24 novembre, au micro de Sonia Mabrouk sur CNews/Europe 1, elle encourageait fermement tous les Français à lire le rapport de l’Inspection générale de la justice, publié à la suite du décès d’Elias.

Un rapport à mettre entre toutes les mains

« Ce rapport montre une cartographie des dysfonctionnements, carences du système judiciaire, de la prise en charge des mineurs délinquants », tacle-t-elle avec une sérénité qui force l’admiration. Sorti il y a un mois, ce rapport a été commandé en février par Gérald Darmanin, sous la pression de la mère d’Elias. Il décrit méthodiquement la faillite de notre système judiciaire qui engendre aujourd’hui des drames. À sa lecture, une sentence au goût de cendre vient à l’esprit de Stéphanie Bonhomme : il n’est rien de moins que la « chronique d’une mort annoncée ». Celle de son fils et celles de tant d’autres à venir si l’État ne réagit pas. « Avant de perdre leur enfant sur un champ de bataille, [les Français] vont perdre leurs enfants dans la rue, en rentrant du cinéma, de l’école, de leur entraînement de sport », avertit la mère d’Elias, en référence aux propos polémiques du général Mandon, la semaine dernière, devant les maires de France.

Fiasco. On a peine à le croire, mais il faut lire ce rapport pour considérer l’ampleur du désastre qui a conduit les assassins d’Elias à se trouver sur le chemin de leur victime.

Des mineurs multirécidivistes

Les quatre années qui précèdent le drame, les deux jeunes de 17 et 16 ans, que le rapport désigne sous les lettres B et C, ont affaire à des dizaines de personnes, magistrats, éducateurs. Les décisions des juges se court-circuitent, se contredisent, ne sont pas suivies ou pas appliquées.

Signalés pour des faits de vols et port d'arme dès 2021, les deux mineurs sont déférés une première fois devant le juge le 12 mars 2023. En à peine deux semaines, ils viennent de commettre dix-neuf infractions, faisant dix-neuf victimes : vols avec violence et en réunion, extorsions, tentatives d'extorsion, recel, escroqueries par carte bancaire, port d'arme. Le procureur requiert un contrôle judiciaire, que le juge des enfants refuse, les auteurs ayant « exprimé des regrets ». Une mesure éducative judiciaire provisoire est prononcée, avec interdiction pour eux d'entrer en contact. Cette interdiction, prononcée trois fois au total, ne sera jamais respectée, et pour cause : les deux enfants habitent la même résidence. Informée à de multiples reprises sur une telle incohérence, la Justice ne réagira pas.

Exemple concret : le 27 octobre 2024, avant même d'être jugé pour les violences de septembre 2023, C. récidive. Lors du nouveau déferrement, le 30 octobre, le parquet, constatant l'échec des mesures précédentes, demande un contrôle judiciaire. Le juge des enfants de permanence refuse et prononce une nouvelle mesure éducative judiciaire provisoire avec interdiction de contact. Le feuilleton est une inépuisable suite de récidives, de reports d’audience, de suivi éducatif inexistant, faute d’éducateurs disponibles, de dossiers non remplis, qui conduisent les juges à se prononcer à l’aveugle sur un passé de multirécidiviste qu’ils ignorent.

Un système au bord de l’implosion

Le rapport montre une Justice des mineurs débordée dont les audiences sont sans cesse repoussées avec des délais toujours plus longs. À l'automne 2024, par exemple, le service territorial éducatif en milieu ouvert (STEMO) du Sud parisien, chargé du suivi éducatif des mineurs délinquants, comptait 63 jeunes toujours en attente d'une prise en charge, dont 38 pour des faits graves (notamment un viol et deux tentatives de meurtre).

Elias était-il condamné à mort ? Pour Stéphanie Bonhomme, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.« En lisant ce rapport, nous voyons que la Justice n’a pas protégé Elias. » Raison pour laquelle elle tire la sonnette d’alarme : « Ce rapport doit être connu, diffusé, pour tous les parents », dit-elle. Aujourd'hui, elle dénonce les propos inqualifiables de certains magistrats rencontrés dans sa soif de « comprendre les décisions des juges qui ont toujours été les mêmes », en dépit d'une inefficacité criante. « Vous partez en croisade contre les magistrats », « vous êtes une victime écervelée », « vous êtes populiste », lui réplique-t-on. Comble de l'indécence.

Accusée d’être « extrême-droitisée » et victime « d’instrumentalisation » de la part de CNews, la mère d’Elias tient à mettre les points sur les i : « Il n’est pas entendable de nous qualifier de populiste et d’extrême droite. » Car sa démarche est « démocratique ». Elle se voit comme une simple mère de famille qui veut « comprendre les enchaînements qui ont conduit à la mort de [s]on enfant ». En cas de non-réponse, elle prévient : nous serions alors dans un « État totalitaire », notamment si des médias voulaient passer sous silence un rapport qui montre « les défaillances de la Justice ». « Si demander des explications, c’est être populiste, alors nous serons populistes », conclut cette mère courage.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Le Gouvernement et la JUSTICE sont les responsables de la grande insécurité dans laquelle la France se trouve. Elle est non seulement ruinée, déstabilisée, anéantie par ces peuples hors normes mais c’est devenu également un champ bataille sur lequel ces derniers peuvent commettre le pire sans craindre notre Justice qui ne doit « pas faire de vagues » sur ordre du Chef d’Etat, ce qui tout naturellement, les encourage plus encore. Même les Services d’Ordre sont découragés puisqu’ils ne peuvent plus effectuer leur mission pour nous en protéger sans être désavoués systématiquement et traduits en Justice. Et la légitime défense pour les victimes n’est plus reconnue puisque ces dernières passent également devant la Justice pour avoir osé se défendre tout naturellement quand elles sont agressées. Voilà ce qu’est devenu la France depuis que ces peuplades primitives sont accueillies, encensées et entretenues royalement dans le pays où tout leur est permis. Merci à tous les irresponsables qui nous gouvernent.

  2. Tant de non dits et de vérités cachées sur cette cruelle affaire.
    Tant de jeunes qui n »auraient pas du mourir.
    Honte ayx medias qui ont travesti la vérité et aux diverses personnes dont la négligence a permis ce drame.
    Courage à cetet dame.

  3. Magnifique Stéphanie Bonhomme, la maman d’Elias. Courage Madame, car vous vous attaquez au parcours du combattant.

  4. Je ne pense pas que la justice des mineurs soit défaillante, elle est idéologisée, ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas plus compliqué que ça, même si c’est inacceptable et impensable pour la mère d’Elias.

    • La justice des mineurs repose sur un texte de ..1945! Quand les jeunes faisaient essentiellement » des betises » chapardages,bagarres, bien plus rarement des agressions ,et encore moins des
      meurtres..les parents etaient responsables des mefaits de leurs rejetons,et payaient les degats quand ils n’etaient pas eux memes condamnes a leur place..les maisons de redressement..redressaient et les engagements  » volontaires » dans l’armee voire la legion n’etaient pas rares.( l’armee pu la taule)..La teneur de la deliquence et surtout de la population  » jeune » ayant tres defavorablement evolue,il faut changer la justice des mineurs..suppression totale de l’excuse de minorite a 12 ans..tests osseux obligatoires pour les mineurs  » isoles » ,peines minimales d’office de prison..Avec possibilite de s’engager dans la legion pour eviter la taule..sous reserve d’admissibilite..penalisation severe des parents en cas d’insuffisance paiment des degats,expulsion des logements sociaux etc..etc

  5. Mais quand les magistrats auront ils honte de pareil comportement de quelques uns des leurs ? Quand les magistrats seront ils coupables et jugés pour les conséquences désastreuses de leurs décisions. Pourquoi sont ils intouchables ?

  6. Il faut supprimer l’excuse de minorité .même les très jeunes doivent être condamnés au même titre que les adultes .

    • Au bagne à Cayenne, chez les réducteurs de têtes et les chauves-souris géantes ( apprendre la vie..)

  7. ah « CERTAINS » juges pour enfants ne voient ‘ils pas en « ces enfants » tout simplement des criminels potentiels et des délinquants . Quelle mesure éducative ? les parents et le système scolaire ont échoué.

  8. Cette femme est admirable
    Je crois qu’elle est médecin et on ne peut que se féliciter qu’elle mette son intelligence au service d’une cause si douloureuse
    sa parole porte et porte très fort, pour l’ensemble de tous les autres parents dans la même douleur
    c’est remarquable de dignité et combien utile

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