Jane Goodall, une vie pour sauver les chimpanzés
Jane Goodall avait 91 ans. Elle vient de quitter la terre des hommes, et s’il existe un paradis des chimpanzés, gageons qu’elle y est accueillie.
On a peine à l’imaginer aujourd’hui, tant nous pratiquons l’anthropomorphisme à l’excès. Les réseaux sociaux pullulent de vidéos mettant en scène nos compagnons à quatre pattes, si proches, si « humains »… Comment croire, alors, qu’il y a seulement soixante ans, les chimpanzés, nos jumeaux d’ADN, n’étaient considérés en Occident que comme outils de laboratoire ?
Frères si humains qui près de nous vivez…
Jane Goodall n’avait pas fait d’études universitaires, ce qui lui a longtemps valu l’hostilité des primatologues officiels. Ces gens-là n’aiment pas que les non-initiés marchent sur leurs plates-bandes.
Elle rêve d’Afrique depuis l’enfance, et, quand, en 1957, un ami l’invite au Kenya, elle multiplie les petits boulots pour payer son voyage. C’est le départ de l’aventure. Elle va rencontrer, là-bas, l’anthropologue Louis Leakey, qui l’embauche comme secrétaire, puis l’envoie dans le parc national de Gombe Stream, en Tanzanie. C’est lui, aussi, qui va, plus tard, l’aider à intégrer l’université de Cambridge où, malgré la condescendance et les railleries d’un entourage masculin qui, bien souvent, n’avait pas le dixième de sa connaissance du terrain, elle terminera brillamment sa thèse de doctorat.
C’est peu dire, en effet, qu’à cette époque, les méthodes de Jane Goodall ne sont pas orthodoxes. Pour pouvoir parler des chimpanzés, elle a décidé non pas de les mettre en cage mais de les regarder vivre. Elle décide de les étudier dans leur habitat naturel, et ce qu’elle découvre bouleversera notre compréhension de cette espèce dont l’ADN est commun au nôtre à 98 %.
Admis aujourd’hui comme une évidence, ce qu’elle découvre par l’observation est pourtant totalement révolutionnaire. Voyant un chimpanzé effeuiller une brindille pour aller chercher des termites dans leur nid, elle comprend que nos demi-cousins sont capable de fabriquer des outils dans un but précis. Donc, d’anticiper… De même, c’est elle qui observe la construction des liens familiaux très forts, allant jusqu’à constater que « les bébés chimpanzés sont mieux traités que les enfants humains ». Nos frères primates s’entraident, pleurent leurs morts, se réconfortent, les mères adoptent les orphelins. Bien sûr, tout comme nous, ils se font aussi des guerres sauvages et usent, pour cela, de ruses et de stratégies abouties. Jane Goodall découvre aussi que l’espèce est omnivore, contrairement à ce qu’affirment les scientifiques officiels. Bref, elle chamboule le prétentieux savoir académique.
Lady Goodall a même une poupée Barbie™ à son effigie
La fin du siècle dernier va faire de Jane Goodall une icône de la cause animale et de la défense de la nature. Elle a compris que l’image servirait sa cause mieux que tout. En 1977, elle crée sa fondation, ouvre un refuge pour les chimpanzés orphelins ou blessés par les braconniers qui traquent la viande de brousse. Livres et documentaires s’enchaînent, l’émotion y est palpable, le public est au rendez-vous. En 1995, elle est faite commandeur de l'ordre de l'Empire britannique par la reine Élisabeth II et, en 2004, dame commandeur du même ordre ; en 2022, Mattel crée une poupée Barbie™ à son effigie, puis Joe Biden lui remet la médaille de la Liberté - plus haute distinction civile aux États-Unis.
Militante de la cause animale, ayant consacré sa vie au sauvetage des chimpanzés dont l’espèce était et est toujours menacée, tant par le braconnage que la perte des espaces naturels nécessaires à sa survie, Jane Goodall est allée rejoindre ses amis.
Pour les connaître mieux, eux et elle, regardez le documentaire d’Arte Jane Goodall au secours des chimpanzés du Congo. On y voit, notamment, le chimpanzé Wounda, arrivé mourant au centre, soigné et remis sur pied par l’équipe du refuge de Tchimpounga, qui, au moment d’être remis en liberté dans la forêt, hésite, revient sur ses pas et prend Jane Goodall dans ses bras.
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15 commentaires
Respect profond pour cette femme remarquable.
On est loin du proverbe chinois : » Le chimpanzé est bien meilleur que le chien avec des bananes ».
Une femme qui a du se battre contre un certain clergé, si j’ ai bien compris, pour approcher du paradis de la connaissance.
Jane a t’elle eu le temps de trouver son Tarzan ?
Certaines personnes ont des personnalités incroyablement fortes et originales épaulées par des intelligences hors normes. Jane Goodall était clairement de celles-là et elle a apporté à l’éthologie l’acceptation de cet anthropomorphisme que les mâles humains lui déniaient et que les femmes, plus empathiques qu’eux, ne pouvaient pas ignorer, surtout pour les grands singes, tellement proches de nous.
Il y a aussi eu Diane Fossey… et bien dautres…
Une TRES grande dame dont les successeurs, continueront, j’espère le combat , pour sauver ces primates qui nous donnent des leçons de VRAIE humanité et de sagesse
Je la découvre, elle m’émeut. Singes humains, soyons tous frères.
Une grande dame qui a consacré sa vie entière à l’étude, notamment cette du comportement et à la protection de nos cousins les chimpanzés. Tout comme Dian Fossey avec les gorilles dans la région des Volcans au Rwanda et en Ouganda, assassinée par des braconniers, qui se trouve depuis plusieurs années au ciel, et où Jane Goodall à rejoint sa mémoire et son âme.
Les chimpanzés vont-ils aussi « au ciel » ?
Bien sûr, et ils grimpent plus vite.
Cette photo est magnifique et très émouvante.
Qu’elle photo magnifique qui sans doute résume sa vie !
Si je ne me trompe, c’est l’une de ses compatriote qui s’est occupée des gorilles et a été assassinée par des braconniers…
Quel courage ont ses femmes…
Heureusement, perfois, des vies éblouissantes traversent ce monde.
Les animaux sont bien plus reconnaissants que les humains …
Vous pensez à votre chien ?
Ce qui signifie que la reconnaissance n’est pas une qualité humaine?
D’ailleurs l’IA , avant d’être « générative », était spécialisée dans la « reconnaissance « .
l’IA est encore plus reconnaissante que les animaux. Avec une bouche et des mains , elle nous embrassera peut être à mort.