[HISTOIRE] 4 septembre 476 : l’Empire romain cède face aux barbares

Les civilisations meurent d’une lente érosion lorsqu’elles ne savent plus relever les défis du présent.
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La fin de l’été de l’an 476 marque un tournant majeur dans l’Histoire de l’Occident. Le 4 septembre, un chef barbare nommé Odoacre met fin à un empire millénaire en déposant l’empereur romain d’Occident, le jeune Romulus Augustule. L'Empire romain d'occident qui se croyait éternel disparaît. Les correspondances avec notre temps sont nombreuses.

Un empire politiquement instable

Depuis le IIIe siècle, l’Occident romain est en effet affaibli par une instabilité politique permanente. Entre 235 et 284, l’Empire connaît ainsi plus de cinquante empereurs et usurpateurs, la plupart acclamés par leurs légions avant d’être assassinés. Cette succession effrénée de dirigeants mine la cohésion de l’État, réduit l’autorité impériale et affaiblit sa capacité à organiser sa défense. Les rivalités de pouvoir deviennent si fréquentes que l’unité romaine se fissure peu à peu.

En 475, Oreste, un Romain d’origine germanique ayant longtemps servi comme officier, profite ainsi de sa position de chef militaire pour renverser l’empereur Julius Nepos. Cependant, n’ayant ni légitimité dynastique ni prestige suffisant, il ne se proclame pas empereur. Il préfère placer son fils Romulus sur le trône, offrant à Rome un empereur de quatorze ans qui n’est, en réalité, qu’un paravent de son autorité.

Les invasions barbares

En parallèle, les frontières de l’Empire subissent une pression croissante. Dès 406, des populations entières franchissent le Rhin gelé et pénètrent en masse dans l’Empire. Plutôt que de les combattre systématiquement, Rome essaie de conclure des foedus, c’est-à-dire des traités instaurés dès le IIIe siècle permettant aux barbares de s’installer à l'intérieur des frontières de l'Empire en échange de leur aide militaire. Rapidement, cette politique ne suffit plus à contenir les flux migratoires et à contenter les peuples fédérés.

Devenu maître officieux de l’Occident, Oreste refuse, en 476, d’accorder des terres aux Hérules menés par Odoacre. Ce dernier, mécontent, prend alors les armes, bat les troupes romaines à Pavie, fait exécuter Oreste puis marche sur Ravenne où s’est réfugié Romulus. Sans armée pour le défendre, abandonné par ses conseillers, le jeune empereur se retrouve seul face au chef barbare. Acculé, il est contrant d’abdiquer le 4 septembre 476, abandonnant une couronne qu’il n’avait jamais vraiment portée.

Conséquences et héritages

La déposition de Romulus Augustule consacre la fin officielle de l’Empire d’Occident. Odoacre, respectueux des formes, renvoie les insignes impériaux à l’empereur d’Orient, Zénon, pour signifier que l’Empire d'Occident n’existe plus et que l’heure du règne des barbares sur cette partie de l'Empire romain a commencé.

Ce basculement entraîne des conséquences profondes, à commencer par l'apparition d'une mosaïque de royaumes germaniques (les Wisigoths en Espagne, les Ostrogoths en Italie et les Francs au nord de la Gaule. L’économie romaine s’effondre, le commerce à longue distance décline, les villes se vident, la société redevient rurale et le niveau de vie chute brutalement : une véritable rupture avec le passé.

Cependant, l’héritage romain ne s’éteint pas complètement. L’Empire d’Orient, bientôt appelé byzantin, poursuivra la tradition impériale pendant près de mille ans. L’Église, quant à elle, devient le principal dépositaire de la mémoire de Rome en Occident. Depuis la Ville éternelle, la papauté perpétue le latin, le droit romain et une certaine idée de l’universalité.

Une leçon de l’Histoire

Longtemps sûre de sa pérennité, Rome, pourtant forte de mille ans d’Histoire, s’est écroulée sous la pression conjuguée de menaces extérieures et de fragilités internes. Les civilisations disparaissent rarement d’un coup ; elles meurent d’une lente érosion lorsqu’elles ne savent plus relever les défis du présent. L’Histoire est un éternel recommencement. Ceux qui n’apprennent pas des leçons du passé s’exposent à les revivre.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

26 commentaires

  1. La grande mode en ce moment consiste à présenter les envahisseurs comme de gentilles personnes qui voulaient juste faire un peu de commerce, moyennant quelques incidents militaires… Merci de n’être pas tombé dans ce bourbier.

  2. Il a hélas fallu près de mille ans pour sortir de la barbarie. Si l’histoire se répète, craignons pour l’avenir de nos enfants et petits-enfants.

  3. Les civilisations meurent d’autant plus facilement qu’elles se suicident. Petit rappel :
    – 212 : édit de Caracalla offrant la citoyenneté romaine à tous ceux qui la veulent. Résultat imprévu : les armées romaines décapitées sont mises sous les ordres de généraux germaniques.
    – 313 : Edit de Milan autorisant le christianisme. Effet secondaire : l’administration romaine se voit infiltrée par le clergé, seul instruit.
    – 380 : Edit de Thessalonique. Le christianisme nicéen (défini par Constantin lors du concile éponyme) devient religion d’Etat. Tous les autres cultes sont interdits ainsi que tout ce qui pourrait les évoquer : écrits, musique, temples, statues, fresques doivent être détruits. Comment on détruit volontairement une civilisation entière.

  4. Il y a bien longtemps j’avais lu « la chute de l’empire romain » j’y retrouve actuellement tous les ingrédients donc la chute est proche ça sera terrible. Merci l’Europe et ses inféodés.

  5. Hier l’empire romain, demain (proche ?) la disparition de « l’empire européen » avec l’impératrice VON DER LEYEN ?

  6. Encore un 4 septembre! Après Sedan et la chute de l’Empire (1er septembre 1871), la Troisième République a été proclamée le 4 septembre. Minoritaire dans les urnes, cette république a bénéficié d’une série d’événements favorables qui lui a permis de figer le système de gouvernement qui régit toujours le pays. Ce système a atteint ses limites, comme chacun peut l’observer tous les jours. Qui aura le courage de proposer une alternative?

  7. Ce qui a d’abord miné la cohésion de l’Etat Romain a été son gigantisme et son multiculturalisme. L’identité romaine forte, façonnée par 5 siècles de vie Républicaine, qui était le ciment de l’Empire et avait donné sa puissance exceptionnelle à ce peuple exceptionnel commença à se déliter très sérieusement dès le troisième siècle… Les populations en mal de sécurité identitaire commencèrent à se regrouper autour de sectes et de cultes divers et bien souvent exotiques, dont le christianisme. Celui-ci proposait une nouvelle identité qui avait comme qualités essentielle d’être universaliste (contrairement au judaïsme dont il était une forme dérivée), donc antinationale, et surtout de s’adresser démagogiquement aux pauvres, aux esclaves, aux immigrants, au femmes… exactement comme le font aujourd’hui LFI et plus généralement les partis de gauche. La déliquescence de l’Empire continua alors de s’accentuer, de plus en plus vite, de plus en plus profondément… Lorsqu’en 476 des Barbares germaniques (poussés par les fameux Huns) mirent une fin officielle à l’Empire Romain d’Occident le fruit était déjà mûr depuis des décennies, sinon des siècles. C’est d’abord la perte d’identité puis la perfusion de cultes étrangers qui affaiblirent l’Empire au point où il ne pouvait plus que s’effondrer devant la poussée de barbares dont il n’aurait fait qu’une bouchée quatre siècles plus tôt, lorsque sa cohérence identitaire était encore forte.

    • Augustin a parfaitement réfuté cette théorie selon laquelle c’est la christianisation qui aurait causé la chute de Rome. C’est la perte des valeurs morales, politiques et militaires des Romains après le remplacement de la République par l’Empire. Les Romains n’ont plus voulu faire la guerre , ont préféré les vices de Pompéi, et « Panem et cicenses ». Si la religion romaine a disparu c’est qu’elle était très insuffisante, voire ridicule. Les Grecs christianisés ont tenu mille ans de plus que Rome. Ils étaient simplement bien plus intelligents.

      • En effet, l’orient romain a fondé sa puissance sur le christianisme et son histoire prend mille ans de plus que l’occident romain. Constantinople était considérée comme étant la Nouvelle Rome. ( La 3ème, pour autant, c’est Moscou, mais on ne devrait pas dire cela, par les temps qui courent…

    • Autre similitude avec notre époque, Rome pratiquait de plus en plus une sorte de socialisme (on dit aujourd’hui « assistanat ») avec de fort impôts sur « les riches » redistribués sous forme de pain et de jeu (panem et circenses.)

  8. Saint Augustin, puis Montesquieu ont réfléchi aux causes ce désastre dont les conséquences ont duré au moins 5 siècles (!). C’est la perte des valeurs morales, politiques et militaires. Les Romains n’ont plus voulu faire la guerre , ont préféré les vices de Pompéi, et « Panem et cicenses ». Et nous : immigration,  »raves party », télé, et smartphones.

  9. Je crois que, malheureusement, nous sommes arrivés au bout de la civilisation occidentale en Europe. Ses jours sont comptés et le compte à rebours lancé depuis 40 ans par une série de traîtres ne peut plus être arrêté …

  10. C’est ce qu’on pourrait appeler un long suicide en direct, sans frein et avec consentement implicite.
    Merci Monsieur, pour ce rappel qui devrait être un réveil. Mais… mais… Tout est dans le « mais » disait Voltaire.

  11. L’histoire du déclin de Rome devrait nous inciter à la réflexion sur notre propre avenir. Mais comme l’a dit Confucius  » L’expérience est une lanterne que l’on porte sur le dos et qui n’éclaire jamais que le chemin parcouru. »

  12. Voir une quelconque analogie avec les temps présent est pure illusion ? probablement pas. Seul espoir de cette fin de cycle, la fin du kali yuga possible vers 2025, le basculement serait-il proche ?

  13. Actuellement la Gaule est « gouvernée » par Pokemonus Archi Nullus qui est à la tête d’une tribu de Saligoths.

  14. 476, chute de l’empire romain…
    Rapidement, cette politique ne suffit plus à contenir les flux migratoires et à contenter les peuples fédérés.
    ##
    Ca ne vous rappelle rien?

    • C’est arrivé à absolument tous les empires depuis la nuit des temps. On peut citer, par exemple, les invasions Mongoles et Gengis Khan qui ont ravagé Samarkhand, les Turcs de Mehmet II qui prennent Constantinople et mettent fin à l’Empire Byzantin. La Seconde Guerre Mondiale qui laisse l’Empire Britannique exsangue et obligé d’accorder l’indépendance à l’Inde et au Pakistan. Idem pour la France en Indochine. Les empires et les civilisations aussi anciennes soient-elles finissent toujours par périr.

      • Bonjour Ravi au lit, Et cela va encore plus vite lorsque l’on oublie de faire des enfants, que l’on construit des lieux de culte aux nouveaux arrivants sans oublier de leur allouer un viatique conséquent et toutes sortes de prébendes pour se déculpabiliser de tout ce qu’auraient pu faire ou ne pas faire nos ancêtres.

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