[HISTOIRE] 2 octobre 1700 : un fils de France est désigné comme roi d’Espagne

Plusieurs siècles plus tard, Louis XX de Bourbon suit les traces de son aïeul en assumant son héritage.
Philippe V d'Espagne

À l’orée du XVIIIe siècle, le dernier des Habsbourg hispaniques, déclinant de santé et sans héritier, entendait décider lui-même de l’avenir de son immense empire. Son acte testamentaire du 2 octobre 1700, désignant comme héritier le petit-fils de Louis XIV, Philippe d’Anjou, allait alors entraîner l’Europe dans une guerre de succession qui ensanglanta le continent pendant plus d’une décennie. Plusieurs siècles plus tard, le descendant de Philippe V d’Espagne, Louis Alphonse de Bourbon, prétendant légitimiste au trône de France, suit les traces de son aïeul en cherchant à affirmer son droit à un trône et à porter un héritage lourd de symboles.

Le testament de Charles II

Charles II, conscient de sa mort prochaine et de l’incertitude de sa succession, rédige à Madrid, le 2 octobre 1700, un testament dans lequel il désigne comme héritier unique de tous ses royaumes et domaines le duc Philippe d’Anjou, deuxième petit-fils de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse. Dans ce texte, Charles invoque les conseils de ses ministres et magistrats, rappelle les renonciations jadis consenties par les infantes d’Espagne devenues reines de France, Anne et Marie-Thérèse d’Autriche, tout en affirmant que ces renoncements avaient été dictés par des considérations politiques et non par la stricte légitimité dynastique. Il insiste ainsi sur le droit successoral du collatéral le plus proche, en l’occurrence Philippe d’Anjou, désigné ainsi comme héritier de la monarchie espagnole. Cependant, si ce dernier venait à mourir sans descendance ou à choisir la couronne de France, la succession devait revenir à son frère, le duc de Berry, puis à l’archiduc Charles d’Autriche.

Ce legs était alors audacieux, car il visait à maintenir l’unité d’un empire menacé de démembrement et confiait le trône à un prince français qui, malgré les interdiction de Charles II, pouvait passer outre et conserver ses droits dynastiques. À la mort du roi d'Espagne, le 1er novembre 1700, son testament est alors proclamé et reconnu par le Conseil de régence et les autorités espagnoles, qui voient en Philippe leur nouveau roi et dont ils se mettent désormais à attendre la venue depuis le château de Versailles.

Le choix de Louis XIV

Malheureusement, le choix de Charles II ne fit qu’attiser les rivalités européennes. En effet, l’Autriche rejette immédiatement le choix français, revendiquant l’héritage pour la maison de Habsbourg. De leur côté, l’Angleterre et les Provinces-Unies redoutent qu’un Bourbon sur le trône de Madrid ne bouleverse l’équilibre européen et ne crée, de fait, une union entre la France et l’Espagne voire, un jour, une fusion des deux royaumes.

À Versailles, Louis XIV hésite d’abord, mais le 16 novembre 1700, il tranche et devant toute la Cour, en désignant son petit-fils, déclara : « Messieurs, voilà le roi d’Espagne. Sa naissance l’appelait à cette couronne, ainsi que le testament du feu roi. Toute la nation le souhaitait et le demandait avec instance. Je l’ai accordé avec plaisir, c’était l’ordre du ciel. » À sa descendance, il dit : « Soyez bon Espagnol, c’est maintenant votre premier devoir, mais souvenez-vous que vous êtes né Français pour entretenir l’union des deux pays. C’est le moyen de conserver la paix de l’Europe. »

La guerre de Succession d’Espagne

Cependant, en février 1701, le Parlement de Paris affirme même que Philippe V conserve ses droits sur la couronne de France, conformément aux lois fondamentales du royaume et au principe d’indisponibilité de la couronne. En effet, selon ce dernier, le roi de France, et ceux pouvant potentiellement le devenir, ne peuvent ni désigner leur successeur, ni changer l'ordre de succession, ni renoncer à leurs droits au trône ou encore abdiquer. Cette position intransigeante précipite alors le conflit : en septembre 1701, la guerre de Succession d’Espagne commence, opposant la France et l’Espagne à une large coalition européenne, la Grande Alliance de La Haye.

Le conflit se déroule sur plusieurs fronts, des Pays-Bas à l’Italie en passant par la péninsule Ibérique. Malgré de lourdes défaites, notamment à Blenheim en 1704, où, selon Voltaire, « personne n'osait apprendre au roi une vérité si cruelle. Il fallut que Madame de Maintenon se chargeât de lui dire qu'il n'était plus invincible », puis à Ramillies en 1706, Philippe V parvint néanmoins à affermir son autorité. Finalement, les traités d’Utrecht en 1713 et de Rastatt en 1714 mettent fin aux hostilités. Philippe est confirmé comme roi d’Espagne, mais il renonce solennellement, pour lui et sa descendance, à toute prétention sur la couronne de France. Pour les légitimistes, cette renonciation reste juridiquement nulle, car contraire aux lois fondamentales du royaume, ce qui fonde aujourd’hui encore leurs revendications autour de l’actuel duc d’Anjou, Louis de Bourbon.

Des conséquences encore d’actualité

Des siècles plus tard, cette succession continue d’alimenter les débats monarchistes. En effet, Louis Alphonse de Bourbon, aîné des Bourbons, reconnu par ses partisans comme prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de Louis XX, est le descendant direct de Philippe V d’Espagne, lui-même petit-fils de Louis XIV. Par ailleurs, il est, par sa mère, l’arrière-petit-fils du général Franco, un héritage double qui nourrit ainsi à la fois fidélité dynastique et controverse. De son côté, Jean d'Orléans, comte de Paris, descendant de Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV et de Louis-Philippe Ier, roi des Français, reste le prétendant légitime pour nombre de monarchistes. Deux revendications qui trouvent leur origine dans un simple testament royal, vieux de plus de trois siècles, et qui, autrefois, a suffi à déclencher une guerre européenne.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

12 commentaires

  1. En tant qu’Espagnol, je ne peux que déplorer l’accession des Bourbons au trône d’Espagne. Grâce à eux, Gibraltar est aux mains de l’Angleterre. C’est trompeur, certes, mais c’est la réalité.

  2. Royaliste depuis longtemps, je reste légitimiste: les Lois fondamentales du Royaume (la « Constitution » en quelque sorte) n’a pas à être modifiée au profit d’un accord international… A moins que, les temps changeant, les Français y consentent, en cas de restauration monarchique.

  3. Tant qu’a être royaliste, je serai légitimiste. D’un côté, un bel homme, plutôt intelligent d’après ce que j’ai lu de lui, qui descend directement de Louis XIV. de l’autre côté, le descendant d’un régicide ( guillotiné lui-même un peu plus tard que son petit cousin ), et dont le grand-père fut indigne à de nombreuses reprises…Il n’y a pas photo.

  4. Louis XX a surtout un charisme, une envergure, une honnêteté et une légitimité, toutes qualités qui font cruellement défaut à nos politiques…. De surcroît, il aime la France, craignant comme nous, tout ce qui contribue à la faire sombrer. Il mériterait d’être connu des Français, non seulement pour ce qu’il est mais pour ce qu’il serait en mesure d’assumer.

  5. Philippe d’Orléans, né en 1674, n’était pas le frère de Louis XIV mais le fils de son frère cadet, Philippe de France, duc d’Orléans.

  6. Il est temps de remettre un Roi sur le trône de France pour le bien de la France et la paix en l’Europe appelons LOUIS XX à notre secours et la France retrouvera son rayonnement par l’intermédiaire diplomatique de son Roi qui sera stable à la tête de l’Etat et où le premier ministre sera élus pour 2 ans renouvelables s’il travaille pour conserver une France efficace , sécurisé et instruite avec une préférence pour les Français et tous ceux qui ont obtenu la Nationalité

  7. Tous ces « rois et empereurs » ont – tout le temps ! – ruiné leurs contrées et les populations. avec des comportements et actions perverses: ( guerres/croisades/dépenses somptuaires/châteaux délirants/ décisions délétères…) Mais bon, nos politiques d’aujourd’hui ne font pas mieux. Dans un genre différent.

    • Ces Rois et Empereurs ont bâti la France. Laissez SVP le plus délitant des châteaux délirants aux bons soins de Monsieur Apathie. Et les actions perverses aux amis de MM Robespierre, Marat, Saint Just et consorts. Il y en a encore quelques uns …

  8. Il semble bien que ce soit Louis XX qui tienne la corde. Pourquoi pas. Il est le plus direct si c’est le principal critère.

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