[GUERRE EN IRAN] Un discours de Trump pour rien : vraiment ?

« Nous ramènerons par nos bombardements l’Iran à l’âge de pierre », a menacé Donald Trump.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

Dans la nuit de mercredi à jeudi, un discours de vingt minutes environ, prononcé par le président Trump devant la nation, visait à la fois à préciser ses buts de guerre dans la guerre déclenchée cinq semaines plus tôt contre l’Iran et, certainement aussi, à rassurer les marchés afin d’essayer de stabiliser, par exemple, les prix des carburants.

La fin de la guerre ?

La fin de la guerre a été fixée dans ce discours à la mi-avril, c’est-à-dire, en réalité, dans quinze jours à trois semaines, comme cela avait été déjà évoqué les jours précédents. Cela dépendra de la volonté du gouvernement iranien de se soumettre ou non à la volonté des autorités américaines, et déjà maintes fois répétée, c’est-à-dire ne plus poursuivre d’enrichissement de l’uranium en vue d’élaborer une bombe nucléaire, de stopper toute production de missiles balistiques et, enfin, de ne plus soutenir les mouvements terroristes chiites dans le Moyen-Orient et ailleurs dans le monde.

Une fois ces trois conditions acceptées, les Américains seraient prêts à signer un accord de cessez-le-feu. Parmi ces conditions très pragmatiques et vérifiables « sur le terrain », il manque cependant toujours la « bonne volonté » du gouvernement des mollahs de se conformer aux objectifs de guerre américains et de s’avouer vaincus. Face à cette non-volonté de signer un cessez-le-feu ou un armistice, le président américain a sa réponse : « Nous ramènerons par nos bombardements l’Iran à l’âge de pierre ! » « Chiche ! », répondront certainement les mollahs, d’autant qu’un retour du chaos né de la défaite historique de Kerbala en 680 ne leur ferait « même pas peur », bien au contraire.

Gagner la guerre et contre qui ?

Pour Donald Trump, la guerre serait déjà « gagnée » et les deux ou trois semaines supplémentaires ne seraient nécessaires qu'« à finir le job » ; bref, à obliger les survivants du régime « revenus à l’âge de pierre » à signer leur capitulation. Quels moyens emploierait donc l’armée américaine pour atteindre cet « effet final recherché » fixé par son commander-in-chief ? Une planification opérationnelle n’est pas que du domaine militaire et les Américains, par leur méthode de planification globale et matricielle instaurée lors de la lutte contre le terrorisme après le 11 septembre, mettent tous les moyens de leur administration, voire de leurs industries privées, au service de cet objectif stratégique ou politique fixé par le président. Ces moyens peuvent être bien sûr militaires, des trois armées - terre, air, mer -, mais aussi relevant des banques, des unités de renseignement civil et militaire, des douanes, des services économiques. Tout est mis en œuvre au service de l’objectif commun : battre l’adversaire, ou le compétiteur.

Ce dernier n’est pas seulement l’Iran, mais aussi et surtout la Chine où, d’ailleurs, le président américain a reporté son voyage officiel au 16 avril. Cette date correspond peu ou prou à la fin estimée des opérations en Iran par la Maison-Blanche. Donc il s’agira, pour le président américain, de « toiser » son homologue chinois en lui faisant comprendre qu’il n’y aura pas d’alternative, à brève, moyenne ou longue échéance, à un monde dirigé par les États-Unis. Ce sera, en quelque sorte, une réponse adressée au président chinois après l’humiliation reçue par Donald Trump lors des cérémonies de septembre dernier à Pékin où l’armée populaire avait effectué, en présence d’alliés du « Sud global », une démonstration de force visant notamment à impressionner les autorités américaines.

Et le détroit d’Ormuz, dans tout cela ?

Visiblement, le rétablissement de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz et, accessoirement, dans le détroit de Bab al-Mandab ne figure pas dans les priorités du président américain. Il compte sur ceux qui auraient besoin d’utiliser ce détroit pour acheminer leurs hydrocarbures pour faire ce travail. Or, les alliés des Américains, Occidentaux de l’OTAN, mais aussi de l’Asie du Sud-Est, ne semblent pas prêts à prendre le relais des forces américaines si la situation militaire n’est pas sûre. Les Britanniques seraient prêts, pour leur part, à prendre le commandement d’une opération navale internationale en vue de rétablir la sécurité de ces transports maritimes. Pour cela, il serait nécessaire, soit de négocier avec le gouvernement iranien vaincu par les Américains, soit à combattre le reliquat des Gardiens de la révolution en vue d’assurer la sauvegarde des transports, le long de cette voie d’eau de plus de 200 kilomètres.

Les Français sont les seuls à posséder, sur place, des forces militaires significatives, en dehors des forces américaines, et c’est sans doute pour cette raison que Donald Trump incite, certes de manière très maladroite, son homologue français à faire prendre la relève, par ses forces (avec, sans doute, des renforts européens), du dispositif américain. Il menace même, pour ce faire, de quitter l’Alliance atlantique dans le cas où ses alliés ne se plieraient pas à ses exigences. Cette éventualité pourrait avoir lieu très vite, pour avoir une chance de réussir avant les élections de mi-mandat prévues en novembre. En effet, le seul président des États-Unis ne peut décider du départ d’une alliance sans l’accord du Congrès, qui devra ratifier cette décision du pouvoir exécutif. Souvenons-nous, ainsi, qu’en 1920, le président Wilson n’avait pas pu amener son pays à adhérer à la Société des nations qu’il avait pourtant appelée de ses souhaits, lors du congrès de Versailles, quelques mois plus tôt.

Le discours du président Trump est ainsi lourd de signification pour nous, Européens, car il remet indirectement en cause les fondements de notre sécurité depuis 1949. Qu’il perde ou qu’il gagne sa guerre en Iran ne peut avoir, pour nous, que peu de conséquences s’il fait preuve de patience à l’égard de ses alliés. Nul doute qu’il faille compter sur les qualités diplomatiques de nos alliés britanniques pour nous tirer de ce mauvais pas ! Sinon, l’Europe, au-delà des discours, devra prendre des mesures d’urgence pour faire face aux menaces de ce monde sans l’ombre tutélaire de l’Oncle Sam.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

84 commentaires

  1. POURQUOI BOMBARDER LA CENTRALE NUCLEAIRE ELECTROGENE CIVILE DE BOUCHEHR ?
    J’aimerais qu’on m’explique pourquoi le tandem Trump-Netanyahou attaque de nouveau (précédemment le 17 mars 2026) la centrale nucléaire civile de Bouchehr, ville portuaire sur le Golfe Persique ?
    Cette centrale comporte un réacteur VVER-1000 à eau pressurisée construit par l’agence nationale ROSATOM (Russie) et mis en service par raccordement au réseau électrique en septembre 2011, un autre étant en construction depuis 2019.
    Ce réacteur de puissance à caloporteur et à modérateur d’eau est d’usage purement civile. Sa capacité de production électrique nette est de 915 MWe et thermique de 3.000 MWt. Il fonctionne avec de l’uranium235 civil pauvrement enrichi à hauteur de 3,30 à 4,40 % maximum. Par définition, sa conception le rend totalement inapte à la fabrication d’uranium235 et de plutonium239 de qualité militaire.
    Le plutonium résultant de son fonctionnement est chargé en isotopes polluant plutonium239 et 240 le rendant impropre à la fabrication d’une arme nucléaire. Ces déchets atomiques ne peuvent être traités qu’à notre centre de traitement de La Hague (France) qui les transforme en MOX (8,50 % de plutonium pollué et 9,10 % d’uranium appauvri) servant de combustible aux réacteurs comme l’EPR.
    Les initiateurs de ces frappes aériennes sur Bouchehr savent pertinemment qu’il est absolument impossible de détourner le réacteur VVER-1000 de sa vocation civile de production d’électricité. Son bombardement est une pure folie pouvant provoquer une catastrophe nucléaire comme celles de Tchernobyl ou Fukushima en libérant dans l’atmosphère un mortel nuage atomique issu de l’éparpillement de sa charge de fonctionnement de 79,90 tonnes d’uranium 235 !

  2. Il existe un vieux film de Charlie Chaplin , le dictateur, où on le voit , déguisé en uniforme vaguement nazi, qui jongle avec un globe terrestre. Si je savais faire avec l’IA, je reprendrais cette séquence avec Trump déguisé en cow-boy.

  3. 6h33

    Je suis sans doute un peu petit être trop simple, voire simplet, mais our moi, l’évidence,me semble t’il, c’est qu’avant le commencement de la guerre en Iran, les navires passaient librement le détroit d’Ormuz

  4. Pourquoi voulons nous oublier que ce qui arrive là, est la conséquence du comportement infâme des dirigeants, de l’Iran, ce pays de grande histoire, depuis plusieurs décennies ?
    Nous confondons, comme nous le faisons trop souvent, causes et conséquences…
    Pire, nous nous contentons aussi d’allumer les feux de la rampe, et branchons les haut-parleurs : C’est pas nous…
    Trouvons des coupables…. Trump est à portée de voix….
    Cela arrange nos affaires… mais seulmeent les nôtres.

  5. Les USraeliens désirant être a la tete de la planète, de piller chaque pays pour toutes leurs ressources, de soumettre cette planète a leurs terrorismes, de combattre toutes religions du moment que ca n’est pas les leurs. Aucun pays n’est a l’abri des bombes et des missiles USraeliens, meme les allies ont a s’inquieter a l’instant meme ou ils apporteront une contradiction. Vous remarquerez qu’ils s’attaquent toujours a des pays sans bombes atomiques…plus pratique pour éviter le karma. Rappelez-vous…les US, 250 ans d’existence et seulement 16 ans sans guerres. Ils les perdent toutes mais en laissant des milliers de cadavres et des tonnes de ruines puis partent démolir ailleurs.

  6. L’Europe de l’Ouest et les présidents US Obama et Clinton ont laissé prospérer l’idéologie islamiste iranienne profondément anti occidentale , préférant caresser le monstre plutôt que le détruire . Deux dirigeants en ont eu assez , ils ont mis fin à une guerre mortelle et insidieuse déclarée contre les États-Unis et l’Occident qui durait depuis 47 ans . Aujourd’hui encore les mêmes nations européennes sont frileuses , ces pays qui laissent les États-Unis intervenir, chercheraient-ils à éviter les représailles de l’Iran ou de leurs imposantes communautés solidaires de l’Iran , tout en préservant leurs intérêts économiques et leur position dans les négociations d’après-conflit ?

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