[EXCLUSIF] Quentin : le vrai récit du drame, minute par minute

Alors que l'extrême-gauche cherche à « charger » le jeune Quentin, victime d'un lynchage à Lyon, BV a mené l'enquête.
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Ce matin du 12 février, Louis (prénom modifié) reçoit un texto de Quentin : « On ne laisse pas des jeunes filles en danger. » Il décide avec Quentin de rejoindre un petit groupe informel chargé d’assurer, en cas d’agression, la sécurité des militantes de Némésis. L’antenne Lyon du collectif féministe de droite a prévu de déployer une banderole : « Islamo-gauchiste, hors de nos facs », à l'occasion de la venue de Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Sur place, Quentin et son ami retrouvent d’autres militants. Tous ne se connaissent pas entre eux. Nous avons retracé la soirée tragique où Quentin a trouvé la mort. Notre récit s'appuie notamment sur les témoignages de militants présents lors du lynchage, d'une militante Némésis présente devant Sciences Po Lyon lors de l'action, d'un avocat d'une des victimes et sur une analyse minutieuse de documents vidéo produits sur place par des témoins.

Un homme, une femme et un individu en moto en repérage

Vers 17h30, une quinzaine de jeunes hommes se positionnent au croisement du boulevard Yves-Farges et de la rue Victorè-Lagrange, dans le VIIe arrondissement de Lyon. Leur rôle : intervenir devant Sciences Po pour exfiltrer les militantes Némésis, si jamais celles-ci se retrouvent prises à partie physiquement.

Un de ces militants joint par BV repère un homme et une femme d’environ vingt-cinq ans occupés à faire ce qui ressemble à du repérage. La jeune femme compte les militants de droite présents pour la défense de Némésis sur ses doigts. Puis un individu passe à plusieurs reprises en moto Yamaha MT-07. « C’est comme ça qu’ils nous ont "spottés", c'est-à-dire repérés, avant de nous attaquer », explique un des participants à la sécurité de Némésis.

Vers 17h40, des militants d’extrême-gauche quittent en courant l’entrée de Sciences Po Lyon pour se ruer vers le groupe de Quentin. Les militants identitaires voient fondre sur eux une vingtaine d’antifascistes en provenance du boulevard Yves-Farges, sous le pont ferroviaire. Des menaces de morts sont proférées par les assaillants, certains militants d’extrême-gauche portent des gants coqués, renforcés au niveau des phalanges. Selon les témoins, Jacques-Elie Favrot, l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député de La France insoumise, mène l’assaut. Auprès de nos confrères du Figaro, l’avocat de Quentin évoque un « guet-apens ».

Le guet-apens

Les identitaires se déplacent de quelques mètres vers le terre-plein central du boulevard Yves-Farge. Des habitants assistent alors à un face-à-face musclé. Un militant antifasciste filme cette séquence en tenant son téléphone à bout de bras. Ce sont ces images, des captures d’écran issues de la vidéo de ce militant antifa, qui seront envoyées et diffusées par des comptes antifascistes sur les réseaux sociaux. On y voit Quentin en manteau bleu, les poings rapprochés près du visage, en position défensive. La tension monte entre les deux groupes. Dans le même temps, à quelques mètres derrière les antifascistes, Louis est isolé, jeté au sol puis lynché par quatre antifas. Après un KO, il perd connaissance. Alors qu’il est inanimé, un antifasciste dérobe ses effets personnels : ses clés et sa casquette.

 

La pression étant trop forte, les militants identitaires sont contraints de se disperser par la rue Victor-Lagrange. Lors de la course-poursuite, trois d’entre eux sont attrapés, jetés au sol et couverts de coups. Parmi eux, Quentin fait l'objet d'un acharnement très violent, un lynchage. On dénombre dix coups portés au niveau de sa tête. Un antifasciste enjambe son corps pour le rouer de coups pendant vingt longues secondes. Un autre antifa semble maintenir ses jambes pendant le supplice. Selon LCI, un des agresseurs semble porter un poing américain.

Dans la rue adjacente, rue Victor-Lagrange, après avoir repris conscience, Louis retrouve Quentin, qui est alors incapable de parler. Tout deux sont ensanglantés. À 18h07, une passante appelle les secours. Au téléphone, la personne des secours (l’assistant de modération médicale) répond qu’il n’est pas possible d’envoyer une équipe immédiatement. La requérante s’inquiète : « Les secours me disent qu’ils envoient quelqu’un, mais qu’ils ne se téléportent pas, qu’ils viendront quand ils pourront ! »

Quentin et son ami, hébétés, en incapacité de réfléchir et de parler

Un antifasciste filme la scène et fera diffuser la vidéo voyeuriste sur des canaux d’extrême-gauche qui alimenteront une désinformation. On y voit Quentin et son ami, hébété, en incapacité de réfléchir et de parler. Leurs mains sont couvertes de leur propre sang. Sur le moment, un passant les dissuade d'aller à l’hôpital afin d’éviter la police. Contrairement à ce qu’ont affirmé certains médias comme M6, la personne qui donne ce conseil n'est pas un ami de Quentin. Parmi le groupe venu défendre les Némésis, personne ne le connaît.

Les minutes passent, Quentin et son ami sont restés sur les lieux du lynchage et ne s'y sentent pas en sécurité. En état de choc et de commotion, tous deux peinent à prendre une décision rationnelle. Par réflexe, ils prennent le chemin de leur domicile à pied. Quai Fulchiron, à 30 minutes de marche, Quentin est pris de nausées et perd connaissance. Le SAMU est rapidement prévenu sans que l'on sache comment, à ce stade. Une fois sur place, le médecin du SAMU décide de les prendre tous deux en charge. Louis est emmené en ambulance à l'hôpital de la Croix-Rousse, tandis que Quentin, en état de mort cérébrale, part pour l’hôpital Édouard-Herriot. L’ami de Quentin, Louis, victime de pertes de mémoire, inquiète le service hospitalier. Il passera le protocole commotion jusqu’à tard dans la nuit.

À sa sortie de l’hôpital, Louis se rend dans l’appartement de Quentin. Le colocataire de Quentin ouvre l'appartement. Louis trouve dans les affaires de Quentin le contact des parents du jeune homme et les prévient de l'état désespéré de leur fils. Deux jours plus tard, la France apprendra que Quentin est décédé. Ses amis des maraudes nous le décrivent comme quelqu'un de généreux et discret. Un drame qui va choquer de très nombreux Français.

[NDLR : Mis en examen pour complicité par instigation d'homicide volontaire et violences aggravées, Jacques-Elie Favrot a été placé en détention provisoire. Il conteste les faits et reste présumé innocent à ce stade de l'instruction.]

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Jean Bexon
Journaliste
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