[ÉDITO] Lecornu ou l’art du camouflage

La seule rupture qui vaille aux yeux des Français et des lecteurs de BV, c’est celle avec le macronisme.
Capture d'écran YT MINARM
Capture d'écran YT MINARM

Mercredi, nous posions cette question frontale et sans détour à nos lecteurs : « Faut-il censurer Sébastien Lecornu ? » À l’heure où nous écrivons, sur 1.488 réponses à cette question (vous pouvez encore le faire jusqu’à samedi…), on compte 1.064 « Oui », soit 71,50 % des réponses. 303 lecteurs, soit 20,4 %, répondent « Non » et donnent sa chance au ministre des Armées. 121, soit 8,1 %, ne se prononcent pas et, donc, attendent de voir.

Pour Lecornu, ce n'est pas gagné

Ce résultat, à quelques poils près, va dans le même sens que les résultats du sondage effectué par Odoxa-Backbone pour Le Figaro, sorti le 10 septembre : 69 % des Français estiment que la nomination de Sébastien Lecornu « ne correspond pas à leurs attentes ». Certes, les sondages ne font pas le printemps d’un Premier ministre flambant neuf, mais tout de même ! En fait, on a bien compris que si cette nomination correspond à des attentes, c'est à celles d’Emmanuel Macron. Les lecteurs de BV, à l’instar de tous les Français – si l’on en croit ce sondage d’Odoxa –, ont donc parfaitement intégré que la nomination de Lecornu est une désignation de confort pour le retranché du fort de l'Élysée qui mène ce que les militaires appellent un combat retardateur : abandonner du terrain contre du temps. Donc, sept Français sur dix, grosso modo, ne sont pas contents. On dépasse les espérances du regretté (ou pas) Giscard d’Estaing qui voulait rassembler deux Français sur trois. Certes, les sympathisants macronistes sont satisfaits à 79 % et les sympathisants LR à 60 %, mais ces deux électorats ne représentent, selon un sondage de la semaine dernière sur d’éventuelles élections législatives anticipées, que respectivement 15 et 10 % des intentions de voix, quand le RN, de son côté, est stable, loin devant à plus de 30 %. Les sympathisants LFI, socialistes, écolos et RN sont donc remontés comme des coucous par la nomination de Lecornu à respectivement 87 %, 79 %, 67 % et 80 %. Les patrons des partis d’opposition seront obligés d'en tenir compte, notamment à quelques mois des élections municipales. C’est pourquoi ce n’est pas gagné d’avance pour Sébastien Lecornu, qui n’aura droit à aucune indulgence de la part des oppositions.

Sébastien Lecornu : on dit que...

On dit qu'il serait un habile négociateur, qu'il connaît ses dossiers. L’on met à son actif le vote de la loi de programmation militaire 2024-2030 (plus de 400 milliards d’euros, tout de même !), sans 49-3. Heureusement. Mais faut-il rappeler, à l’exception de l’extrême gauche, qu’il y a souvent eu un large consensus sur les questions de défense, dans l’Hémicycle ? Le RN, qui a voté cette loi de programmation, ne l’a pas fait pour les beaux yeux de Sébastien Lecornu ou parce que ce dernier aurait dîné, un soir, avec Marine Le Pen ! Un haut gradé du ministère des Armées nous confiait, minorant les qualités qu'on lui prête, que pour lui, au fond, Lecornu n'était qu'un « président de conseil général ». Mais, par ces temps où des responsables hors-sol s'accrochent à un semblant de pouvoir, c'est peut-être rassurant et un compliment !

On dit aussi – et ce n’est pas un bon point, par ces temps qui courent de plus en plus vite – que Sébastien Lecornu est un fidèle parmi les fidèles d’Emmanuel Macron : la nomination de confort, disions-nous plus haut. Certes. Mais l’Histoire est bourrée de fidèles parmi les fidèles qui ont jeté leur fidélité à la rivière, comme d’autres leur rancune, pour franchir leur petit Rubicon et s'offrir, sinon un destin national, a minima une carrière politique : de Brutus à Balladur, la liste est longue, non exhaustive et en perpétuel renouvellement.

On dit, enfin, qu'il serait fin politique. Effectivement, au printemps 2023, il était question de remplacer Élisabeth Borne. Son nom avait été évoqué par le JDD et Le Parisien lui avait posé la question. Laconiquement, il avait répondu « Non ». Mais l’un de « ses visiteurs » avait fait remarquer : « Comme tout bon diplomate, quand il dit non, c’est en réalité... peut-être » (chez Mitterrand, « Peut-être », ça voulait dire « Non » !). Et, le 30 août dernier, Lecornu, toujours dans un entretien au Parisien, affirmait ne pas être candidat à Matignon, en ajoutant : « Je note d’ailleurs que dans l’Histoire, à chaque remaniement, les anciens ministres de la Défense, comme Michèle Alliot-Marie et Jean-Yves Le Drian, étaient donnés "premier-ministrables", et ils ne sont jamais allés à Matignon. Cela me va très bien. » Visiblement, depuis, Matignon lui va aussi très bien.

Alors, quand ce taiseux affirme tout de go qu’« il va falloir des ruptures », « sur la forme » et « sur le fond » (« Lesquelles ? », demandait, le 10 septembre, Yves-Marie Sévillia), on se demande ce que cela cache, sachant que la seule rupture qui vaille aujourd’hui aux yeux des Français, si l’on en croit les sondages et les lecteurs de BV, c’est la rupture avec Macron et le macronisme... En tout cas, le passage aux Armées lui aura permis de perfectionner son art du camouflage.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

132 commentaires

  1. … et entre les deux il y a le présent qui permet des modifications possibles, et qui deviendra lui-même un passé éclairant :-))

  2. Effectivement il faut attendre le discours de politique générale du nouveau Premier ministre mais avec
    MACRON c’est le changement dans la continuité. Avec lui c’est du à partir de maintenant ce sera comme d’habitude, c’est moi le chef…

  3. Faut-il être crédule à l’excès pour penser que ce nouveau premier ministre fasse une politique à l’opposé de la ligne directrice de Macron quoique ses idées sont souvent difficiles à suivre , alors bon courage M. Lecornu pour satisfaire le plus grand nombre , votre marge de manoeuvre est étroite , votre position reste très évanescente .

  4. Lecornu………… encore un pseudo droite LR passé à gauche, il va vraiment falloir appeler LR (ce parti de godillots) : « les supplétifs de la Macronie » !………… et bien voter à droite aux municipales !

  5. CAMOUFLAGE

    Le camouflage (Rendre méconnaissable, en vue de donner le change, déguiser), auquel tout ce « beau » monde macronien se livre depuis des années, n’est qu’une variante de la dissimulation (Ne pas laisser apercevoir ce qu’on a dans l’âme – Littré). On peut aussi dire que, en mettant de côté la référence religieuse du mot, c’est de la taqiyya : «cacher ses croyances intimes », « dire des paroles à contre cœur », « se protéger et prendre garde », « utilisation d’un discours vague, peu clair ou ambigu » « . Le mot est surtout connu pour son sens de dissimulation : « le fait de tenir caché sa propre croyance dans une situation de danger ».
    Le Maire et les objectifs de déficit en 2023 et 2024 et le report du rapport Moscovici sur l’immigration sont des exemples de cette dissimulation.
    En quoi la macronie croit-elle ? En l’Europe de l’U.E. qui promeut le voile (Campagne «La liberté dans le hijab»- 2021), dénonce l’interdiction du niqab au Kirghizistan, etc.? Ou bien ?

  6. Cessons de lui faire son procès avant qu’il n’ait entrepris quoi que ce soit.
    Wait and see. Nous serons vite fixé, dans les semaines qui suivent.
    Pour l’instant, je remarque que c’est un être réfléchi, consensuel et qui écoute beaucoup. C’est déjà un grand plus par rapport aux autres qui se fichent complètement de leurs opinions.

    • Entièrement d’accord avec vous sur le fait d’attendre avant de le juger sur ce qu’il n’a pas encore fait.
      Mais cela n’empêche pas de lui faire le procès concernant ses actes passés, et pas si lointains. Car qu’on le veuille ou non, le passé éclaire toujours le future.

    • Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour constater sa « volonté de rupture » aujourd’hui il a déjà annulé la mini réforme de l’AME prévu par Bayrou, les étrangers pourrons tranquillement continuer à faire des cures et compagnies tandis que les français continuerons d’attendre pour se faire soigner. Alors bon macroniste, bien de gauche, il l’est.

  7. Ce nouveau Premier Ministre serait bien inspiré de présenter au Parlement un ‘programme de politique générale’ visant 3 objectifs essentiels à la survie du Pays :
    1) L’ IDENTITE NATIONALE
    2) La SECURITE (intérieure et extérieure)
    3) LA REINDUSTRIALISATION indispensable du territoire français.
    Il serait le véritable champion du « en même temps » !!!!!

  8. N’attendons rien de ce personnage même pas le début de quoi que ce soit , il lit la même bible que le méprisant , son but , comme son maître à penser , détruire tout ce que représente et qu’est la France .

  9. « La seule rupture qui vaille aujourd’hui aux yeux des Français, si l’on en croit les sondages et les lecteurs de BV, c’est la rupture avec Macron et le macronisme… » Les lecteurs de BV sans doute. Les « Français » ?
    Reconnaissons que :
    La Rupture dans l’esprit Rassemblement National et la Rupture dans l’esprit d’une Gauche Mondialiste, qui est tout à fait décidée à en rajouter sur Macron dans le mélange des peuples, n’ont absolument rien à voir….

  10. Attendre de ce personnage la moindre de ébauche de rupture reviendrait à confondre carré surgelé et truite de rivière. Nous avons ici affaire au Néron de la bien pensance, au Souverain Poncif des idées reçues. Il ne fera rien et ne changera rien. Au suivant.

    • Absolument vous avez raison, ce nouveau premier ministre est le parfait modèle de tous les politiciens qui nous ont mis sur la paille en profitant de la bonne soupe.
      Il parle un peu moins que les autres, soit. C’est peut-être qu’il n’a pas grand chose à dire. Son parrain à l’Elysée téléguide son clone.

  11. Après quelques semaines de gagnées ( ou perdues) les gens vont constater qu’il n’y a pas de rupture, en aucune façon, ou bien si oui, ce sera la rupture des paiements pour ceux dont le « pouvoir d’achat » passera à l’incapacité à payer, je parle de ceux qui paient encore le bus, la clinique, la crèche, l’impôt, la tva, etc.!

    • A part l’impôt, tout le reste est payé par nos impôts, TVA comprise. La participation des bénéficiaires reste minime.

  12. L’ennui ce n’est pas le premier ministre mais le fait qu’il agira selon les vœux de M. Macron, lequel a largement démontré que le seul avenir qui le préoccupe est le sien, qu’il ambitionne européen infiniment plus que français.

  13. Avez-vous remarqué que les partis qui se disent de « gouvernement » représentent au plus 5% ?
    Ils le disent « en responsabilité ».

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