[ÉDITO] Biberonnés à la révolution : des gamins lancent des pavés en mousse

Quoi de mieux qu'un petit lancer de pavés en mousse sur une banque, histoire d'apprendre la révolution en s'amusant !
Capture d'écran YT La Montagne
Capture d'écran YT La Montagne

L’information nous avait échappé sur le moment. Du reste, les grands médias nationaux n’en ont pas parlé, sauf erreur de notre part. Mercredi 10 septembre, lors de la manifestation qui devait bloquer le pays, à Aurillac, siège de la préfecture du Cantal, des enfants, participant à la manif locale, ont jeté des pavés en mousse sur les devantures d'une banque. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes en a fait un compte rendu édifiant. Geste sans conséquences matérielles, évidemment, mais geste symbolique. Et ô combien révélateur ! On imagine que ces enfants qui n'avaient pas école (nous étions mercredi) ne sont pas venus et n’ont pas eu l’idée tout seuls. Vous me direz que ce n’est pas la première fois que l’on fait participer des enfants à des manifestations. Souvenez-vous : en 2012, lors des manifestations contre le mariage homosexuel, on avait reproché aux manifestants bien sages et bien élevés d’être venus avec leurs ribambelles de gosses. Mais la différence, c'est que ces enfants se tenaient bien et ne jetaient pas des pavés, même en mousse, sur les vitrines des magasins.

« Antipédagogique » : vraiment ?

Le maire socialiste d’Aurillac, à juste titre, a trouvé qu’il était « malheureux d’utiliser des enfants ». « Utiliser », pour ne pas dire « manipuler ». Au passage, on notera qu’il se garde de désigner ces « utilisateurs d’enfants ». Une colère de l’édile d’autant plus légitime que, fin août, sa charmante cité a été la victime de violences de rue inouïes (voir l’article de Frédéric Sirgant). « "Jouer" à détruire une banque n'est vraiment pas une bonne idée », a-t-il alors déclaré dans un communiqué. On pourrait même oser dire que c’est carrément une très mauvaise idée. C'est même une idée scandaleuse. Le maire d'Aurillac estime qu’« utiliser les enfants, c’est antipédagogique ». Antipédagogique : c'est tout ?

Car c’est là que notre point de vue diverge de celui de M. le maire d’Aurillac. Car, à bien y réfléchir, cette participation d’enfants à une manifestation est parfaitement, complètement, totalement pédagogique. En effet, elle illustre avec bonheur la vertu des travaux pratiques. Virginie Fontcalel, que vous lisez tous les dimanches soir, pourrait vous en parler beaucoup mieux que l’auteur de ces lignes ! Plutôt que de longs discours et cours rébarbatifs sur la nécessité de renverser le grand capital, représenté par ces modestes devantures d’agences locales derrière lesquelles travaillent peut-être leur voisin du dessus ou leur tante Céline, quoi de mieux qu’une action concrète et, tant qu’à faire, amusante – pardon, ludique. Car on dit ludique, c'est mieux.

Plus tard, on lancera de vrais pavés

Et comme l’un des secrets de la pédagogie réside aussi dans la progressivité de l’apprentissage des savoirs et savoir-faire - là, du coup, l’auteur de ces lignes peut vous en parler : on apprend d'abord à tirer avec des balles à blanc avant d'utiliser des balles réelles -, quoi de mieux, donc, qu’un petit lancer de pavés en mousse sur les vitrines des banques, histoire de se faire la main et d'apprendre la révolution en s'amusant. Plus tard, lorsqu’on mesurera son mètre quatre-vingts, qu’on aura du poil au menton et qu’on aura appris à enfiler une cagoule - et pas parce que maman l’aura demandé à cause du froid qu'il fait dehors -, on passera à l’étape suivante en jetant de vrais pavés sur les vitrines et, mieux, sur de vrais flics. Tu seras un homme, mon fils, ou une femme, ma fille (on peut interchanger les mots comme on veut entre les deux propositions).

Marine Le Pen s’est offusquée de cette « utilisation » d’enfants qu’elle n’hésite pas à qualifier d’« embrigadement », œuvre de « l’extrême gauche ». L’association Parents vigilants, proche d'Éric Zemmour, a, elle aussi, dénoncé cet endoctrinement « dès le plus jeune âge ». On s'étonne d'ailleurs que cette condamnation n'ait pas été unanime dans la classe politique (si on excepte LFI, bien sûr !). Et le ministre démissionnaire (le qualificatif lui va comme un gant) Élisabeth Borne ? Celle-là même qui déclare pompeusement que « la protection de nos enfants est notre fil conducteur » ? Silence radio. Il est vrai qu’elle a d’autres soucis, en ces temps de remaniement ministériel. Et puis, c'était mercredi, y avait pas école et, après tout, les faits se sont déroulés en dehors de ce sanctuaire qu'est censée être notre école républicaine.

 

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

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