Droits de douane américains : le vin français sacrifié

Le vin ne fait pas partie du nouvel accord commercial UE/États-Unis et sera taxé à 15%
vin Rochefort 2

Ce jeudi 21 août, une conférence de presse avait lieu pour présenter les détails de l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis, le 27 juillet, en Ecosse. Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, a annoncé que malgré d’âpres négociations, l’Union européenne « n’a pas réussi » à obtenir d’exemption de droits de douane pour le vin qui sera taxé à 15 % à son entrée en Amérique. Cette taxe sera identique à la plupart des produits européens exportés outre-Atlantique comme les voitures, les produits pharmaceutiques, le bois.

Un coup très rude pour notre secteur viticole pour qui le marché américain représente quatre milliards d’euros de bouteilles vers les États-Unis, soit un quart de ses exportations totales.

La France n'a que ses yeux pour pleurer

Le ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a dénoncé un accord « déséquilibré » qui « porte atteinte aux intérêts français et européens en matière agricole ». « Je déplore le résultat de la négociation entre l’UE et les États-Unis, a-t-elle écrit, sur X, je regrette particulièrement l’absence d’exemption pour les vins et spiritueux, alors même que la France et d’autres pays avaient souligné l’importance prioritaire de ces produits. »

L’agriculture française, dernière roue du carrosse, fait les frais des lamentables négociations d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Il y a un mois, Marc Baudriller revenait, pour Boulevard Voltaire, sur cet accord qui annonçait un matraquage en bonne et due forme.

Les chiffres révèlent l'ampleur du déséquilibre. L'Europe s'engage sur des montants colossaux : 750 milliards de dollars (645 milliards d'euros) d'achats énergétiques américains (gaz naturel liquéfié, pétrole, combustibles nucléaires), d'ici 2028, et 600 milliards d'investissements européens dans les secteurs stratégiques aux États-Unis sur la même période. Pour sauver son industrie automobile – en perte de 30 millions d'euros par mois depuis que Trump a fixé, depuis le mois d’avril, les droits de douane à 25 % –, Bruxelles s’aplatit devant les exigences de Washington.

La liste des exemptions révèle quatre secteurs où les États-Unis trouvent leur avantage : les « ressources naturelles indisponibles » (notamment le liège), l'aéronautique civile, les médicaments génériques et les précurseurs chimiques.

En revanche le refus américain d’exempter le domaine des vins et spiritueux, emblématique du savoir-faire français et de plusieurs de nos amis européens (Italie, Irlande, Belgique), ressemble, selon une expression pertinente de notre confrère du Point, à « une gifle civilisationnelle ».

Le poids plume français

Du côté du Rassemblement national, l’eurodéputé Philippe Olivier n’accepte pas la réaction du ministre de l’Agriculture, à qui il a répondu, sur X : « Un politique digne de ce nom n’est pas là pour "déplorer" mais pour décider, pas pour pleurnicher mais pour agir. »

L’ancien député RN de la Gironde Grégoire de Fournas, lui-même viticulteur, fustige un accord catastrophique, pour la France : « Le principal était de sauver les bagnoles allemandes. Les agriculteurs français peuvent crever. »

Au début du mois d’août, Laurent Saint-Martin, ministre du Commerce extérieur, espérait encore « arracher des exemptions supplémentaires ». Ce 21 août, après la parution de l’accord commercial, il s’est exprimé, sur X : « La défense de nos secteurs à l’export reste notre priorité. L’accord laisse ouverte la possibilité d’exemptions additionnelles, nous y travaillerons. L’histoire n’est pas finie. » Annie Genevard, elle aussi, ne se résigne pas : « La situation ne peut en rester là. Ce point n’est d’ailleurs pas clos et je demande instamment aux négociateurs européens qu’ils en fassent une priorité des prochains échanges qu’ils auront avec les autorités américaines, dans les semaines et les mois qui viennent. »

À la lumière des « succès » obtenus lors des négociations qui ont conduit à l'accord tel qu'il est présenté aujourd'hui, on constate l'impuissance des ministres français à se faire entendre et à peser dans les débats. Tout laisse à craindre une nouvelle capitulation de l’Union européenne dont la France fera, une nouvelle fois, les frais.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Tout est dit sauf « lamentables négociations d’Ursula von der Leyen, la présidente NON ELUE ET NON SANCTIONNEE de la Commission européenne. Encore un chantier pour une nouvelle équipe de rénovation nationale.

  2. Etant donné , que le couple européen franco allemand n’est qu’un mythe , l’industrie teutonne sera toujours privilégiée face à l’agriculture française . Cela a commencé avec un Deutsche Mark rebaptisé Euro . Vous connaissez la suite .

  3. Etant « locavore », cette situation ne me choque pas. Les produits alimentaires doivent, en grande priorité, être consommés sur place, ou le moins loin possible. Supprimons le Mercosur et tous ces moutons que la Nouvelle-Zélande nous impose (les kebabs seront obligés de prendre des moutons français) et taxons (nous français), le gaz de schiste américain (UVdL se débrouillera pour expliquer la chose àson « copain » Trump.)

  4. L’Allemagne dirige l’Europe. Et dans ce cadre, elle se sert de l’UE pour nuire, par tous les moyens, aux intérêts français. On l’a vu pour l’énergie, on le voit pour le vin. Il est peut-être temps de se réveiller.

    • Trop de somnifères : gouvernement magicien, députés et sénateurs somnolents, Conseils inféodés, justice en Afrique, syndicats subventionnés, médias aux ordres, tout ça est embarqué dans le même Titanic, attendant sereinement le glaçon.

  5. Je me suis souvent posé cette question, lorsque je me rends à l’étranger: » Pourquoi ne connais-je aucun des vins français qui sont présentés dans les point de vente ? »

    Pour être allé de temps en temps en Amérique du Nord (Canada et États-Unis), je le remarquais.
    Aux US vous avez des Liquor and wine outlets et des SAQ au Québec.
    Les très rares vins français que je reconnaissais étaient au double du prix français; une surcote déjà sur la réputation et l’importation ensuite.
    Sans doute une clientèle aux goûts différents des nôtres; sans doute aussi les crus que je connais sont-ils vendus dans des points de vente plus luxueux. Je ne sais pas.

    Idem lors de mon récent voyage en Scandinavie. J’y ai appris que, exception faite du Danemark, les 2 autres pays scandinaves+ Finlande et Islande ont le même fonctionnement: pas de vente d’alcool en supermarchés hormis bière à maximum 3,5°.
    Il faut se rendre dans des points de vente spécialisés, exemple System Bollaget en Suède, où bous trouverez une large gamme de vins et autres spiritueux.

    Même constat de représentation des vins français: inconnus.

    Pour avoir essayé un vin français, tout aussi inconnu, au Canada (imbuvable), j’en ai conclu qu’il y faut acheter des vins américains, chiliens, argentins et italiens. Vous avez d’excellentes surprises quant aux vins US; ils n’en font pas qu’en Californie.

    Sans doute de même pour la Scandinavie.

    Je me demande alors quels crus et domaines sont impactés et sacrifiés.

    • En 2010 à quand je suis allé à New York j’ai bu un vin californien qui avait le même gout que le Gigondas!! et la bouteille faisait 26US dans un restaurant, C’est quasi les mêmes prix qu’en France sauf que le prix du service est rajouté à la note un peu comme la TVA chez nous.

    • Il y a longtemps que l’alccol est interdit dans les pays scandinaves ( d’où leur bonne santé, physique et mentale) . En 1968 déjà : s’ils voulaient boire, ils le faisaient sur le bateau duty free, vite et en fortes quantités, d’où de mémorables cuites..

      • Vous m’avez mal lu, l’alcool n’y est pas interdit mais vendu autrement que chez nous. En point de vente spécialisés; exception pour le Danemark.

        Tous les alcools, à tous les degrés s’y trouvent.

  6. Pas surprise. Ca va avec tout le reste. Le vin, c’est la France. Et la France, on sait bien ce qu’ils en pensent…

  7. Le Ministre de l’économie et de l’importation doit se montrer fort , taxer également tout ce qui arrive des USA de la même hauteur !
    Marre de notre gouvernement qui se couche pour tout ce qui vient de l’étranger ( humains ou marchandises ) !

  8. Frémit et vite puis négociations directes et bilatérales avec les US. Si on continue avec VDL ce sera de mal en pis, celle-ci n’étant qu’une agente très retribuée germano-américaine.

  9. « ILS » ont voulu nous introduire dans le fameux « mondialisme » en oubliant que si nous, nous faisons du « surplace », voire une grande « marche arrière », les autres avancent, et même progressent. Et il ne faut pas s’étonner que Trump, grand protecteur de son pays, donne priorité à ses producteurs californiens, qui entre parenthèse, font d’excellents vins, plutôt qu’au reste du Monde dont on fait partie et qui tue ses agriculteurs grâce à ses gochos/écolos très actifs chez nous.
    Alors, laissons nous mourir puisque personne ne bouge…

    • C’est Mitterrand qui avait tout le temps ce mot à la bouche: mondialisme et Le Pen disait : le mondialisme tuera le nationalisme et la protection d’un pays. nous y sommes. C’est pour cela que des électeurs veulent Trump ou Poutine.

  10. Bien sûr c’est dommage, mais en Amérique, seul les gens aisés et cultivés boivent du vin français. Ils continueront. Nos viticulteurs versent des larmes de crocodiles même s’ils s’apprêtent à perdre quelques virgules… On a déjà vécu ça !

  11. Entre le mercosur,la loi Duplomb, les droits de douane US et l’Ukraine , les agriculteurs et les ouvriers européens sont les oubliés de nos zelites, mais quand on voit que tous ces pays exportateurs vers nous n’appliquent pas les mêmes lois en matières de désherbants, insecticides, médicaments ou dopage des cultures et animaux …. Faudra pas s’étonner du nombre de cancers et de maladies déclenchées par ces produits d’importation à bas coût ….

  12. Tout était prévisible, la politique du tout Europe de Macron démontre que notre pays n’a plus sa place dans cette structure et ne pèse plus rien. Je le redis encore la France meurt.

  13. Si une taxe n’est jamais une bonne nouvelle, je pense que 15% n’est pas si grave que cela. Le vin, les spiritueux vendus aux USA sont des produits de luxe, vendus à une clientèle aisée, voire très aisée. Ainsi une telle augmentation sera perçue comme étant relativement indolore pour ce type de consommateurs.
    Enfin, et ça, Laurent Saint Martin qui a fait l’EDHEC le sait certainement, il existe un paradoxe en marketing selon lequel, lorsqu’on augmente le prix d’un produit, les ventes de celui-ci augmente. On me rétorquera qu’en l’espèce c’est l’état fédéral qui profitera de cette augmentation. Pas nécessairement si les firmes savent s’adapter et se montrer imaginatives et agressives sur le marché américain. De plus, si on considère que le marché américain devient plus difficile, pourquoi ne pas chercher d’autres marchés. La mondialisation a permis depuis 40 ans l’éclosion de classes moyennes supérieures dans tout un tas de pays qui autrefois étaient pauvres et qui sont déjà plus riches que nous…
    Mais non ! En France, le pouvoir et la classe politique préfèrent faire une fixette sur le méchant Trump. Que demander à Gennevard, ministre de l’agriculture qui est titulaire de deux licences une de lettres classiques et l’autre d’histoire de l’art et du CAPES de lettres classiques ???
    Tant que l’on nommera des incompétents absolus, tels que Séjourné au poste de poste de commissaire à l’Industrie, aux PME et au Marché unique, on ne s’en sortira pas face à un Trump qui a fait toute sa carrière dans le monde de l’entreprise.

    • A un moment donné, lorsque l’on a une douzaine d’œufs à disposition par jour, on ne peut nourrir qu’un nombre limité de personnes ! …
      En substance, votre commentaire propose de rentrer dans « l’augmentation de la production » …
      Donc, il faudrait encore plus de poules ! …
      Sauf que les « mondialistes ont décidé que « l’outil de production » de base qu’est l’humain doit être corvéable et interchangeable au niveau planétaire ! …
      L’UE se veut « en avance » sur tous ces domaines « économiques » ! … Les « productions », selon eux sont tout aussi « interchangeables à l’infini » ! …
      L’Agriculture en est la preuve ! … ET le « résultat destructeur » de cette méthode mondialiste est connue depuis des dizaines d’années …
      Dans l’absurde : pourquoi ne pas aller installer des bananiers ( sous serres « évidemment ) au Pôle Nord ? ! … Il y a des périodes où le soleil ne se couche pas donc des panneaux solaires donneraient « un max » d’énergie ! … Et quelques centaines d’éoliennes seraient « un bon moyen » pour les périodes sans lumières ! …
      Pour finir, les baleines, les phoques et les ours blancs se seraient pas « gênés » car ils ne seraient pas tentés de grimper sur les éoliennes CAR ils n’ont pas l’habitude de « grimper en haut des arbres » ! …
      « L’Adaptation de la PLANETE » aux délires humains sera « LA solution » ! … OU PAS ! …

    • Pas faux, mais n’oubliez pas que les viticulteurs sont souvent organisés en petites voire très petites structures, il faudrait donc que l’Etat et les fédérations correspondantes mettent sur pied ou renforcent des chambres d’exportation par spécialités agricoles, artisanales et industrielles qui seraient chargées de trouver de nouveau marchés et de faire une promotion active de nos produits, les attachés commerciaux en ambassades n’étant pas suffisants. Las, aujourd’hui, demander au gouvernement de gouverner, de décider et d’agir efficacement, c’est un gag !

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