Corrèze : un éleveur verbalisé à cause du bruit des cloches de ses vaches

Ne mords pas la main qui te nourrit. En France, en 2025, cette expression n’a plus aucun sens.
@Stijn te Strake-Unsplash
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68 euros, c’est le montant que va devoir débourser un éleveur bovin de Corrèze. Cette somme ne sera pas dédiée à l’achat de nourriture pour ses bêtes ou d’un quelconque produit nécessaire au bon fonctionnement de son exploitation. Cette somme correspond au montant de la contravention reçue par l'agriculteur pour « bruit ou tapage injurieux troublant la tranquillité d’autrui ».

Ce, non pas à cause d’une rave-party organisée dans l’un de ses champs ou à cause d’un tracteur débridé qui ronflait à outrance, mais bien à cause du bruit causé par... les cloches accrochées aux colliers de ses vaches ! Trois cloches pour cinq vaches, trois cloches de discorde.

Un papillon pour des vaches

Mi-juin, l’éleveur découvre un message de la gendarmerie locale sur son téléphone portable. À l’autre bout du fil, un militaire explique qu’un voisin s’est plaint du bruit et que, par conséquent, il va recevoir une contravention. Il lui est également précisé que si cela recommence, il sera à nouveau verbalisé. L’agriculteur peine à y croire, mais quelques jours plus tard, l’amende est bien dans sa boîte aux lettres.

Amélie Rebière, présidente de Coordination rurale de la Corrèze et vice-présidente nationale, raconte à BV : « L’éleveur aurait bien aimé que l’on vienne lui parler avant d’être verbalisé. » Elle précise : « L’an dernier, déjà, ce voisin s’était plaint et l’agriculteur avait déplacé les vaches pour apaiser la situation. » Les choses auraient pu se passer de la même manière, mais cela n’a pas été le cas. « La situation est rocambolesque. »

Elle est aussi symptomatique des dysfonctionnements de la société. La syndicaliste déplore : « Plus personne ne se parle, dans les campagnes. Ça devient grave. » Elle se projette : « Aujourd’hui, c’est le bruit des vaches ; demain, ce sera l'odeur ou autre chose et les agriculteurs ne seront plus les bienvenus. »

Un coup de massue pour le monde rural

Amélie Rebière conclut : « On a la désagréable impression de pouvoir être verbalisé parce qu’on est solvable et que l’on travaille. » Elle rappelle également que le monde rural est en crise et qu’il n’a pas besoin d’avoir des bâtons dans les roues supplémentaires.

Chose que la gendarmerie et le préfet de Corrèze, Vincent Berton, semblent avoir comprise, puisqu’ils ont indiqué au syndicat et à l’éleveur qu’ils le soutenaient et que, pour eux, il y avait plus grave à traiter que des bruits de cloches.

Difficile de leur donner tort, au regard des images de la fête de la Musique ou de la célébration de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, fin mai. La France a effectivement des préoccupations plus importantes que le tintement des cloches des bovins en plein cœur de la Corrèze, dans le village de La-Chapelle-aux-Saints, hautement rural.

Cette affaire est un cas isolé (espérons-le), mais elle montre combien le pays et ses administrations ne tournent pas rond. Elle met aussi en lumière le fait que le chacun pour soi règne aujourd’hui dans les villes comme dans les campagnes alors qu’il y a encore peu, au moins en milieu rural, la solidarité était le maître mot. Face au marasme, la société ne devrait-elle pas se serrer les coudes ? Elle ne le fait pas et c’est sans doute le signe qu’elle est plus que jamais divisée.

Vos commentaires

96 commentaires

  1. La qualification des faits n’a rien à voir , je vous invite à consulter la loi de 2021 du code de l’environnement qui concerne les « sons et les odeurs » dans les campagnes, sons et odeurs qui font partie du patrimoine J’ai déjà posté mon commentaire à 6h52 plus explicatif

  2. est-il vraiment utile de placer une cloche à chaque vache ? Il me semble qu’en Savoie seule la vache  » chefe  » du troupeau en était équioée .Ce n’est pas ignorer les difficultés des éleveurs que de leur demander de ne pas se comporter en sans gênes .

    • Mais si vous ne voulez pas subir les cloches des vaches, allez en ville, les klaxons, les rodéos et autres réjouissances, mais quand on va à la campagne, et bien on supporte les bruits qui vont avec c’est tout sinon tu vas ailleurs, non mais à un moment ça va, après ce sera quoi ? Les cloches qui sonnent de 7 à 19 heures, les grenouilles qui coassent, les grillons aussi

  3. La racaille casse tout, agresse les braves gens ,mais un se plaint des cloches que portent trois vaches,et le pire c’est que la gendarmerie sanctionne , nos gendarmes,payés par les contribuables ,n’ont donc que cela à faire !

  4. En France on aura vraiment tout fait pour détruire l’agriculture et ruiner nos paysans. On interdit les cloches des vaches, mais on adore ces cloches de rappeurs !

  5. La société nage dans une eau marâtre de décadence, qui la rend aveugle à la proximité de la noyade. Et les vaches de s’inquiéter… meuh, meuh.

  6. Pourquoi « injurieux » ? Bref, prenons la situtation telle qu’on l’imagine. Le système semble déconnecté des réalité en envoie à ses fonctionnaires, des missions inversées à des vies citoyennes apaisées et heureuses. On se montre volontier dur aux faibles et bien pusillanimes _ non pas spécialement aux puissants _ mais à ceux qui « se débrouillent » bien… Le slogan : « la France des braves gens » ( ou des honnêtes gens ) devrait faire florès… Souvenons nous ! Un contrôleurs SNCF verbalise sévèrement une femme qui prend le train d’avant ( en retard en gare) car son train à elle est signalé  » en retard ». Elle se rend à sa chimio : résultat : contravention. Idem avec la RATP et des gens qui portent une plante verte : contravention. Mais… s’il y a embrouille, risque de couteau, où que les contrevenats courent très vite, alors là, on… détourne prudemment le regard. Bref, tout est à revoir du sol au plafond !

  7. Je vais juste rajouter une petite chose positif. Quand le matin a 4h00 en été et que les fenêtres sont ouvertes et qu’on entant des oiseaux (rouge gorge, mésange ou autres) qui vous font une sérénade c’est génial on a même envie de les enregistrer.

    • Le gazouillis quotidien des oiseaux du ciel, même à 4heures du matin, n’a jamais incommodé quiconque, n’a jamais réveillé personne en sursaut, ni tambouriné les tympans du dormeur qui termine sa nuit. Ca fait partie de la nature et nul ne s’en plaindrait bien au contraire… votre comparaison n’est pas raisonnable. Le problème est que le monde rural a bien du mal à savoir faire cohabiter dans les hameaux les fermes des exploitants agricoles/éleveurs et les maisons de particuliers qui travaillent en bureau, en usine ou tout simplement à la retraite… « Dans le temps » chacun avait son espace et ses distances, depuis, pour des raisons d’infrastructure et d’aménagement du territoire, tout le monde a du s’entasser, se rapprocher…Mais il a bien fallu faire passer les branchements électriques, l’eau, le téléphone, l’internet, les routes, les chemins, le facteur… tout a cela a été regroupé par les régions pour que tout puisse profiter à tout le monde… C’est donc à chacun de s’intégrer à notre nouvelle forme d’existence. Le bruit à l’excès : instant, fréquence, intensité, durabilité, est devenu un véritable fléau dans notre société moderne. Le paysan n’est plus le seul maitre à bord qui décidera de ses coqs, de ses vaches etc… sans tenir compte du fait qu’il a un voisin qui légitimement veut pouvoir dormir sa nuit tranquille avant de partir bosser…

  8. Alors la j’ai un petit coup de gueule, donc si je comprend bien la situation c’est comme pour les étrangers qui viennent chez nous, c’est a nous de nous intégrer et non celui qui vient polluer mon existence. Je vois bien qu’il y a un rapport la.

  9. Délire total. Pendant ce temps là, en toute impunité, des types avec des télaphons prtables, des soirées plus ou moins autorisées, etc. assourdissent leurs voisins avec ce qui n’a de musique que le nom ! Espérons que le bon sens prévaudra et que le grincheux auteur de la plainte sera envoyé sur les roses.

  10. les agriculteurs de cette contrée de Corrèze, devraient faire comme une commune proche de la mienne, dans le sud Ouest, un  » migrant de région parisienne »qui n’arrêtait pas de se plaindre des odeurs, du bruit des tracteurs etc…etc, c’est retrouvé un matin, après un retour de voyage, avec 2000 ou 3000 litres de lisier dans sa propriété, depuis, plus de plaintes et jérémiades auprès des autorités locales, par contre, sur le portail, un magnifique panneau d’une agence immobilière, avec écrit dessus,  » MAISON A VENDRE  » vers chez moi faut pas « gonfler » le monde rural!!!.

    • Excellent!! En plus ça fertilise le terrain pour les prochain propriétaires qui auras des récoltes super, une bonne action à suivre.

    • EXCELLENT ! C’est le genre de réaction, d’une façon ou d’une autre qu’il devrait y avoir envers tous les fâcheux , toutes catégories confondues, qui nous pourrissent la vie. Bravo

    • Ah ah j’adore l’idée, j’y ai pensé d’ailleurs dans mon autre commentaire, le retour de bâton face à ce pv, que le râleur aille vivre ailleurs J’ai , au rdc donc sous mon appart, une africaine qui vit la nuit, c’est un enfer pour moi, en plus à moitié hystérique, elle hurle après ce je ne sais qui bref je vis un enfer, je ne peux rien faire, les fdo ne se déplacent pas , je suis dans mon appart depuis 37 ans jamais eu de problème « avant » elle, j’échangerai bien les nuisances du râleur contre les miennes !!

  11. Que la personne qui a porté plainte parte vivre en ville la ou les bruits de voitures, motos et scooters font des runs et roue arrière a 0 heure et parfois toute la nuit. Je pense qu’il va revenir a la campagne fissa pour écouter sonner l’église et les vaches. Et même les petits oiseaux qui nous font des sérénades le matin de bonne heure.

    • Justement le citadin peut souhaiter fuir l’enfer bruyant de la ville. Il peut légitimement être usé et harassé par ce fléau. Il peut être surpris de constater qu’a la campagne les « locaux » peuvent faire tout ce qu’ils veulent sans restriction alors qu’il y a des règles partout les mêmes dans le code civil (ville ou campagne).
      Il faut ne pas avoir connu la vie en ville, ou être vraiment égoïste pour ne pas le comprendre. Et ce n’est pas une bonne excuse de dire qu’il y a pire ailleurs qu’ici…

  12. Vous rendez vous compte du manque d’opportunité. Si chaque braillard post victoire du PSG avait été verbalisé ? C’est vrai, un agriculteur ne peut pas s’échapper. Un agriculteur est solvable. Une « chance pour la France » peut disparaître dans sa cité interdite. L’agent verbalisateur n’ira pas le chercher.

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